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2000-2009 : une décennie d’émergences…
plus ou moins émergentes...

02 Février 2010

Quand une décennie s’achève, l’envie peut prendre certains rédacteurs ou éditeurs d’en faire le bilan comme cela a été fait dans certains hebdomadaires et quotidiens le 1er janvier 2010. Pour suivre leur exemple, voici par ordre chronologique, en dix maladies ou catastrophes sanitaires, les faits marquants de la décennie écoulée, la première du siècle, passée au crible de PubMed, Google et Wikipedia.

2001. Le désastre du World Trade Center (311 références, 2 780 morts, 1 150 disparus).
De l’avis unanime, cet acte terroriste (11 septembre 2001) a malheureusement été le fait inaugural de la décennie (on espère que cela ne sera pas du siècle). Il est difficile d’en faire abstraction même dans une revue médicale. Tout d’abord la journée du « 9/11 » a été le prétexte à une guerre (Irak), puis une autre (Afghanistan) et encore d’autres (Pakistan, Yémen, Somalie…). Et même si ces guerres sont, pour certains, « loin », on ne peut pas oublier, en tant que médecin, leur cortège de morts, de disparus, de blessés, de séquelles, avant tout parmi des civils. « Make love, not war ! » Ensuite, le désastre du World Trade Center a causé directement plus de 3 000 morts ou disparus à New York. Enfin, il y a le « World Trade Center syndrome » dont on n’a probablement pas fini de parler. En effet, la pulvérisation dans l’atmosphère, lors de l’effondrement des deux tours, de particules d’amiante, de dioxine, plomb, mercure, americanum (un produit radioactif), fibres de verres, benzène, souffre (et j’en oublie) a entraîné l’apparition de pathologies inflammatoires digestives (œsogastriques) et pulmonaires (asthme, asbestose, fibrose respiratoire) et de cancers (mesotheliomes). Les principales victimes de cette pollution atmosphérique sont les pompiers, policiers et sauveteurs, présents dans les décombres, sans protection respiratoire, pendant les premiers jours après l’effondrement des tours.

2001. Bioterrorisme (4 557 références, moins de 10 morts).
Après la journée du « 9/11 », les enveloppes au charbon (dont l’origine n’a d’ailleurs jamais été trouvée)…… Résultats : 22 cas de charbon, 11 formes cutanées, 11 formes pulmonaires avec 5 décès. Incontestablement la décennie était mal engagée. Pendant médical de la guerre au terrorisme (déclenchée après la journée du « 9/11 »), il fallait se préparer au bioterrorisme et nombre de médecins militaires ou civils, par obligation (militaire) ou par opportunisme (civils), se sont impliqués dans cette histoire « sale ». Il faut dire, l’affaire a été rentable en terme scientifique : 4 557 références (PubMed, 10 janvier 2010) dont on espère que le plus grand nombre ne sera jamais utile à lire. étrangement, le bioterrorisme a fait la renommée de personnes publiant sur des maladies qu’ils n’avaient jamais vues, et qui ne touchaient pas grand monde, voire plus personne (variole). Franchement, était-ce bien raisonnable, pour nous médecins, de contribuer à alimenter une paranoïa entretenue par certains politiques sur fond de « va-t’en guerre… ». De toute façon, la réalité des choses allait bientôt se rappeler à nous…

2002-2003. SARS coronavirus (2 968 références, 774 morts)
Première alerte épidémique respiratoire et première pandémie du siècle, elle nous aura bien servi d’avertissement, avec sa mortalité élevée (parfois plus de 50 %) et sa capacité à tuer le personnel soignant dans les vingt-huit pays touchés. Cette infection principalement respiratoire, née au fin fond de la Chine, en novembre 2002, s’est propagée à la vitesse des avions par les voyageurs à travers la planète. Une fois l’épidémie déclarée terminée, en juillet 2003, on comptait 8 098 cas probables et 774 décès. Le 13 mars 2003, l’OMS lançait la première alerte mondiale du siècle. On peut se féliciter, en la circonstance, de l’efficacité du dispositif international qui a contribué à un échange d’informations et de matériels scientifiques, nouveau dans son genre, qui pour le coup éclairait le début de la décennie de façon un peu plus positive que le fantasme bioterroriste.

2003. Canicule en Europe (203 références, 70 000 morts)
On attendait le charbon, on a vu des petits vieux tomber comme des mouches de fièvre et de cachexie déshydratante, en plein été et désert médical, faute d’endroits pour se rafraîchir par 35 °C à l’ombre. La France, très mal préparée, a compté entre le 1er et le 15 août 11 435 morts. C’est la deuxième mortalité la plus importante d’Europe après l’Italie (20 000 morts, cachés jusqu’en 2005). On pourra dire qu’il ne s’agit pas d’une maladie infectieuse mais la fièvre était, et est toujours, un des principaux signes de ce coup de chaleur. Et dans le contexte du principe de précaution obligeant à prendre en compte des risques plus virtuels, cette épidémie caniculaire, tout à fait prévisible, a interpellé. Elle a rappelé aux politiques le sens des réalités. Elle nous a remis dans le bon sens de la marche.

canicule en 2003

2004. SARM-CA (1 695 références, plusieurs milliers de morts aux USA)
Les Américains attendaient la variole (après les enveloppes au charbon), ils ont eu droit au SARM-CA ou « community-associated methicillin resistant Staphylococcus aureus ». L’épidémie d’infection par des staphylocoques dorés meticilline résistants était rampante depuis déjà des années, en ville aux USA. Elle a été négligée par les autorités politiques de l’époque plus portées sur la guerre au terrorisme. Et puis les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) d’Atlanta alertent quant à l’état de la situation à travers neuf « communities » aux USA surveillées tout au long de l’année 2005 : 8 997 cas d’infections invasives à SARM, la plupart étant « health care associated » (87 %), mais incluant des infections soit à début communautaire (58 %) soit à début hospitalier (26 %), les autres étant « community associated » (13 %). Le nombre de décès a été estimé à 1 598 dans cette étude. Le SARM-CA pose, comme son nom l’indique, d’importants problèmes de prise en charge en matière d’antibiothérapie, mais aussi d’autres difficultés.

2004. Grippe aviaire A H5N1 (1 654 références, plus de 100 morts)

Le rapport entre le nombre de publications et le nombre de décès (R = 16) tend vers le chiffre historique obtenu par le bioterrorisme (R = 450) mais il en reste loin. Restons sérieux, la grippe aviaire tue avec une belle efficacité les quelques personnes qui la rencontrent (au contact d’animaux malades ou morts, ou de leurs déjections). Heureusement, elles restent rares. Une transmission interhumaine limitée, liée à des contacts étroits et répétés, a été rapportée dans quatre épisodes distincts (Indonésie, Chine, Pakistan, Thaïlande) mais elle n’a pas donné lieu à une transmission communautaire secondaire. Ceci ne relève probablement pas du hasard. Comme pour le SARS- coronavirus, il est utile de garder en mémoire qu’un agent pathogène qui tue son hôte ne se transmet pas très facilement. S’il veut survivre et se transmettre, il doit s’adapter pour respecter un peu plus son hôte. C’est d’ailleurs peut-être ce qui se passera avec le H5N1 mais, jusqu’à maintenant, les pandémies sont plus le fait de virus H1 ou H2 que H5.

2004. Tsunami (634 publications, 230 000 morts)
Il n’est pas habituel que des catastrophes naturelles soient responsables d’autant de morts (230 000), de disparus (45 000) et de blessés (125 000) dans tant de nationalités différentes. 
En général les tremblements de terre qui peuvent être aussi graves, en terme de mortalité et de morbidité, touchent la population d’une seule région. Mais la vague mortelle a ici déferlé sur les côtes de Sumatra avant d’atteindre les plus touristiques des côtes de Thaïlande, de Sri Lanka et d’Inde, en pleines fêtes de fin d’année, c’était le jour de Noël ! C’était la conséquence d’un tremblement de terre d’une force énorme (magnitude de 9,3 sur l’échelle de Richter) qui a eu lieu au nord de l’île de Sumatra, quelques centaines de kilomètres plus au sud. En quelques heures, toute l’Europe et principalement les pays scandinaves (dont les ressortissants aiment bien les vacances au soleil, surtout à cette époque de l’année), étaient touchés. Quant aux épidémies annoncées (paludisme, choléra…), elles n’ont pas eu lieu. Par contre, des infections peu courantes de la peau et des parties molles ont été signalées chez les blessés. Elles étaient le fait de germes aquatiques ou nosocomiaux plutôt inattendus ou résistants…

tsunami en 2003

2005-2006. Chikungunya (998 références, 254 morts à La Réunion).
Après environ trente d’ans d’hivernage, le virus du chikungunya est sorti de sa réserve pour refaire surface, au prix d’une petite mutation qui a permis une meilleure adaptation au moustique vecteur, dans les îles du sud de l’Océan Indien, principalement Mayotte (66 000 cas) et l’île de la Réunion (266 000 cas), où l’épidémie a explosé en décembre 2005 et a sévi jusqu’à la sortie de l’été austral en mars 2006. À l’île de la Réunion, la séroprévalence a été estimée à 37 % (IC 95 % : 33-40 %) et le taux de létalité à un pour mille avec 254 décès imputables au chikungunya. Sur le plan clinique, des formes neurologiques, des transmissions mère-enfant, des éruptions cutanées jamais décrites jusqu’à maintenant au cours de maladies virales et des séquelles articulaires aussi fréquentes qu’invalidantes, ont été décrites. La maladie a ensuite disséminée aux autres îles du sud de l’Océan Indien puis en Afrique, en Inde et en Asie du sud est.


2006. XDR-TB (333 références, combien de morts ?)
L’« Extensively drug resistant tuberculosis » (XDR-TB) est devenue un problème majeur dans certains pays d’Afrique (Afrique du sud), d’Asie (Chine, Inde, Bangladesh) et même d’Europe (pays de l’ex – URSS). Cette forme de tuberculose est définie par la résistance à l’isoniazide et à la rifampicine (MDR-TB) plus aux fluoroquinolones et aux aminosides, soit à deux classes majeures d’antibiotiques dans les première et deuxième lignes de traitement. La mortalité est très élevée, dépassant 30 % et renvoyant aux chiffres du temps de la « Dame aux camélias ». Mais le nombre de décès imputables à XDR-TB est inconnu. On ne dispose de chiffres que pour les MDR-TB : leur nombre a été estimé dans le Monde à 500 000 en 2007 et à plus de 300 000 en 2008. Au-delà, XDR-TB est, comme SARM-CA ou les enterobactéries secrétrices de betalactamases (BLSE), symbolique du problème de la résistance bactérienne aux antibiotiques : c’est un mal émergent partout, qui progresse de façon insidieuse et inexorable dans la communauté jusqu’à ce que la réalité des difficultés, voire de l’impossibilité, thérapeutiques nous renvoie à l’ère d’avant l’antibiothérapie.

2009. Grippe porcine A H1N1 (2 642 références, 13 000 morts)
Elle est enfin arrivée, la grippe humaine ! Nous ne reviendrons pas sur celle-ci en détail. Elle nous vient du Mexique et/ou de Californie mais il ne faut pas l’appeler comme cela. Nous en sommes actuellement (10 janvier 2010) en France à 254 morts, bien loin des 500 000 morts annoncés par certains et extrapolés en se basant sur les épidémies précédentes et notamment celle de 1918, pourtant une autre époque, sans antibiotiques, sans vaccination, sans respirateur et sans antiviraux. Comme quoi, l’Histoire reste importante à enseigner même aux scientifiques.

Eric Caumes
Rédacteur en chef de la Lettre de l’Infectiologue, Professeur à la faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière, 
Université Pierre et Marie Curie Service des maladies infectieuses et tropicales

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