Actuellement, la gériatrie s’inscrit progressivement dans le champ de la géroscience, qui appréhende le vieillissement comme un processus complexe, au-delà de sa seule dimension physiologique. Il s’agit de comprendre les mécanismes biologiques du vieillissement et leurs interactions avec les facteurs environnementaux et génétiques. La géroscience repose notamment sur l’hypothèse que l’action précoce sur ces mécanismes pourrait contribuer à retarder ou à prévenir certaines pathologies liées à l’âge et à prolonger la durée de vie en bonne santé [1]. Une étude parue dans Nature Aging en 2024 a montré des modifications de plusieurs marqueurs moléculaires au cours du vieillissement, avec deux périodes de changements particulièrement marqués, autour de 44 et 60 ans [2]. Ces observations renforcent l’intérêt d’une prévention initiée précocement et poursuivie tout au long de la vie.
En 2021, les Nations Unies, en lien avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ont déclaré ouverte la décennie du vieillissement en bonne santé (2021-2030). Le programme ICOPE (Integrated Care for Older People) en est l’illustration. Il encourage la mise en place, dès 60 ans, de mesures visant à préserver la capacité intrinsèque. Cette dernière peut se définir comme l’ensemble des capacités physiques et mentales dont dispose une personne à un moment donné. Ainsi, vieillir en bonne santé implique une démarche de prévention précoce, qui doit être poursuivie tout au long de la vie. Depuis 2023, à la suite du congrès de l’American Association for Dental, Oral and Craniofacial Research, la santé orale s’inscrit également dans cette perspective de vieillissement en bonne santé.
Les travaux récents soulignent ainsi le rôle de la santé orale dans le maintien de la santé et des fonctions au cours du vieillissement, notamment à travers le concept d’oral health span, qui désigne la période de la vie durant laquelle…