L’Allemagne s’apprête à engager une réforme d’ampleur de son système d’assurance‑maladie publique (GKV), avec l’objectif de maîtriser des dépenses en forte hausse et de stabiliser un modèle fragilisé par le vieillissement de la population.
Adopté en conseil des ministres, le texte, a été présenté le 29 avril par la ministre de la Santé allemande Nina Warken et le chancelier Friedrich Merz. Il doit encore être examiné par le Bundestag.
Cette réforme qui fait donc consensus au sein de la coalition des conservateurs et des sociaux-démocrates vise à réaliser 16,3 milliards d’euros d’économies par an dès 2027, dans un contexte de déficit attendu de 15 milliards d’euros dès 2027, pouvant atteindre 40 milliards en 2030 en l’absence de mesures correctives.
Le gouvernement allemand entend ainsi aligner les dépenses de santé sur les recettes et éviter une dérive durable du système. « La dernière réforme de ce type du système d’assurance maladie obligatoire remonte à plus de 20 ans (réforme de 2003 du chancelier Gerhard Schröder, ndlr). Malheureusement, nous avons dépensé beaucoup trop pendant cette période. Il était impératif d’enrayer cette tendance afin de garantir l’accessibilité financière du système », a martelé le chancelier Merz lors de la conférence de presse.
Honoraires plafonnés, orthodontie encadrée
Plusieurs leviers sont mobilisés. Du côté des assurés, la réforme prévoit une augmentation de 50 % des participations forfaitaires, inchangées depuis 2004, ainsi qu’une hausse du plafond de cotisation pour les revenus les plus élevés.
Les conjoints inactifs dans les couples mariés ou en union civile dont la prise en charge est gratuite devront désormais contribuer, sauf exceptions liées à la dépendance ou à la présence d’enfants.
Certaines prestations seront également réduites. Ainsi, le remboursement des prothèses dentaires sera diminué de 10 %, revenant au niveau antérieur à 2020 sauf pour les plus modestes.
Le texte prévoit également une réorganisation de l’orthodontie, avec un regroupement des actes en ensembles homogènes de prestations, différenciés notamment selon l’âge et la sévérité des situations cliniques.
Des produits jugés à faible bénéfice, comme l’homéopathie, ne seront plus pris en charge. Le dépistage du cancer de la peau pourrait être recentré sur des populations à risque.
Parallèlement, la réforme encadre les dépenses des professionnels de santé. Les augmentations de rémunération et de remboursements seront limitées à l’évolution des coûts ou des salaires, avec un objectif de maîtrise globale. Les chirurgiens-dentistes n’y échapperont pas avec un encadrement strict des honoraires.
Le projet prévoit également l’introduction à partir de 2028 d’une taxe sur les boissons sucrées, avec un rendement estimé à environ 450 millions d’euros par an.
Enfin, des mesures ciblent les dépenses pharmaceutiques, avec un renforcement des remises accordées par les industriels et un encouragement à la concurrence entre médicaments comparables.
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