Éditorial
Conserver, extraire… Décider avec justesse
Alexis Gaudin
« Docteur, enlevez-moi cette dent, elle me fait trop souffrir ! »
Michèle Reners
Actualités
Revue de presse
Décision thérapeutique et dents à forte perte d’attache
Pascal De March
Actualité hebdo
Nicolas Fontenelle
Spécial Conserver ou extraire
Coordination scientifique : Michèle Reners
Critères décisionnels étendus de conservation ou d’extraction des dents
Guillaume Gardon-Mollard
Extraire ou conserver une dent compromise d’un point de vue parondontal
Camille Decroos, Marjolaine Gosset
Résorptions radiculaires externes sur dents traumatisées
Sarah Sahloul, Tchilalo Boukpessi
Molaires compromises : conserver ou extraire ? Le point de vue de l’orthodontiste
Clara Debize, Corentin Ecalle, Stéphanie Truong, Claire-Adeline Dantagnan, Carole Charavet
Conservation des dents et réhabilitation prothétique
Michel Bartala
Revue de littérature pour la construction d’un arbre décisionnel. Conserver un implant ou l’explanter
Valence Lehucher, Marjolaine Gosset, Grégoire Chevalier
Expositions
Vues en songe
Thierry Leroux
Avant-propos
« Docteur, enlevez-moi cette dent, elle me fait trop souffrir ! »
Ce type de phrase, nous l’avons déjà tous entendu de la bouche de patients qui ne sont motivés que par le fait de ne plus souffrir. Il est alors de notre ressort de juger la viabilité d’une dent et de raisonner le patient sur le fait de pouvoir conserver cette dent et d’assurer sa pérennité. à l’inverse, certains ne veulent absolument pas que leurs dents soient extraites et sont prêts à tout pour éviter l’avulsion.
Depuis quelques années, la tendance de la médecine dentaire est d’être minimalement invasive, dès lors la conservation des dents est d’autant plus possible que les techniques de collage, l’évolution des biomatériaux et une meilleure connaissance des facteurs de risque nous permettent de reculer l’échéance de la fatale extraction. Dans ce numéro spécial, des praticiens de disciplines dentaires variées nous donnent leur point de vue et leurs critères décisionnels.
Lors d’un plan de traitement prothétique, il est évidemment crucial de se baser sur des piliers fiables. Mais dans de nombreux de cas, ce n’est pas aussi facile de prendre la bonne décision. Bien sûr, il existe des critères liés à la quantité de tissus résiduels, qu’il s’agisse d’émail, de dentine ou de parodonte. Mais il y a derrière chaque situation clinique un patient dont les motivations, les valeurs et les attentes sont différentes. Le praticien pourra très bien décider d’extraire une dent au vu du contexte environnemental, par exemple un mauvais contrôle de plaque ou un manque de motivation générale. Il faut aussi se projeter dans l’avenir et se demander : si on garde cette dent, sera-t-elle utile ? Si on extrait une autre, sera-t-il nécessaire de la remplacer ? Et puis, il y a tous les cas limites et parfois, pour « faire plaisir » au patient, on va garder une dent, mais ce ne sera pas lui rendre service à terme, car des complications peuvent suivre.
Et en parodontologie, comment savoir si on peut faire confiance à une dent présentant une atteinte de furcation, une mobilité ou des poches profondes ou encore à un patient qui promet de faire des efforts et de bien passer ses brossettes interdentaires ? L’analyse clinique, le profil du patient, son potentiel d’évolution et le plan de traitement guideront dans ce choix de non-retour. Parlons aussi des premières molaires permanentes délabrées ou compromises, dont les extractions stratégiques permettront aux autres dents de les remplacer, spontanément ou grâce à un traitement orthodontique réfléchi. La planification est importante, car intercepter au bon moment une extraction sera décisif pour obtenir un résultat concluant. Et puis, il y a tous les cas de traumas sur dents jeunes où l’on voit apparaître des résorptions externes. La première impression est de se dire que l’extraction est inévitable. Mais vous découvrirez qu’avec une approche thérapeutique et un suivi régulier, il est possible d’obtenir une cicatrisation, parfois même avec revitalisation, et de les conserver à long terme. N’oublions pas les implants ! Vu le nombre croissant de péri-implantites, il est bien pratique d’avoir recours à un arbre décisionnel pour nous aider à faire ce choix fatal d’explanter un implant.
Une extraction dentaire est un acte irréversible, qui doit être bien réfléchi car, même en situation d’urgence et sous la pression de patients en souffrance, il est préférable de garder le contrôle, la tête froide et d’analyser la pertinence de cet acte. Avant de sortir nos daviers, sortons les arbres décisionnels de ce numéro et profitons de l’expérience de praticiens experts.
Michèle Reners
Rédactrice en chef