Emprunter de l’argent à un patient

  • Par
  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°11 - 15 mars 2023 (page 40-42)
Information dentaire
« Je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de la Médecine. » La figure d’Hippocrate peut, par ce serment, représenter une sorte de mise en garde du praticien vis-à-vis de l’influence de l’argent et de son pouvoir de corruption. Il est clairement dans l’intérêt du chirurgien-dentiste de rester dans les limites de la relation thérapeutique et du devoir d’indépendance professionnelle. Aussi, certains principes non inscrits doivent orienter le praticien à éviter un abus d’influence sur ses patients, surtout chez ceux qui présentent un état de faiblesse physique ou psychique. Amitié, argent et pratique de la chirurgie dentaire peuvent ne pas faire bon ménage…

Situation

Je rencontre des problèmes financiers et je me confie à l’un de mes patients, homme d’affaires de 45 ans, que je soigne depuis vingt ans. Il est devenu un véritable ami et je sais pouvoir compter sur son soutien.

Il me propose aussitôt de me prêter 50 000 euros qui pourront m’aider à passer cette période difficile.

Je me questionne :

— puis-je accepter cette proposition amicale sans franchir les limites exigées par le professionnalisme ?

— ce prêt de mon patient est-il désintéressé ou pour se garantir un traitement préférentiel ?

— mon patient pourrait-il alors éprouver de la rancune si je ne modifie pas mes habitudes de soins ?

— pourrait-il changer notre relation thérapeutique et entraîner un éloignement de la relation professionnelle qui nuirait aux soins ?

J’ai des doutes… J’ai besoin de cet argent et mon patient est libre de ses propositions amicales. Mais je crains aussi d’être sanctionné ou de contrevenir à mes principes éthiques.

Réflexions Professeur Frédéric Bizard

Professeur d’économie, ESCP Président de l’Institut Santé (www.institut-sante.org)
Auteur de L’autonomie solidaire en santé, Éditions Michalon, 2021

« Le chirurgien-dentiste ne peut aliéner son indépendance professionnelle de quelque façon, sous quelque forme que ce soit. » Cet article du Code de déontologie dentaire, codifié dans le Code de santé publique (art R 4127-209), apporte un début de réponse pour guider l’action de tout chirurgien-dentiste (et de tout médecin) qui fait face à une situation éthique délicate.

Le rapport à l’argent en santé est connexe de la question de l’indépendance professionnelle. Cette indépendance est d’abord une exigence déontologique. Les chirurgiens-dentistes la garantissent par leur expertise, leur éthique et la détention d’un diplôme. Ils se doivent de prendre les meilleures décisions diagnostiques et thérapeutiques en fonction…

Cet article est réservé aux abonnés.
Pour lire la suite :

Vous êtes abonné.e ? Connectez-vous
Mot de passe
oublié ?

Vous pouvez également :

Acheter l'article En version numérique
Acheter le numéro À l'unité

Thèmes abordés

Sur le même sujet

Exercice professionnel

CCAM : contrôles de cotation en vue

Selon la FSDL, les chirurgiens-dentistes devraient prochainement recevoir un courriel de l’Assurance maladie annonçant des vérifications portant « sur la facturation,...
Exercice professionnel

Décarbonation du système de santé : des soignants prêts à agir

Près de huit soignants sur dix jugent « insuffisantes » ou « inexistantes » les actions engagées pour décarboner le système de santé, selon...
Exercice professionnel

Violences sexistes et sexuelles : un rôle accru pour les professionnels de santé

Les professionnels de santé figurent souvent parmi les premiers témoins de situations de violences. Pour mieux les accompagner, les députés...
Exercice professionnel

Article réservé à nos abonnés Le contrôle fiscal du chirurgien-dentiste libéral

Les points critiques identifiés sont : La diversité des contrôles : allant du simple contrôle sur pièces (en bureau) à...
Exercice professionnel

Radiologie dentaire : très fréquente mais très faiblement irradiante

Si elle représente 32,1 % des actes effectués cette année-là, elle n’est responsable que de 0,3 % des doses reçues...
Exercice professionnel

Île-de-France : SPS déploie un plan régional pour la santé des soignants

La région concentre à elle seule plus d’un quart des sollicitations adressées à la plateforme d’aide aux professionnels de santé....