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Information dentaire

L'Information Dentaire n°41 - 26 novembre 2025

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Edito

Conserver, extraire… Décider avec justesse Derrière cette question apparemment binaire se cache toute la complexité de notre exercice clinique. Il ne s’agit pas seulement d’une évaluation biologique, d’une profondeur de poche ou d’un volume de tissu résiduel. C’est une question clinique, bien sûr. Mais c’est aussi une question humaine, éthique : que choisissons-nous de préserver ? Que sommes-nous prêts à abandonner ? Et à quel moment ? À l’ère de...

Conserver, extraire… Décider avec justesse

Derrière cette question apparemment binaire se cache toute la complexité de notre exercice clinique. Il ne s’agit pas seulement d’une évaluation biologique, d’une profondeur de poche ou d’un volume de tissu résiduel. C’est une question clinique, bien sûr. Mais c’est aussi une question humaine, éthique : que choisissons-nous de préserver ? Que sommes-nous prêts à abandonner ? Et à quel moment ?

À l’ère de l’intelligence artificielle et des outils d’aides à la prise de décision, il est tentant de vouloir des réponses claires, des seuils, des arbres décisionnels, des algorithmes, etc. Mais dans la réalité, nous évoluons dans l’incertitude. Comme le souligne notre collègue endodontiste suédoise le Dr Maria Pigg*, le doute n’est pas un échec du clinicien, c’est une donnée fondatrice de la décision médicale. Mais pour qu’il soit productif, ce doute doit être formulé, partagé, nourri par des données, des retours d’expérience, des outils d’aide à la décision. Ainsi, l’incertitude doit être reconnue, structurée, discutée. Elle ne se combat pas, elle s’apprivoise.

C’est tout le mérite de ce numéro spécial de L’Information Dentaire, lancé à l’occasion du Congrès de l’ADF 2025, que de faire place à cette complexité sans l’éluder. Sous la coordination de Michèle Reners, des praticiens de différentes disciplines ont partagé ici leurs regards, leurs critères, leurs outils, mais aussi leurs limites. Les articles de ce numéro spécial permettent de croiser différentes expériences pour enrichir notre capacité à décider. Non pas décider plus vite, mais décider mieux.

À une époque où la solution implantaire est parfois invoquée comme un réflexe, voire une facilité, il faut rappeler que conserver une dent reste souvent l’acte le plus exigeant. La conservation redevient un choix fort qui demande une évaluation minutieuse, une vision à long terme, une maîtrise clinique avancée, et une écoute active des attentes du patient. Conserver, ce n’est pas résister au progrès. C’est choisir la voie la plus pertinente dans un contexte donné, avec lucidité et exigence. C’est faire preuve de prudence, de nuance, et de respect pour l’organe naturel.

En tant que président de la Société Française d’Endodontie, je me réjouis de voir la réflexion conservatrice retrouver ici toute sa place. Sauver une dent, quand cela est possible, reste un objectif majeur de notre discipline. Encore faut-il savoir quand, comment, et pourquoi.

Ce numéro ne vous donnera pas une réponse unique. Il vous offrira mieux : des repères pour poser les bonnes questions.

Je vous souhaite une excellente lecture, et un beau congrès 2025 !

* Pigg M, Brodén J, Fransson H, Vareman N. How do we and how should we deal with uncertainty in endodontics? Int Endod J. 2022;55(4):282-9.

Alexis Gaudin, PU-PH Dentisterie Restauratrice et Endodontie, Nantes Université, CHU de Nantes

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Éditorial

Conserver, extraire… Décider avec justesse
Alexis Gaudin

« Docteur, enlevez-moi cette dent, elle me fait trop souffrir ! »
Michèle Reners

Actualités

Revue de presse

Décision thérapeutique et dents à forte perte d’attache
Pascal De March

Actualité hebdo
Nicolas Fontenelle

Spécial Conserver ou extraire

Coordination scientifique : Michèle Reners

Critères décisionnels étendus de conservation ou d’extraction des dents
Guillaume Gardon-Mollard

Extraire ou conserver une dent compromise d’un point de vue parondontal
Camille Decroos, Marjolaine Gosset

Résorptions radiculaires externes sur dents traumatisées
Sarah Sahloul, Tchilalo Boukpessi

Molaires compromises : conserver ou extraire ? Le point de vue de l’orthodontiste
Clara Debize, Corentin Ecalle, Stéphanie Truong, Claire-Adeline Dantagnan, Carole Charavet

Conservation des dents et réhabilitation prothétique
Michel Bartala

Revue de littérature pour la construction d’un arbre décisionnel. Conserver un implant ou l’explanter
Valence Lehucher, Marjolaine Gosset, Grégoire Chevalier

Expositions

Vues en songe
Thierry Leroux


Avant-propos

« Docteur, enlevez-moi cette dent, elle me fait trop souffrir ! »

Ce type de phrase, nous l’avons déjà tous entendu de la bouche de patients qui ne sont motivés que par le fait de ne plus souffrir. Il est alors de notre ressort de juger la viabilité d’une dent et de raisonner le patient sur le fait de pouvoir conserver cette dent et d’assurer sa pérennité. à l’inverse, certains ne veulent absolument pas que leurs dents soient extraites et sont prêts à tout pour éviter l’avulsion.

Depuis quelques années, la tendance de la médecine dentaire est d’être minimalement invasive, dès lors la conservation des dents est d’autant plus possible que les techniques de collage, l’évolution des biomatériaux et une meilleure connaissance des facteurs de risque nous permettent de reculer l’échéance de la fatale extraction. Dans ce numéro spécial, des praticiens de disciplines dentaires variées nous donnent leur point de vue et leurs critères décisionnels.

Lors d’un plan de traitement prothétique, il est évidemment crucial de se baser sur des piliers fiables. Mais dans de nombreux de cas, ce n’est pas aussi facile de prendre la bonne décision. Bien sûr, il existe des critères liés à la quantité de tissus résiduels, qu’il s’agisse d’émail, de dentine ou de parodonte. Mais il y a derrière chaque situation clinique un patient dont les motivations, les valeurs et les attentes sont différentes. Le praticien pourra très bien décider d’extraire une dent au vu du contexte environnemental, par exemple un mauvais contrôle de plaque ou un manque de motivation générale. Il faut aussi se projeter dans l’avenir et se demander : si on garde cette dent, sera-t-elle utile ? Si on extrait une autre, sera-t-il nécessaire de la remplacer ? Et puis, il y a tous les cas limites et parfois, pour « faire plaisir » au patient, on va garder une dent, mais ce ne sera pas lui rendre service à terme, car des complications peuvent suivre.

Et en parodontologie, comment savoir si on peut faire confiance à une dent présentant une atteinte de furcation, une mobilité ou des poches profondes ou encore à un patient qui promet de faire des efforts et de bien passer ses brossettes interdentaires ? L’analyse clinique, le profil du patient, son potentiel d’évolution et le plan de traitement guideront dans ce choix de non-retour. Parlons aussi des premières molaires permanentes délabrées ou compromises, dont les extractions stratégiques permettront aux autres dents de les remplacer, spontanément ou grâce à un traitement orthodontique réfléchi. La planification est importante, car intercepter au bon moment une extraction sera décisif pour obtenir un résultat concluant. Et puis, il y a tous les cas de traumas sur dents jeunes où l’on voit apparaître des résorptions externes. La première impression est de se dire que l’extraction est inévitable. Mais vous découvrirez qu’avec une approche thérapeutique et un suivi régulier, il est possible d’obtenir une cicatrisation, parfois même avec revitalisation, et de les conserver à long terme. N’oublions pas les implants ! Vu le nombre croissant de péri-implantites, il est bien pratique d’avoir recours à un arbre décisionnel pour nous aider à faire ce choix fatal d’explanter un implant.

Une extraction dentaire est un acte irréversible, qui doit être bien réfléchi car, même en situation d’urgence et sous la pression de patients en souffrance, il est préférable de garder le contrôle, la tête froide et d’analyser la pertinence de cet acte. Avant de sortir nos daviers, sortons les arbres décisionnels de ce numéro et profitons de l’expérience de praticiens experts.

Michèle Reners
Rédactrice en chef