Dans les yeux des aînés, sagesse ou détresse ?
Le vieillard dit beau, noble, digne, émouvant, ou bien jeune, vert voire égrillard, a toujours eu sa place dans les arts. Surtout tant qu’il faisait exception dans la société et présentait une singularité pittoresque ou touchante. Avec l’allongement de la vie, le regard a changé et les termes aussi. Vieillard ne se dit plus et les vieux ne sont plus ceux chantés par Brel. Aujourd’hui, ils entretiennent leur forme et soignent leur image pour ne pas prendre une ride, aidés par la médecine et, pour les plus coquets, par quelques retouches dues à l’IA. Lutter contre le vieillissement et ses signes est un impératif moral autant que physique, gage d’un regard sur soi acceptable et d’une meilleure tolérance au sein de l’espace social.
Seniors, personnes âgées, aînés, autant d’aimables subterfuges pour ne pas dire en face ce qu’on ne regarde pas en face : la vieillesse, qu’on se refuse à nommer comme telle parce qu’elle préfigure une inéluctable caducité qui terrifie. « Mourir, la belle affaire, mais vieillir… ô, vieillir », dit encore Brel. Vivre cent ans, oui, mais sans dents, ô… pourrait-on ajouter. L’âge fait fuir parce qu’il fait peur. Pour étudier et illustrer l’invisibilisation des vieux une fois tiré sur eux le rideau de la solitude sinon de l’Ehpad, le Musée de l’Homme a tenté un dialogue art-science, confié d’un côté au biodémographe et professeur Samuel Pavard, spécialiste du vieillissement au Muséum d’Histoire naturelle, et de l’autre à Nikos Aliagas que le sujet interpelle personnellement et qui intervient en tant que photographe. L’exposition Les grands âges qui en est née pose les bonnes questions, bien qu’on puisse regretter qu’elle ne les traite pas de façon plus étendue : quels critères retient-on pour définir la vieillesse dans différentes sociétés humaines, quelle place y accorde-t-on aux gens âgés et quels…