Un revenant chez Hugo

  • Par
  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°8 - 22 février 2023 (page 42-45)
Information dentaire

À vingt-deux ans, Victor Hugo, futur peintre d’œuvres spectrales, ne sait pas qu’un génie graphique sortira de son encrier*. Pour l’instant, lui, c’est la plume ; le pinceau, c’est l’ami et cadet de quatre ans, Louis Boulanger, déjà connu et reconnu à leur rencontre en 1824. Et puis l’amitié, c’est sacré, et Boulanger fait partie, avec Balzac, Dumas, les frères Devéria et leur petit cénacle soudé, de cette jeunesse fougueuse qui s’est jurée, à la vie, à la mort, de révolutionner les arts en imposant ce qui deviendra l’esthétique romantique de 1830.

Boulanger compte énormément pour Hugo et ce n’est pas seulement par esprit fraternel qu’il l’appelle « mon peintre » : c’est à ses yeux l’artiste le plus complice de sa pensée et le plus complémentaire de ses vues. De ses visions surtout, et d’une fantasmagorie dont il n’assume pas encore seul (l’acceptera-t-il jamais ?) la représentation. Du reste, Boulanger se voit propulsé dans la lumière par le succès fracassant de son monumental Supplice de Mazeppa au Salon de 1827, qui conduit l’État à le préférer, un temps, à Delacroix. Et ce succès est aussi celui de l’idéal d’arts croisés qui est bien le combat, le rêve de Hugo. Tous deux se comprennent, ont besoin l’un de l’autre pour les porter, désormais, sur la scène. Déjà, ils s’interprètent mutuellement, qui en vers, qui en peinture, mus par une commune théâtralité et galvanisés par « la fièvre ténébreuse » du groupe. Tout entre dans leur creuset, fait flamme dans leur chaudron du diable : les fantômes de Shakespeare, les chimères de Goya, les cauchemars de Füssli**, mais aussi, pêle-mêle, le souffre de Faust, la liqueur des philtres médiévaux, les parfums d’un Orient de fantasmes.

Cours d’amour et Cour des Miracles s’interpénètrent, dans les drames de Hugo et dans les toiles hantées, les aquarelles hallucinées, les fins lavis livides de Boulanger. L’intime…

Cet article est réservé aux abonnés.
Pour lire la suite :

Vous êtes abonné.e ? Connectez-vous
Mot de passe
oublié ?

Vous pouvez également :

Acheter l'article En version numérique
Acheter le numéro À l'unité

Thèmes abordés

Sur le même sujet

À découvrir

Article réservé à nos abonnés Licornes d’abondance au musée de Cluny

À vrai dire, sa corne est une défense d’ivoire – précisément une incisive supérieure gauche. D’un mammifère, certes, mais marin...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés À Nantes, coup de balai chez les sorcières

Qu’elle soit belle, rebelle, savante ou puissante, tout ça au fond c’est du même chaudron : elle est dangereuse, et de...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Ciel, mon romantisme !

Parmi les sens dérivés de l’adjectif romantique, deux s’opposent : l’un traduit un innocent charme sentimental, l’autre un coupable manque de...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés L’art du temps retrouvé

Une journée bien meublée Profitant des galeries en enfilades du musée, la scénographie d’Une journée au XVIIIe siècle esquisse la...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Visite dans une clinique du pays de Gex…

Le challenge était de conjuguer fonctionnalité, esthétique et de placer au centre du programme le bien-être du personnel et de...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Caracoles fantasques d’une cavale rétive

Dompter Léonora Carrington, cette héritière d’Épona la déesse-jument, la cavale divine ? Pas de danger : elle s’y est trop identifiée,...