Les ciments de silicate de calcium en endodontie : de la microstructure à la clinique

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  • Publié le . Paru dans Biomatériaux Cliniques n°2 - 15 octobre 2026 (page 6-20)
Information dentaire
Les ciments de silicate de calcium (CSC) sont de plus en plus utilisés en endodontie. Souvent réunis sous l'appellation de « biocéramiques », terme trop générique et dépourvu de cadre réglementaire, ils sont avant tout des ciments hydrauliques dont le comportement clinique découle de leur structure. L’objectif de cet article est donc de décrire leur réaction de prise et leur microstructure afin d'en déduire quelques principes d'utilisation clinique. Ainsi l'hydratation du silicate de calcium produit un gel de silicate de calcium hydraté, phase liante qui porte les propriétés mécaniques, et de l'hydroxyde de calcium, source de l'alcalinité et du relargage de calcium. Cette réaction est lente et asymptotique ; le temps de prise n'en repère qu'un instant, défini par la méthode de mesure. Le matériau hydraté est poreux, peu cohésif, et continue de mûrir durant des semaines. La composition des produits (liant, radio-opacifiant, véhicule, additifs) varie fortement et n'est qu'imparfaitement déclarée par les fabricants ; c'est pourtant elle, plus que le nom commercial, qui renseigne sur le comportement du matériau. La mise en œuvre distingue sealer et putty et tient compte du délitement (wash-out) du matériau frais, de la solubilité du matériau pris et de la fenêtre d'humidité nécessaire à l'hydratation. Les conséquences cliniques sont ensuite discutées : nécessité de confiner, protéger et recouvrir le matériau, nature minérale de l'interface dentinaire, portée de la notion de bioactivité, limites du collage sur un CSC, interactions avec les irrigants et les acides, obturation à chaud et retraitement.

Les ciments biocéramiques, ou ciments de silicate de calcium (CSC), occupent aujourd’hui une place centrale en endodontie. Ils sont utilisés à la fois sous forme de putty (matériau compactable) pour le coiffage pulpaire, l’apexification, la réparation des perforations, ou l’obturation a retro en microchirurgie endodontique et sous forme de sealer (ciment de scellement canalaire, plus fluide) pour l’obturation canalaire lors des traitements orthogrades [1]. Leur diffusion croissante s’accompagne d’une offre commerciale abondante et parfois confuse, où des matériaux de compositions très différentes se retrouvent réunis sous une appellation commune [2].

L’histoire de ces ciments est en réalité assez ancienne. En premier lieu, la découverte du phosphate de calcium, minéral constituant de l’os et de la dent, a été à l’origine (dès le début du XIXe siècle) de recherches de matériaux capables de servir de matrice à la cicatrisation osseuse, par exemple pour combler des défauts osseux critiques ou encore pour des restaurations dentaires [3]. Le silicate de calcium, quant à lui, trouve son origine dans le ciment de Portland, d’abord utilisé dans le bâtiment. Il est entré précocement en dentisterie à la fin du XIXe siècle comme matériau d’obturation canalaire, puis a été mis de côté. Il est remis au goût du jour à la fin du XXe siècle avec les travaux de l’équipe du Dr Torabinejad, aboutissant à la commercialisation du Mineral Trioxide Aggregate (MTA) [2]. Depuis, le matériau s’est développé pour en isoler la phase principale, à savoir le silicate de calcium, qui constitue la base des ciments que l’on utilise aujourd’hui en endodontie.

Ces matériaux sont souvent désignés sous le terme de « biocéramiques ». Ce terme, bien que commode, reste trop général : en science des matériaux, une biocéramique désigne une céramique destinée à être utilisée au sein de l’organisme. Cette catégorie…

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