Le vieillissement démographique constitue l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la proportion de personnes âgées de plus de 60 ans dans le monde devrait passer de 12 % en 2015 à 22 % en 2050 [1]. Cette évolution s’accompagne d’une augmentation des maladies chroniques, de la polymédication et de la diversité des niveaux d’autonomie, modifiant les besoins de santé des populations.
Parallèlement, l’âge peut être à l’origine de stéréotypes et de préjugés susceptibles d’influencer les comportements et les décisions de soins. L’âgisme désigne ainsi l’ensemble des stéréotypes, préjugés et discriminations fondés sur l’âge [2]. Dans le domaine de la santé, ces représentations peuvent conduire les professionnels à attribuer aux patients âgés des capacités de récupération ou d’adhésion aux traitements inférieures à leurs capacités réelles, et se traduire notamment par des attitudes paternalistes, une moindre participation du patient aux décisions ou une limitation de certaines options thérapeutiques [3, 4]. Les patients eux-mêmes peuvent également intérioriser ces représentations et se percevoir comme « trop vieux » pour bénéficier de certains soins.
Ces mécanismes revêtent une importance particulière en santé orale. Les personnes âgées constituent une population hétérogène, présentant des attentes et des besoins très variables en matière de confort, de fonction, d’esthétique et de conservation dentaire. Une prise en charge fondée principalement sur l’âge risque ainsi de conduire à une standardisation des décisions thérapeutiques au détriment des préférences et des capacités individuelles. Comprendre les mécanismes de l’âgisme, leurs conséquences sur la relation de soin et les décisions thérapeutiques, ainsi que les moyens de les prévenir, constitue donc un enjeu important pour promouvoir une prise en charge orale…