Une étude publiée dans BMC Nephrology en février dernier par des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de Cincinnati (USA) apporte de nouveaux éléments en faveur d’un lien étroit entre maladies bucco‑dentaires et insuffisance rénale chronique (IRC).
Les auteurs ont analysé plus de 150 publications (études observationnelles, méta‑analyses et essais interventionnels) décrivant les associations entre pathologies bucco‑dentaires, en particulier la maladie parodontale, et altération de la fonction rénale.
Selon l’étude, « il existe une association entre l’insuffisance rénale chronique et les maladies bucco‑dentaires », les données disponibles suggérant « une relation bidirectionnelle » : la dégradation de la santé bucco‑dentaire pourrait contribuer à l’évolution de l’IRC, tandis que la progression de la maladie rénale favoriserait l’aggravation des atteintes buccales.
Les chercheurs identifient plusieurs mécanismes biologiques communs, incluant un dérèglement immunitaire, un dysfonctionnement endothélial, une dysbiose du microbiote buccal et une inflammation systémique persistante. « La maladie parodontale et l’IRC partagent des voies inflammatoires susceptibles de contribuer à la progression des deux pathologies », notent les auteurs. Cette inflammation chronique est également associée à d’autres affections fréquemment observées chez les patients atteints d’IRC, notamment le diabète, l’hypertension artérielle et les maladies cardiovasculaires.
L’étude souligne que la sévérité des maladies bucco‑dentaires tend à augmenter avec l’aggravation de l’IRC. « Nous constatons une augmentation de la gravité des atteintes bucco‑dentaires à mesure que l’insuffisance rénale progresse », indiquent les chercheurs, tout en précisant que « des études prospectives et des essais cliniques bien conçus sont nécessaires pour préciser le sens et l’ampleur de la relation causale ».
Enfin, l’étude pointe les limites actuelles de l’organisation des soins, la santé bucco‑dentaire restant souvent traitée séparément des maladies chroniques. Cette fragmentation est jugée particulièrement problématique chez les patients dialysés en attente de greffe rénale, chez qui les infections buccales non traitées peuvent retarder la transplantation. « Un cadre favorisant l’intégration des soins bucco‑dentaires et rénaux tout au long du parcours de soins apparaît nécessaire », concluent les auteurs, plaidant pour une approche plus coordonnée et préventive.
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