La cigarette électronique (CE), ou e-cigarette, désigne un dispositif chauffant un liquide aromatisé, avec ou sans nicotine, pour former un nuage de vapeur qui ressemble à celui de la cigarette [1]. En France, son usage est en hausse : en 2023, 41,8 % des 18-75 ans avaient déjà expérimenté la CE, contre 38,7 % en 2021 [2]. De plus, 8,3 % des 18-75 ans vapotaient, dont 6,1 % quotidiennement, avec des chiffres en progression depuis 2016, contrairement à la tendance à la baisse du tabagisme quotidien [2]. Dans un rapport publié début octobre 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi pour la première fois une estimation de l’utilisation mondiale de la CE, et les chiffres sont alarmants : aujourd’hui, plus de 100 millions de personnes dans le monde vapotent, dont au moins 86 millions d’adultes, principalement dans les pays à revenu élevé, et 15 millions d’adolescentes et d’adolescents âgés de 13 à 15 ans [3]. Deux usages principaux existent : l’usage récréatif et le sevrage tabagique. L’efficacité de la CE pour le sevrage tabagique n’a pas été prouvée et des données alarmantes s’accumulent sur leurs effets néfastes sur la santé (OMS 2021). De la même manière que l’OMS, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), en 2021, a souligné que les connaissances scientifiques sur les bénéfices et risques liés à la CE restent insuffisantes, et que cette dernière ne doit donc pas être recommandée par les professionnels de santé comme aide au sevrage, lesquels doivent privilégier des traitements dont l’efficacité est prouvée [4]. Par ailleurs, l’utilisation de la CE et du tabac (vapofumage) dans un cadre de sevrage est fortement déconseillée [4]. L’usage récréatif de la CE, notamment par les adolescents et jeunes adultes qui n’ont jamais fumé, présente un risque d’addiction plus fort que la cigarette traditionnelle [5].
De nombreuses revues de la littérature se sont intéressées aux conséquences bucco-dentaires de la cigarette électronique (CE). Parmi celles-ci sont retrouvés une xérostomie, une moindre capacité antioxydante salivaire, une tendance accrue à la gingivite et à la parodontite, ainsi qu’un risque augmenté de caries dentaires [6-8]. Divers mécanismes sont impliqués. Pour la xérostomie, le propylène glycol et la glycérine, composants majoritaires des e-liquides, sont hygroscopiques et peuvent absorber de l’eau, contribuant à la dessiccation des muqueuses. Les e-liquides aromatisés semblent avoir un effet plus délétère sur la formation du biofilm buccal et sur le déséquilibre du microbiote oral que les liquides non aromatisés, ce qui suggère un rôle des additifs dans le dommage buccal [6]. Quelques composants des aérosols (aldéhydes, nitrosamines, métaux lourds) sont connus pour être cytotoxiques ou génotoxiques. Les données humaines directes sur le risque de cancer buccal lié à la CE existent mais sont encore limitées [9]. Les données sur la carie dentaire sont en progression : plusieurs travaux suggèrent un risque accru et des caries plus avancées [10] liées à l’augmentation de l’adhérence du biofilm, à la xérostomie et à la promotion de bactéries cariogènes. Concernant l’impact sur le microbiome, une étude très récente a comparé le microbiome sous-gingival et le métabolome salivaire de 48 vapoteurs et de 22 non-vapoteurs, en stratifiant les utilisateurs selon le volume de bouffée (faible, moyen, élevé) [11]. Elle montre que les vapoteurs, surtout ceux ayant des volumes de bouffée élevés, présentent une baisse de la diversité microbienne et un enrichissement de bactéries liées à l’inflammation et aux parodontites, ainsi que des perturbations métaboliques dans les voies de l’inflammation et autres [11]. L’intensité des effets oraux chez les vapoteurs apparaît globalement moindre que chez les fumeurs de cigarettes classiques, mais supérieure à celle observée chez les non-fumeurs [6]. La santé parodontale des consommateurs de CE se situe souvent entre celle des non-fumeurs et celle des fumeurs de tabac — toutefois la CE n’est pas neutre et peut aggraver la perte d’attache et la profondeur de poche en cas d’exposition prolongée [7, 12]. Une étude rétrospective montre que les utilisateurs de CE et les fumeurs de tabac présentent une réponse clinique similaire, moins bonne, au traitement parodontal [13]. Ces éléments sont résumés dans la figure.
Toutes les études insistent sur la nécessité de preuves scientifiques supplémentaires pour clarifier les mécanismes et la gravité de ces effets à long terme. En effet, il manque des études longitudinales à long terme dans des cohortes bien définies (utilisateurs exclusifs de CE), avec une évaluation des effets propres du vapotage versus tabagisme antérieur tout en tenant compte de la variabilité des e-liquides, de la consommation et des appareils. La prévalence en augmentation, en particulier chez les jeunes, souligne l’urgence de mener des campagnes de sensibilisation ciblées. Le besoin d’améliorer nos connaissances sur la CE a été objectivé par une étude récente [14]. Nous devons rester vigilants et informer nos patients des risques associés au vapotage en nous appuyant sur les preuves scientifiques actuelles et à venir afin qu’ils puissent prendre des décisions éclairées concernant leur santé bucco-dentaire.

- Observatoire français des drogues et des tendances addictives. Cigarette électronique et e-liquides légalement accessibles – Synthèse des connaissances [Internet]. 2025. Available from: https://www.ofdt.fr/cigarette-electronique-et-e-liquides-legalement-accessibles-synthese-des-connaissances-1725
- Pasquereau A. Prévalence du tabagisme en France hexagonale en 2023 parmi les 18-75 ans, résultats de l’édition 2023 de l’enquête EROPP de l’OFDT. [Internet]. Santé Publique France; 2024. Available from: https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/tabac/documents/enquetes-etudes/prevalence-du-tabagisme-en-france-hexagonale-en-2023-parmi-les-18-75-ans
- World Health Organization. WHO global report on trends in prevalence of tobacco use 2000–2024 and projections 2025–2030 [Internet]. 2025 p. 157. Available from: https://www.who.int/publications/i/item/9789240116276
- Haut Conseil de la Santé Publique. Avis relatif aux bénéfices-risques de la cigarette électronique [Internet]. 2021. Available from: https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1138
- Jankowski M, Krzystanek M, Zejda JE, Majek P, Lubanski J, Lawson JA, et al. E-Cigarettes are More Addictive than Traditional Cigarettes—A Study in Highly Educated Young People. IJERPH. 2019 June 27;16(13):2279.
- Iacob AM, Escobedo Martínez MF, Barbeito Castro E, Junquera Olay S, Olay García S, Junquera Gutiérrez LM. Effects of Vape Use on Oral Health: A Review of the Literature. Medicina. 2024 Feb 21;60(3):365.
- Cichońska D, Kusiak A, Goniewicz ML. The Impact of E-Cigarettes on Oral Health—A Narrative Review. Dentistry Journal. 2024 Dec 10;12(12):404.
- Yang I, Sandeep S, Rodriguez J. The oral health impact of electronic cigarette use: a systematic review. Critical Reviews in Toxicology. 2020 Feb 7;50(2):97–127.
- Chhina MS. Are e-cigarettes a safer alternative to reduce incidences of oral cancer? Evid Based Dent. 2024 Mar;25(1):13–4.
- Ismail AF, Ghazali AF, Daud A. Effect of Electronic Cigarette Usage on Oral Health: A 6-Month Prospective Study. Ind Jour of Publ Health Rese & Develop. 2019;10(6):1455.
- Yang I, He X, Jeon J, Claussen H, Arthur R, Cushenan P, et al. The impact of vaping behavior on functional changes within the subgingival microbiome. Sci Rep. 2025 Oct 2;15(1):34374.
- Alkattan R, Tashkandi N, Mirdad A, Ali HT, Alshibani N, Allam E. Effects of Electronic Cigarettes on Periodontal Health: A Systematic Review and Meta-Analysis. International Dental Journal. 2025 June;75(3):2014–24.
- Kumar S, Shlossman M. Does e-cigarette use affect response to non-surgical periodontal therapy? Evid Based Dent. 2023 Dec;24(4):179–80.
- Jongenelis MI, Saraswat N, Yap T, Li R. Oral health practitioners’ knowledge, perceptions, and practices relating to e-cigarettes. Journal of Dentistry. 2025 Apr;155:105640.
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