Évaluation de l’effet d’un autorinçage à l’eau du robinet sur la prévention des complications postopératoires lors d’avulsion des troisièmes molaires

  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire
Information dentaire

L’avulsion des troisièmes molaires, l’un des gestes chirurgicaux les plus fréquents en chirurgie orale, est encore trop fréquemment accompagnée de complications douloureuses, d’œdème postopératoire, voire de trismus ou de dysfonctions orales. Celles-ci sont souvent transitoires pendant 2 à 3 jours, mais des complications plus longues, telles les alvéolites, assez fréquentes, ou des infections du site opératoire, ne sont pas rares. Elles sont bien entendu génératrices de douleurs et d’inconfort pour le patient, mais elles engendrent aussi une surconsommation médicale non négligeable. Dès lors, la prévention de leur survenue par un moyen simple non médicamenteux doit être évaluée. Et c’est le but principal de cette étude clinique que d’évaluer l’éventuel effet préventif de telles complications d’un simple rinçage alvéolaire à l’eau du robinet à l’aide d’une seringue.
 
Cette étude multicentrique randomisée contrôlée a inclus des patients candidats à l’avulsion d’une troisième molaire mandibulaire incluse sous anesthésie loco-régionale. Aucune antibioprophylaxie ni antisepsie préopératoire n’étaient admises. L’acte chirurgical était standardisé et la compétence des praticiens ainsi que la durée des interventions enregistrées. La stratégie antalgique médicamenteuse était identique pour tous les patients. Deux groupes de patients ont été constitués, celui bénéficiant d’un autorinçage intra-alvéolaire d’eau du robinet à la seringue 4 fois par jour à partir de 48 heures après l’intervention pendant 7 jours et celui n’en ayant pas. L’apprentissage du patient au maniement de la seringue était bien réalisé. Les auteurs ont évalué le nombre et le type de complications postopératoires (alvéolites, infections). Leurs critères de diagnostic étaient bien définis. 280 patients représentant 333 sites opératoires ont été inclus. La cohérence (y compris les facteurs perturbant la cicatrisation comme l’addiction tabagique ou les habitudes d’hygiène orale) des deux groupes a bien été étudiée. Il est à noter qu’un peu plus de 40 % de ces sites dans le groupe seringue ont été exclus car non irrigués correctement. L’incidence des alvéolites était presque 3 fois moindre dans le groupe seringue et celle des autres complications infectieuses 2 fois moindre dans ce groupe de patients. Le score de douleur évalué par échelle visuelle analogique était significativement corrélé avec la présence d’une complication postopératoire. Une analyse multivariée de régression a montré que l’âge du patient (> 26 ans), le sexe féminin, la profondeur d’inclusion et le niveau de compétence du praticien constituaient des facteurs corrélés positivement avec la survenue de ces complications postopératoires.
 
Cette étude simple, mais pas simpliste, montre l’intérêt indiscutable d’une asepsie localisée postopératoire, ici avec de l’eau du robinet, pendant une semaine. Néanmoins, on peut juger regrettable que les auteurs aient prohibé toute mesure d’asepsie pré- et postopératoire immédiate, pourtant d’usage très courant. De plus, ils ont exclu toute antibioprophylaxie alors qu’elle est recommandée pour ce type d’intervention dans nombre de pays, dont la France. Enfin, le groupe seringue a été amputé d’un très grand nombre de patients par mésusage du dispositif de rinçage, ce qui suppose une certaine habileté manuelle que n’ont pas tous les patients. Aucun suivi de ces patients n’est proposé dans cette étude, ce qui est dommage. Dès lors, le lecteur peut légitimement se poser la question de la signification des résultats enregistrés. Mais que ce lecteur n’oublie pas le principal message véhiculé : un nettoyage simple (voire une antisepsie) systématisé après une intervention de chirurgie orale a une incidence directe sur le taux de complications postopératoires.

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