Utilisation de l’articulateur au cabinet et au laboratoire : mythe ou réalité ?

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  • Publié le . Paru dans Stratégie Prothétique n°1 - 29 février 2016 (page 57-62)
Information dentaire
Combien de praticiens possèdent un articulateur ?
L’articulateur est-il utilisé fréquemment au laboratoire ?
Qu’en est-il de l’arc facial et de l’axiographie ?

L’articulateur est un outil essentiel pour la réalisation d’actes prothétiques. Il peut intervenir à différents moments : lors du diagnostic et de l’élaboration du plan de traitement prothétique, et lors de la réalisation des prothèses au laboratoire ou pour leur équilibration (1, 2).

Durant le cursus des études odontologiques, que ce soit lors des travaux pratiques prothétiques ou lors des travaux cliniques, les étudiants sont habitués à utiliser ce simulateur, aussi bien pour confectionner une simple prothèse fixée unitaire que pour des travaux plus complexes (fig. 1).


Il s’agit aussi d’un moyen de communication essentiel entre le praticien et le laboratoire. Toutefois, il y a quelques années, Jean Schittly a mené une étude montrant que seulement 10 % de la profession avait recours à cet outil (3). Une fois sortis de la faculté, l’emploi de l’articulateur est-il toujours indispensable pour les praticiens ? Quant aux prothésistes de laboratoire, leurs travaux sont-ils toujours réalisés sur articulateur ?

Dans ce contexte, l’objectif de notre étude consiste à évaluer l’utilisation de l’articulateur au cabinet dentaire et dans les laboratoires, auprès de deux échantillons de praticiens et de prothésistes de la région Midi-Pyrénées.

À travers un questionnaire, nous avons souhaité connaître la proportion de praticiens et de prothésistes utilisant un articulateur, préciser la fréquence et les indications de son utilisation, cerner ses défauts pour une utilisation quotidienne, et questionner les praticiens et les prothésistes sur leurs souhaits en matière de formation sur l’articulateur.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

L’étude réalisée a porté sur les chirurgiens-dentistes et les prothésistes de Midi-Pyrénées. Leur sélection s’est opérée par un tri aléatoire dans l’annuaire. Un courriel comprenant le questionnaire a été adressé après accord téléphonique (tableaux 1).


Nous avons reçu 68 réponses exploitables de la part des praticiens et 19 de la part des prothésistes.

RÉSULTATS

Pour les praticiens (fig. 2 à 6)


72 % des praticiens sondés nous ont déclaré posséder un articulateur, voire plusieurs (fig. 2). Parmi eux, 59 % disent ne l’utiliser que “parfois”, 25 % “souvent”, et 14 % “jamais”. Ils sont seulement 2 % à l’employer pour tous leurs cas de prothèse (fig. 3).

Pour la plupart d’entre eux, l’articulateur permet de gérer les cas complexes : 34 % pour les restaurations étendues ou complexes, 27 % pour augmenter une dimension verticale d’occlusion, 20 % lors d’une occlusion particulière, et 12 % pour recréer un guide antérieur (fig. 4).

Les principaux défauts énoncés par les praticiens pour l’utilisation quotidienne de l’articulateur au cabinet sont, pour 41 %, son caractère chronophage, et pour 30 %, le fait que c’est leur prothésiste qui l’utilise (fig. 5). 34 % des sondés seulement souhaiteraient participer à une formation sur l’usage de l’articulateur (fig. 6).

Pour les prothésistes (fig. 7 et 8)

63 % d’entre eux utilisent l’articulateur pour moins de 50 % de leurs cas (fig. 7). Pour 84 % d’entre eux, le montage devrait être fait “souvent”, voire “systématiquement” (fig. 8).


DISCUSSION
Pour les praticiens

L’analyse de ces résultats suggère que, même si les praticiens sont nombreux (74 %) à posséder un articulateur, ils le réservent le plus souvent pour les cas cliniques les plus complexes, tant pour l’étape du diagnostic et de l’élaboration du plan de traitement, que pour la réalisation prothétique et le transfert au laboratoire. Pour 38 % des praticiens sondés, il ne serait jamais manipulé …

Pourquoi un outil si utile et présent dans les cabinets est-il si peu utilisé ?

Une bonne part de praticiens trouvent son utilisation chronophage, ou bien font confiance à leur prothésiste pour réaliser le montage sur articulateur. Pourtant, certains auteurs ont bien montré que cette tâche incombait au praticien lui-même (3). D’autres reproches constatés par les praticiens sont un coût élevé et la mise en œuvre importante de matériel. La plupart des défauts constatés pourront être résolus par la réalisation d’une formation simple et accessible sur l’utilisation au quotidien de cet outil. Un tiers des praticiens souhaiteraient alors y participer. Les deux tiers restants ne sont pas intéressés, ou estiment déjà bien le maîtriser. Quant au fait qu’il soit chronophage, l’articulateur devrait normalement permettre de gagner du temps lors de l’équilibration et de l’insertion des prothèses.

Du côté des prothésistes

Une étude menée auprès des prothésistes de laboratoires grecs en 2006 avait montré que plus de la moitié des modèles étaient montés sur un simulateur, avec un simple axe charnière de type “occluseur” (4) (fig. 9).


Des conclusions semblables sont retrouvées dans notre enquête. Nous remarquons que la majorité des prothésistes réalisent moins de la moitié de leurs travaux sur articulateur. Lorsqu’ils n’utilisent pas cet outil, ils se servent dans la grande majorité des cas (90 %) d’un simple occluseur.

Pourtant, ils sont 84 % à estimer que les modèles de travail devraient être toujours ou souvent montés en articulateur.

Cela peut s’expliquer par le fait que le praticien ne demande pas de montage en articulateur, et aussi que le prothésiste ne soit pas capable de réaliser ce montage (modèles réalisés à partir d’empreintes sectorielles …). Dans ce dernier cas, les prothésistes regrettent souvent de ne pouvoir régler correctement l’occlusion dynamique de la prothèse.

CONCLUSION

Nous sommes donc loin du compte …

L’objectif de notre enquête était de réaliser une évaluation sur les habitudes des chirurgiens-dentistes et des prothésistes dentaires de la région Midi-Pyrénées concernant l’utilisation de l’articulateur.

Globalement l’articulateur est assez peu utilisé dans les cabinets dentaires mais aussi dans les laboratoires alors que praticiens et prothésistes s’accordent sur son utilité.

Le clinicien est le seul à observer en bouche les arcades dentaires, leur environnement et leur fonctionnement. L’idéal serait que ce soit lui qui effectue le montage en articulateur. Les modèles seraient ensuite transmis directement au laboratoire afin que le prothésiste réalise le travail selon ce montage. Ces échanges permettraient de faciliter la communication entre cabinet et laboratoire, un élément clé dans la réussite du traitement prothétique.

En France, environ 11 millions de prothèses sont réalisées chaque année(5). Un nombre conséquent de prothèses serait donc réalisé sans l’aide d’un articulateur. On peut se demander si l’articulateur est vraiment indiqué systématiquement pour la réalisation des travaux prothétiques ou s’il ne serait pas indispensable seulement pour certaines indications comme par exemple les réhabilitations complexes, pour augmenter la dimension verticale d’un patient, recréer des courbes occlusales et des guides fonctionnels ? Qu’en est-il aussi des enregistrements complémentaires ? L’arc facial ou l’axiographe par exemple sont peu utilisés par les praticiens. Présentent-ils un réel intérêt ? Les cliniciens ont-ils tort de se passer de ces outils ?

Les perspectives se tournent désormais vers la réalisation des prothèses grâce à la CFAO. Le développement de marques tels que CEREC®, 3SHAPE®… en matière de CFAO permet de concevoir des prothèses sur l’ordinateur. Les travaux prothétiques peuvent être réalisés à l’aide d’articulateurs virtuels. Différents modèles d’articulateurs sont disponibles au sein des logiciels.

Son utilisation semble simple et rapide et devrait permettre d’augmenter le nombre de prothèses réalisées sur articulateur dans les prochaines années. Il sera alors intéressant de comparer le montage des modèles entre un articulateur physique et un articulateur virtuel (6).

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