Ombres et lumières

  • Par
  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°26 - 29 juin 2022 (page 88-91)
Information dentaire

La grotte cosquer fait surface

C’est une histoire magnifique, bien digne de Marseille : en 1985, le plongeur Henri Cosquer découvre, par 37 mètres de fond dans une calanque du Cap Morgiou près de Cassis, ce qui lui semble l’entrée d’un tunnel. Il s’y engage, franchit un long et dangereux parcours de 175 mètres et débouche enfin, ébloui, sur une grotte ornée de motifs préhistoriques, engloutie mais miraculeusement préservée. Cornélien dilemme : que faire, ne pas faire, dire, ne pas dire ? Il y revient régulièrement, s’accorde près de sept ans de réflexion puis déclare en 1991 la découverte qui portera son nom.

Stupeur des spécialistes devant ce cas unique au monde, mais tremblements aussi. Daté, son art pariétal révèle une continuité liant un peuplement de 33 000 ans à un autre de 19 000 ans, qui la situe entre les grottes Chauvet et Lascaux. Au plus fort de la dernière glaciation, elle était loin d’être immergée, le niveau de la mer étant 120 mètres plus bas et le rivage distant de plusieurs kilo­mètres. Cependant, à côté des « traditionnels » motifs trouvés ailleurs – chevaux, bisons, aurochs, empreintes de mains –, les hommes qui y accédaient alors à pied sec ont peint là des pingouins, des phoques, des méduses, originalité rarissime. D’où la perplexité des autorités, scientifiques, culturelles, politiques, face à un site tout à fait exceptionnel mais déjà noyé aux 4/5e, endommagé par des failles sismiques et bientôt condamné totalement par la montée des eaux qu’accélère le réchauffement climatique (≈ 3 mm/an). D’inaccessible, il est voué à devenir invisible.

C’est donc depuis trente ans une lutte de vitesse pour les palé­ontologues qui, contre l’effacement programmé, multiplient fouilles et relevés. En parallèle, l’idée d’une réplique fidèle de la grotte, sur le modèle de celles de Lascaux et Chauvet, a pris plus que forme, par un heureux principe de vases…

Cet article est réservé aux abonnés.
Pour lire la suite :

Vous êtes abonné.e ? Connectez-vous
Mot de passe
oublié ?

Vous pouvez également :

Acheter l'article En version numérique
Acheter le numéro À l'unité

Thèmes abordés

Sur le même sujet

À découvrir

Article réservé à nos abonnés À Nantes, coup de balai chez les sorcières

Qu’elle soit belle, rebelle, savante ou puissante, tout ça au fond c’est du même chaudron : elle est dangereuse, et de...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Ciel, mon romantisme !

Parmi les sens dérivés de l’adjectif romantique, deux s’opposent : l’un traduit un innocent charme sentimental, l’autre un coupable manque de...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés L’art du temps retrouvé

Une journée bien meublée Profitant des galeries en enfilades du musée, la scénographie d’Une journée au XVIIIe siècle esquisse la...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Visite dans une clinique du pays de Gex…

Le challenge était de conjuguer fonctionnalité, esthétique et de placer au centre du programme le bien-être du personnel et de...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Caracoles fantasques d’une cavale rétive

Dompter Léonora Carrington, cette héritière d’Épona la déesse-jument, la cavale divine ? Pas de danger : elle s’y est trop identifiée,...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. » (Samuel Beckett)

L’échec, un état d’esprit À la toute veille de Mai 68, les Shadoks déboulaient de leur maboule planète, déboussolant en...