Recherche odontologique en Afrique

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Information dentaire
Aujourd’hui, les disciplines médicales sont mieux personnalisées, mieux adaptées au contexte ou aux caractéristiques de la population concernée par un traitement. Il est désormais admis qu’il n’existe pas de médecine et de traitements universels et que leur efficacité dépend de tout un contexte qui dépasse très largement le simple cadre des systèmes biologiques. Une même thérapeutique appliquée pour une même pathologie ne donnera pas les mêmes résultats à Paris, à New Dehli ou à Abidjan. Parmi toutes les disciplines médicales, l’odontologie n’échappe pas ce constat. Les auteurs de cet article nous expliquent que l’Afrique a besoin d’émanciper ses capacités de recherche médicale pour développer des approches cliniques et thérapeutiques adaptées à toutes ses spécificités, à tous ses bassins de population. Les chirurgiens-dentistes impliqués en recherche sont des catalyseurs permettant d’assurer le lien fondamental entre les études conduites au laboratoire et leur pertinence clinique.
Bien que certains pays tels que l’Afrique du Sud, le Nigeria ou le Kenya parviennent à publier des résultats en recherche médicale, l’Afrique demeure surdépendante des pratiques médicales développées et diffusées par les pays occidentaux, et celles-ci ne répondent pas toujours aux problématiques de leurs populations. Malheureusement, très peu de dentistes en Afrique s’engagent dans la recherche, alors que ces pays ont besoin de praticiens expérimentés pour mener des recherches pertinentes, afin d’améliorer les connaissances médicales avérées pour y développer des thérapeutiques mieux adaptées aux populations concernées. Une meilleure organisation des parcours universitaires facilitant l’accès à des programmes de recherche subventionnée durant le cursus représente un moyen de favoriser les carrières orientées vers la recherche au sein des universités concernées notamment, mais de très nombreux obstacles persistent. Le premier concerne le manque d’infrastructures et d’équipements très coûteux pour conduire des programmes de recherche efficients. La faible rémunération des chercheurs par rapport à leurs collègues cliniciens en est un autre ; et les praticiens compétents motivés par cette carrière cherchent souvent des opportunités à l’étranger.
Le manque de fonds et de financements gouvernementaux pour les programmes de recherche médicaux et plus particulièrement dentaires est sans doute le principal obstacle qui barre les ambitions de carrières d’odontologistes chercheurs en Afrique. Par ailleurs, il n’existe pas assez de réseaux scientifiques odontologiques suffisamment structurés sur le continent pour fédérer les initiatives et susciter l’émulation. De plus, la plupart des cursus universitaires africains ne prévoient pas de passerelles facilitant la transition des dentistes vers la recherche médicale. Par-dessus tous ces obstacles cités, c’est surtout la forte demande en soins de base dans de nombreux pays africains et le rôle de soutien de famille de la plupart des praticiens diplômés qui les orientent vers un exercice clinique plus rémunérateur et aussi immédiatement plus utile à la population.
Toutefois, le développement d’une recherche médicale au sein même du continent africain réduirait sa dépendance vis-à-vis des pays occidentaux et permettrait sans doute plus d’efficience dans la compréhension des enjeux de santé et l’application des réponses adaptées. Mais cette ambition implique un engagement des États concernés dans la structuration des parcours universitaires et par un soutien financier en faveur de la recherche médicale africaine.

Commentaire

La recherche est le principal moteur du progrès en odontologie comme dans toutes les disciplines médicales. De manière non exhaustive, les études épidémiologiques caractérisent les besoins en soins, les études cliniques évaluent et valident des protocoles ou des matériaux, les études plus fondamentales permettent leur développement, leur mise à l’épreuve ainsi qu’une meilleure compréhension des mécanismes physiques ou biologiques mis en jeu à tous les niveaux physiologiques, pathologiques ou thérapeutiques des systèmes concernés. La complexité des nouveaux traitements est telle que les équipes de recherche, pour être performantes, doivent associer des compétences d’expertise clinique et des compétences très spécifiques aux moyens de recherche modernes dans tant de domaines qu’une seule et même personne ne peut les cumuler. Un juste équilibre est à trouver dans les exigences de recrutement et d’organisation des équipes pour y associer de manière synergique les compétences de différents spécialistes odontologistes avec celles des chercheurs issus d’autres disciplines scientifiques dans des équipes de recherche performantes.
En France, les enseignants titulaires en odontologie (maîtres de conférences et professeurs des universités) doivent soutenir une thèse d’université et publier plusieurs articles internationaux en recherche. Ces prérequis leur demandent énormément d’investissements consentis aux dépens de leurs activités cliniques ou d’enseignement. Mais cette compétence est importante, ne serait-ce que pour faire le lien entre les disciplines cliniques qu’ils pratiquent et enseignent et la recherche, fondamentale ou appliquée. Il est cependant sans doute trop ambitieux de vouloir faire de tous les enseignants à la fois de bons cliniciens, des chercheurs efficaces et des enseignants capables de transmettre à leurs étudiants le savoir et les compétences nécessaires pour devenir de bons praticiens.
Au niveau universitaire, le développement et l’efficacité des programmes de recherches en odontologie demandent d’abord des moyens financiers, mais surtout une politique de recrutement et de structuration équilibrée au niveau de l’État afin de soutenir le dynamisme en recherche qui fédère toutes les compétences nécessaires pour générer le progrès, mais qui préserve aussi la qualité de la formation pour les futurs dentistes qui doivent être capables d’appliquer en clinique les données actuelles de la science et des savoir-faire que la recherche fait progresser.

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