À propos de douleurs linguales atypiques

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  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°14 - 10 avril 2024 (page 17-18)

1. Le jour de la consultation. Aspect dépapillé et fissuraire avec plages d’hypertrophies papillaires de la langue.

Information dentaire
Un patient âgé de 78 ans se présente en consultation pour des douleurs linguales (Échelle Numérique = 5/10), localisées à la pointe. Il décrit des « sensations de brûlure » depuis un an ayant partiellement répondu aux différents traitements prescrits par son médecin généraliste (amphotéricine B puis fluconazole, 14 j puis xylocaïne visqueuse et chlorhexidine à 0,12 %). Le patient est édenté, non appareillé. Il est non fumeur. Il présente une cardiopathie hypertensive, une artérite oblitérante des membres inférieurs (AOMI) et une arthrose. Son traitement médicamenteux comprend de l’acide acétylsalicylique 75 mg, de l’atenolol 100 mg, du lisinopril 20 mg, de l’atorvastatine 20 mg, de l’allopurinol 100 mg et du paracétamol 1 000 mg. Il dit regarder souvent sa langue devant un miroir. à l’examen clinique, la palpation ne révèle pas d’adénopathies cervico-faciales, la langue présente un aspect fissuré avec des zones de dépapillation jouxtant des plages jaunâtres d’hypertrophies papillaires (fig. 1). Il n’y a pas de sécheresse buccale, le reste de l’examen endo-buccal est normal.

Rubrique coordonnée par Guy Princ

1. Au vu de l’anamnèse et de l’examen clinique, quel(s) diagnostic(s) vous semble(nt) le(s) plus probable(s) ?

a. Carcinome épidermoïde
b. Candidose buccale
c. Ulcération traumatique
d. Stomatodynie primitive (Burning Mouth Syndrome)
e. Langue géographique (eryhthema migrans)

2. Quel examen complémentaire demandez-vous ?

a. Bilan métabolique
b. Biopsie de la langue
c. Frottis lingual (recherche de candidose)
d. IRM de la langue (recherche lésion vasculaire)
e. Aucune des propositions

3. Quelle est votre démarche thérapeutique ?

a. Proposer une thérapie cognitivo-comportementale
b. Prévoir la réalisation d’une Prothèse Adjointe Complète
c. Traiter par antalgiques non opioïdes
d. Traiter par anticonvulsivants et antidépresseurs tricycliques
e. Évaluer la douleur à chaque visite de contrôle (EN ou EVA)


Réponses : 1 : d, e ; 2 : e ; 3 : a, b, d, e

Commentaire

Le diagnostic de stomatodynie primitive est posé lorsque la douleur survient quotidiennement, plus de 2 heures par jour, ou qu’elle existe depuis plus de 3 mois [1]. Il n’y a pas de lésions de la muqueuse buccale dans la stomatodynie primitive ; une biopsie est inutile. Des variations physiologiques peuvent néanmoins être observées : langue géographique, villeuse, fissuraire ou saburrale. Les facteurs de risque sont l’anxiété chronique, et la ménopause chez la femme [1].

Le bilan métabolique à la recherche d’un déficit en vitamine ainsi que la recherche d’une candidose sont le plus souvent négatifs et ne sont pas utiles en première intention.

La thérapie cognitivo-comportementale permet au patient de mieux vivre avec les symptômes de sa stomatodynie. Le praticien doit demander au patient de cesser de faire de l’« auto examen ». Le patient doit être rassuré sur l’absence de pathologies de la muqueuse buccale et de risque de transformation maligne.

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