Le prix du tabac s’impose désormais comme le deuxième motif d’arrêt cité par les fumeurs et ex‑fumeurs récents en France, et explique en partie pourquoi la proportion de fumeurs quotidiens en France est passée de 25 % à 18 %, indique une analyse de Santé publique France (SPF) publiée le 10 mars dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).
Fondée sur une enquête téléphonique menée en 2022 auprès de 3 229 adultes de 18 à 75 ans, l’étude décrit une montée en puissance du facteur financier dans les motivations à arrêter, dépassant dans les motifs d’arrêt, l’entourage et se plaçant juste derrière les raisons de santé.
En 2022, 16,1 % des fumeurs ayant tenté d’arrêter dans l’année ont mentionné le prix comme première raison, et 38,9 % comme première ou deuxième raison. En 2010, ce motif n’était évoqué que par un quart des répondants. SPF souligne que cette évolution « est concomitante au quasi‑doublement du prix du paquet de cigarettes », passé de 5,65 € à 10,50 € entre 2010 et 2021.
L’agence note que la probabilité d’être motivé à arrêter par les augmentations de prix est nettement plus élevée parmi les fumeurs aux revenus les plus faibles, pour qui le tabac représente une part plus importante du budget.
Harmonisation des prix du tabac en Europe
L’étude souligne également que la dynamique du prix influe directement sur les perceptions : la stabilité tarifaire observée entre 2021 et 2022 semble avoir atténué la motivation au sevrage liée au coût, contrairement à 2018 où l’annonce du seuil symbolique des 10 € et les hausses rapides avaient fortement marqué les esprits.
Si le prix devient le deuxième motif d’arrêt, il ne détrône pas la santé, citée comme première raison par 52,3 % des fumeurs ou ex‑fumeurs récents. Mais l’augmentation du poids du motif financier souligne, selon Santé publique France, l’importance de maintenir une politique tarifaire ambitieuse « accompagnée d’un soutien renforcé aux fumeurs défavorisés », afin que l’effet incitatif se traduise en tentatives d’arrêt réussies.
« L’augmentation des taxes sur le tabac est une des mesures les plus efficaces pour réduire sa consommation », conclut SPF qui plaide pour une harmonisation des prix du tabac en Europe, laquelle « aurait un impact certain sur la motivation pour arrêter de fumer liée au prix pour les fumeurs qui s’approvisionnent dans les pays transfrontaliers, la France étant aujourd’hui entourée de pays où le prix du tabac est nettement moins élevé. »
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