Double redécouverte au Musée de Montmartre, d’un style et d’un homme restés en marge. On relègue souvent Luce en queue du peloton pointilliste emmené par Seurat, Signac, Pissarro, comme s’il avait grossi plus que porté aux sommets ce mouvement d’ailleurs bref.
Dans les pas de l’impressionnisme mais bientôt supplantée par les giclées du fauvisme, cette technique novatrice, basée sur la fusion purement optique de couleurs juxtaposées par points sans aucun mélange, nécessitait une minutie plus que patiente. Trop, peut-être, pour des peintres enclins par leurs aînés au geste rapide, et pour un public dont l’œil se trouvait ainsi sollicité par un effort de perception inédit. On eut beau et très légitimement la rebaptiser de noms scientifiques – divisionnisme, chromo-luminarisme – ou y voir un progrès dans la continuité comme le critique Félix Fénéon* parlant de tachisme et de néo-impressionnisme, son succès fut une belle et courte comète autour du passage de siècle. Inversement proportionnel, le temps d’exécution de cet art complexe est une contrainte dont beaucoup s’affranchissent, délaissant le point pour revenir à la touche rapide, fluide. Il fallait pour s’y tenir une foi persévérante et le souci de perfection de l’artisan vétilleux, deux vertus que Maximilien Luce, de condition modeste, a gardé de ses débuts comme apprenti graveur et que sa fréquentation du milieu anarcho-libertaire n’a fait que renforcer. Ouvrier comme un autre, le peintre en partage la dure condition mais aussi l’amour du travail bien fait et les justes aspirations à un épanouissement communautaire sous un soleil brillant pour tout le monde. C’est la base de son lien tant avec Fénéon qu’avec Seurat et Signac, fondateurs en 1884 de la glorieuse Société des Artistes Indépendants où son esprit de liberté va trouver à s’exprimer et qu’il finira par diriger avec détermination.
Homme intègre, fidèle à ses principes…