Les édentements sont sources de troubles esthétiques, fonctionnels et psychologiques [1]. En effet, en altération avec le sourire, ils diminuent la confiance en soi en développant un malaise psychosocial chez le sujet [2]. Cet état de fait survient en raison de consultations tardives, où les pathologies bucco-dentaires se trouvent au stade terminal, ce qui ne favorise pas la conservation de l’organe dentaire.
Dans le contexte relationnel, social et économique actuel, la transition entre l’état d’individu denté et l’état d’édenté porteur d’une prothèse ne peut plus tolérer l’étape intermédiaire d’édenté non appareillé [3]. Ainsi, la mise en place de la prothèse dans la même séance que les avulsions permet de rétablir l’esthétique, de réduire l’œdème postopératoire et de restaurer les fonctions de l’appareil manducateur [4-6].
De ce fait, la prothèse immédiate s’avère indispensable. Ses techniques de réalisation répondent à tous les critères d’une prothèse d’usage et dépendent de la phase préprothétique. L’objectif de ce travail était d’évaluer la satisfaction des patients porteurs de prothèses amovibles partielles transitoires immédiates, appareillés au Centre de Consultations et de Traitements Odonto-Stomatologiques d’Abidjan (CCTOS).
Méthodes
Il s’est agi d’une étude transversale descriptive réalisée au dernier semestre de 2020 au sein de la section de prothèse maxillo-faciale (PMF) du service de prothèses et occlusodontie du CCTOS, sur des patients appareillés de prothèses amovibles partielles transitoires immédiates (PAPTI). Les PAPTI ont été réalisées selon le protocole classique [7] avec une légère modification et ont été posées le jour des avulsions dentaires. Tous les dossiers des patients reçus uniquement au sein de la section PMF, avec toutes les étapes de réalisation de la prothèse intermédiaire, le suivi et la pose de la prothèse d’usage, ont été inclus dans l’étude.
L’enquête comportait un entretien, suivi de l’observation de la prothèse, de l’examen de l’arcade et de l’intégration des prothèses immédiates. Les variables observées étaient l’âge, le sexe, le motif de consultation, la motivation du patient, les causes de cette motivation, les appréhensions du patient, son inquiétude, ses doléances, son degré de satisfaction, la satisfaction de l’entourage, la satisfaction après gestion des doléances, le devenir de la prothèse immédiate avant la prothèse d’usage. Une étude pilote a permis l’évaluation et la validation du questionnaire.
Résultats (tableaux 1-10)
L’échantillon d’étude était composé de 40 sujets africains mélanodermes, âgés de moins de 60 ans, avec une tranche d’âge majoritaire comprise entre 15-30 ans. Le nombre d’hommes appareillés était supérieur à celui des femmes (55 % contre 45 % respectivement).
Cas clinique (fig. 1-7)
Discussion
La faible taille de l’échantillon est liée au fait que certains patients n’ont pu être joints au téléphone, d’autres n’étaient pas assez motivés pour participer à l’enquête et enfin, une grande partie des patients avaient consulté dans la section Prothèse Adjointe.
Les séances de suivi post-prothétique ont rigoureusement été respectées par les patients enquêtés. Aussi, l’étude s’est focalisée sur les prothèses immédiates partielles amovibles, car ces cas pouvaient être pris en charge par la section de Prothèse Maxillo-Faciale. En revanche, les cas de prothèses complètes transitoires étaient réalisés exclusivement dans la section de Prothèse Adjointe.
Tous ces cas cliniques ont été évalués sur plusieurs questionnaires basés sur différents volets. Les réponses des patients étaient libres, avec propositions (oui/non ; très satisfait/satisfait/ peu satisfait/non satisfait ; etc.).
Le besoin esthétique est le premier motif de consultation dans 67 % des cas (tableau 1). En effet, la cavité buccale occupe une place importante dans l’image de soi et dans l’image renvoyée à l’autre. C’est un moyen de communication et de vie sociale [8]. Aussi, le patient commence-t-il à avoir des préjugés et à se soucier du regard des autres. Ce qui aura un impact psychologique considérable pour l’intégration la prothèse immédiate [9].
Dans notre étude, nous pouvons constater que cette intégration psychologique est effective à travers plusieurs points :
- Trois quarts des sujets étaient inquiets avant la réalisation de l’appareillage (tableau 3). C’est la raison pour laquelle la prothèse immédiate est particulièrement indiquée chez des patients angoissés à l’idée de paraître édentés ou chez des patients ayant une activité professionnelle qui implique un contact avec le public [10]. En effet, la perspective d’une restauration prothétique est généralement ressentie comme un événement grave et irréversible. L’approche psychologique s’avère donc nécessaire. Elle débutera dès le premier contact par un entretien cordial [11]. Pendant les étapes précédant la pose de la prothèse, il est utile de se pencher sur l’étude du comportement psychique du malade à son insu. Les conversations doivent l’amener à un état de confiance. Il existe des patients psychiquement difficiles (hostiles, dépressifs, négatifs) ou faciles (compréhensifs, décidés, coopératifs). Il faut toujours associer le patient aux différentes étapes d’élaboration de la prothèse. Aussi, les sujets qui étaient inquiets sont enfin rassurés car se trouvent satisfaits à 47,5 % (tableau 4).
Cette inquiétude est dissipée dans 70 % des cas après appareillage, contre seulement 5 % des sujets qui restent inquiets (tableau 5).
- Avant l’appareillage (tableaux 2, 3), les sujets éprouvaient certaines difficultés à savoir :
– sourire dans 40 % des cas,
– parler dans 2,5 % des cas,
– 42,5 % étaient mal à l’aise, gênés,
– 12,5 % avaient honte de leur état,
– 20 % étaient à la fois gênés et avaient honte d’eux-mêmes.
Le problème psychologique était marqué par la honte que ces sujets avaient à sourire et parler en public [12]. Dans la tradition africaine, les dents représentent la jeunesse, la joie de vivre et de communication [13]. La beauté du visage implique celle du sourire. Elle est considérée comme une source de réussite de bien être affectif et moral par celui ou celle qui la possède [12]. La prothèse immédiate aura pour objectif de redonner une meilleure image de soi à ces sujets.
Ainsi, la majorité des patients venus consulter pour un problème esthétique sont satisfaits à 60 % contre 2,5 %, et satisfaits sur le plan esthético-fonctionnel à 22,5 % (tableau 8).
Leur entourage est également satisfait de la prothèse immédiate, ce qui contribue à rétablir leur moral et pérenniser les acquis psychologiques (tableau 6).
La prothèse peut provoquer des douleurs, des blessures et occasionner des gênes. Il ne faut pas le cacher au patient. Ceci peut résulter d’une insuffisance de précision technique ou d’un rejet par le patient. Le degré de satisfaction est fortement corrélé au confort, à l’esthétique, à la fonction et la phonétique.
Dans notre étude, nous avons constaté une bonne intégration fonctionnelle :
- En effet, les sujets venus consulter pour un problème fonctionnel qui était de 5 % et esthético-fonctionnel de 28 % sont tous ou presque satisfaits (tableau 8). Cela est visible également dans les travaux de Lejoyeux [10] qui a trouvé que sur 60 hommes traités, 90 % avaient trouvé la thérapeutique prothétique excellente, bonne ou assez bonne, 10 % l’avaient trouvé passable et 0 % mauvaise.
Aussi, sur le plan fonctionnel, nous constatons que les fonctions de déglutition et de phonation ne sont pas perturbées par la prothèse ; la mastication est satisfaisante dans 75 % des cas, 25 % des sujets appareillés ressentent lors de la mastication une gêne ; la phonation est assurée à 97,5 % des cas, mais l’élocution est perturbée dans 2,5 % (tableau 9).
- Concernant les doléances fonctionnelles exprimées, notre étude a montré que l’instabilité et l’agression de la prothèse sont les principales doléances des patients une semaine après la pose (tableau 8), décrites également par de nombreux auteurs dans le cas des prothèses amovibles complètes immédiates [14, 15].
Par ailleurs, 47,5 % des patients n’exprimaient aucune doléance montrant déjà l’intégration. Avec la technique classique [7] modifiée que nous utilisons (qui exclut l’empreinte secondaire), les doléances des patients sont justifiées. à l’aide de la résine retard, la prothèse est rebasée pour corriger son instabilité. Les problèmes liés à la prothèse résident dans sa réalisation. Une bonne empreinte et la participation du patient à la thérapeutique sont les éléments clés d’une bonne prothèse [16]. D’une manière générale, la mise en place d’une prothèse immédiate a donc un impact sur la qualité de vie et la satisfaction des patients (vu les résultats présentés antérieurement). Cela est confirmé également dans de nombreuses études [17].
La quasi-totalité des sujets de notre étude ont intégré leur prothèse dentaire transitoire immédiate, y compris ceux qui n’étaient pas motivés au départ, au point d’avoir mis du temps avant la réalisation de leur prothèse d’usage définitive [18].
Conclusion
L’édentement a de nombreuses conséquences physiques, esthétiques, fonctionnelles et psychologiques importantes. Pour parer à cela, la mise en place d’une prothèse immédiate (surtout en cas d’édentement antérieur) est indispensable pour répondre aux préoccupations du patient.
Pour ce faire, la bonne gestion psychologique du patient avant, pendant et après le traitement s’avère nécessaire pour le succès prothétique. Ainsi, 90 % de nos patients ont pu intégrer leurs prothèses immédiates.
Une bonne motivation du patient et l’explication des désagréments éventuels engendrés par le port de cette prothèse favorisent une intégration rapide et maximale par les patients porteurs de prothèse amovible transitoire immédiate. Cette intégration est un processus comportant plusieurs facteurs pouvant conditionner l’acceptation ou non de la future prothèse d’usage.



















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