L’hypersensibilité dentinaire (HD) est l’une des pathologies les plus fréquemment rencontrées par le chirurgien-dentiste en pratique quotidienne, mais elle demeure paradoxalement l’une des moins bien comprises dans sa dimension globale. Cette pathologie est classiquement définie comme une douleur courte et vive, déclenchée par des stimuli thermiques, évaporatifs tactiles, osmotiques ou chimiques sur de la dentine exposée, et qui ne peut être attribuée à une autre lésion ou pathologie [1, 2]. Les données épidémiologiques indiquent une prévalence élevée [11,5 % – 33,5 %] [3]. Si sa fréquence est généralement la plus importante chez les patients âgés de 30 à 40 ans, son incidence croissante est aujourd’hui corrélée à l’évolution des modes de vie, notamment la consommation accrue de boissons acides et la démocratisation de techniques d’hygiène et d’éclaircissement iatrogènes [4, 5]. Ces notions ainsi que les possibilités et gradients thérapeutiques ayant déjà été amplement développés dans les premiers articles de ce numéro, nous discutons ici les aspects psychologiques et le retentissement de l’HD sur la qualité de vie.
Le caractère temporaire de la douleur, la fréquence de cette pathologie et l’absence de menace directe sur la vitalité pulpaire à court terme conduisent parfois le praticien à banaliser la plainte. Or, pour la plupart des patients, la plainte réside dans l’impact délétère sur des activités de la vie quotidienne et les adaptations destinées à éviter les facteurs déclenchants : restrictions alimentaires (froid, chaud, certaines textures), gêne sociale (éviter de sourire, éviter certaines situations sociales), modification des habitudes d’hygiène bucco-dentaire (évitement total ou localisé du brossage) ou encore appréhension des soins dentaires. Cette douleur fugace peut donc devenir envahissante puisque à la fois répétée, anticipée et qu’elle demande un effort…