Dakar 2023 : un confrère décroche la dune

  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°5 - 1 février 2023
Information dentaire
Après 63 heures, 28 minutes, 57 secondes d’effort et 8 500 kilomètres avalés, notre confrère Pierre Peyrard a fini par boucler son tout premier Dakar en Arabie saoudite. Le motard de 37 ans, praticien en Haute-Loire, se dit « fatigué » mais « heureux ».

Quelques jours après avoir franchi la ligne d’arrivée, comment vous sentez-vous ?
Heureux, mais fatigué. Il y a une vraie satisfaction de l’avoir terminé, qui plus est sans aucun pépin physique ou mécanique. Et c’est vraiment cela qui compte. Entre ceux qui n’ont pas pu finir, ceux qui ont passé des sales journées, ceux qui ont fini au bout du rouleau, je me sens chanceux. Un concurrent est allé au bout avec une fracture antérieure du tibia… Il a fait la dernière semaine avec un bandage. Quand il descendait de la moto, c’était avec des béquilles.

Qu’est-ce qui a été le plus dur ?
Les réveils très matinaux : 3 h 30 ou 4 heures. Ces levés, répétés tous les jours, ça pique. À un moment donné, on ne sait plus quel jour on est. On est des robots et on fait les choses de manière machinale. La pluie, aussi, ça a été l’enfer. Après quatorze heures de moto sous le déluge avec un vent puissant alors qu’il ne faut rien lâcher en termes de lucidité pour ne pas se blesser, vous êtes contents d’arriver…

Sur la moto, on profite des paysages, des dunes de sable ?
Alors à mon niveau oui. En tout cas, moi je me forçais à lever les yeux du guidon, à admirer ces immensités de dunes, les énormes rochers, les cailloux. C’est absolument splendide. On traverse quand même l’Arabie saoudite d’Ouest en Est, ce serait dommage de ne pas en profiter.

Vous terminez 62e de la catégorie moto. Vous souvenez-vous de votre temps ?
Un peu plus de 63 heures, je crois.

63 heures, 28 minutes et 57 secondes précisément. Avez-vous pu discuter avec le vainqueur, l’Argentin Kevin Benavides ?
Lui a mis 20 heures de moins que moi… Oui, je lui ai parlé. J’ai aussi parlé avec le deuxième, l’Australien Toby Price. Avec le Français Adrien Van Beveren également. On les croise sur le paddock, on mange au même endroit. On a fait des photos, c’était super sympa. Mais ce qui m’a marqué, c’est qu’ils savent, eux, les professionnels, les sacrifices que nous faisons, nous, les amateurs, pour être au départ de cette course mythique. On n’a pas les camping-cars dont ils disposent, on n’a pas le staff qu’ils ont. Eux sont payés pour, et nous on paie pour. Ils sont très admiratifs de nos parcours. Ils savent ce qu’on vit parce qu’ils sont souvent passés par là, ils savent ce que ça signifie de devoir trouver un budget, trouver des sponsors. Donc ils sont très, très humbles. Ils prennent bien plus de risques que moi. Mais ce qui nous rassemble, c’est la même passion pour la moto. On ressent les mêmes choses.

Justement, d’où vient cette passion pour la moto chez vous ?
J’ai eu ma première moto à l’âge de 5 ans. J’ai commencé par en faire dans le jardin chez mes parents, la passion ne m’a jamais quitté. Je regardais le Dakar à la télé, avec mon père. Mes premiers souvenirs, c’était dans les années 90, avec Stéphane Peterhansel, « Monsieur Dakar ». Sa Yamaha, ses dépassements, ses victoires à répétition. Quelle carrière ! Et voilà qu’il était là cette année, à nos côtés. Mais malheureusement il a abandonné l’épreuve, c’est dommage.

Depuis quand pensiez-vous faire le Dakar ?
Dès lors que j’ai ouvert mon propre cabinet, dès lors que j’étais au clair avec ma vie professionnelle et familiale, j’ai pensé à faire le Dakar. C’était un rêve qui s’est construit petit à petit à partir de 2018.
Votre vraie vie, c’est dentiste. Racontez-nous votre retour au cabinet après cette aventure…
Au total, je ne suis pas allé à mon cabinet du Mazet-Saint-Voy pendant trois semaines. Le retour n’a pas été si dur que ça. J’ai repris le travail le lendemain de mon retour en France. Mais je ne traîne pas le soir pour aller me coucher, je suis encore dans le rythme du Dakar : se coucher tôt, se lever tôt.

Vos patients ont-ils suivi votre aventure ?
Les patients que j’ai vus depuis mon retour sont tous très contents pour moi. Je ne m’attendais pas à autant de félicitations. Il y a toujours des petits mots sympas. Il y en a qui se sont passionnés pour le Dakar parce que leur dentiste le faisait. Certains m’ont même dit « je n’aime pas le Dakar mais comme vous le faisiez, j’ai regardé ». Dans la commune, les gens m’en parlent, je suis « le dentiste qui a fait le Dakar ».

Avez-vous rapporté au cabinet des objets liés au Dakar ?
Ma médaille de finisher est à la maison, pas dans un tiroir au travail, ni dans la salle d’attente en mode trophée.

Voyez-vous des similitudes entre la vie au cabinet et le Dakar ?
On retrouve sur le Dakar l’aspect concours que mes confrères dentistes connaissent bien. L’obligation de se focaliser sur un événement, sur une échéance, et tout faire pour y arriver. Je vois aussi un lien sur l’aspect de la rigueur, de l’organisation. Celle du plan de traitement pour un patient, d’une chirurgie… Sur un Dakar, si vous n’êtes pas organisé, si c’est le bazar, vous allez perdre du temps. Il y a des priorités, un ordre des choses.

La moto, vous coupez parfois ?
Oh oui ! Je ne vais pas reprendre une activité sportive ou physique dans l’immédiat. En quatre mois, j’ai enchaîné deux gros événements, l’ISDE (le concours international des six jours d’enduro) et le Dakar. Je pense reprendre la moto au printemps.

Vous repartirez sur le Dakar ?
Ce ne sera pas l’année prochaine en tout cas. C’est impossible pour des raisons financières, familiales et professionnelles. C’est beaucoup de sacrifices. Comme cela s’est très bien passé cette année, je voudrais le refaire mais dans les mêmes conditions. C’est-à-dire avec une préparation d’au moins un an. Si j’ai l’opportunité, oui, je le referai.

Propos recueillis par Alban Guilon

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