La lésion carieuse non traitée sur dent permanente reste l’affection bucco-dentaire la plus répandue dans le monde. Lorsqu’elle atteint le tiers interne de la dentine, sa prise en charge engage directement l’avenir pulpaire de la dent. Pendant des décennies, le standard thérapeutique consistait à réaliser une éviction complète du tissu carié, au risque d’expositions pulpaires dans 35 à 40 % des cas selon Bjørndalet al.[1]. Ce surtraitement est désormais remis en question par un corpus croissant de données scientifiques et par les recommandations de l’European Society of Endodontology (ESE) publiées en 2019 [2].
La dentisterie minimalement invasive vise à contrôler la maladie tout en conservant les structures et fonctions biologiques utiles, en limitant les dommages induits par le traitement et le cycle des réinterventions. Dans les lésions profondes, la préservation d’une barrière dentinaire et de la vitalité pulpaire peut éviter une cascade de gestes plus invasifs.
Éliminer partiellement le tissu carié d’une lésion ne signifie pas « laisser de la carie » sous une restauration, mais opérer un choix stratégique entre éviction sélective ou totale, fondé sur la biologie du complexe pulpo-dentinaire, et s’accompagnant d’un scellement durable et d’un suivi.
La décision entre éviction sélective, non sélective et thérapeutique pulpaire vitale dépend d’une appréciation globale du risque, et non d’un seul signe radiographique.
Cette décision repose sur trois paramètres : l’évaluation radiographique de la profondeur de la lésion, le diagnostic du degré d’inflammation pulpaire et l’application d’une thérapeutique clinique progressivea minima. L’objectif de cet article est de synthétiser les données issues de connaissances actuelles pour proposer un guide décisionnel pratique, applicable en consultation.