Vers une médecine de précision dans la maladie de Gougerot-Sjögren : applications possibles au traitement

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  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°11 - 25 mars 2026 (page 58-63)
Information dentaire
La maladie de Gougerot-Sjögren est une maladie auto-immune caractérisée par une infiltration lymphocytaire des glandes exocrines, principalement lacrymales et salivaires, et par la production d’autoanticorps contre des antigènes nucléaires solubles [1]. Cette maladie inflammatoire chronique se manifeste souvent par une triade associant sécheresse (oculaire, buccale, cutanée, génitale, ou bronchique), douleur (articulaire ou musculaire) et fatigue (fig. 1). Ainsi, au niveau bucco-dentaire, la sécheresse buccale sera à l’origine de caries multiples, souvent au niveau des collets des dents, un risque accru de perte prématurée des dents, des complications muqueuses comme des sensations de brûlures, des candidoses, des troubles fonctionnels (difficulté de déglutition et d’élocution, altération du goût et halitose) (fig. 2a-c).

La maladie de Gougerot-Sjögren touche 0,05 à 0,4 % de la population adulte, principalement les femmes, avec un pic entre 55 et 65 ans. Le diagnostic en est difficile, souvent retardé de plusieurs années, en raison de sa présentation clinique hétérogène et de sa progression insidieuse. Celle-ci peut se compliquer d’une atteinte pulmonaire, neurologique ou rénale, et le risque de développer un lymphome est majoré. Le diagnostic repose actuellement sur une combinaison de critères cliniques, sérologiques, histologiques et fonctionnels, ces derniers mesurant la détérioration de la qualité de vie des patients. Bien que de nombreux travaux aient souligné l’implication physiopathologique de la voie de l’interféron [2] (fig. 3), les mécanismes immunopathologiques à l’origine des manifestations cliniques restent mal compris.

Une maladie sans traitement de fond

Le traitement est principalement symptomatique, visant à améliorer la qualité de vie du patient, et n’agit pas sur la progression de la maladie. Les échecs de nombreux essais thérapeutiques peuvent en partie s’expliquer par l’hétérogénéité de la maladie au plan moléculaire, qui n’est pas prise en compte dans les classifications cliniques. Ainsi, l’établissement d’une taxonomie moléculaire de la maladie de Gougerot-Sjögren pourrait permettre d’identifier des marqueurs prédictifs de complications de la maladie ou de la réponse au traitement, et déboucher sur une approche thérapeutique personnalisée. Tel a été l’objectif d’un travail collaboratif réalisé par les équipes de recherche de l’unité UMR 1227 de l’Inserm et de l’Institut de recherches internationales Servier [3]. Dans le prolongement de notre contribution au projet PRECISESADS IMI JU [4], nous avons exploité la base de données collectées pour la cohorte de patients atteints de la maladie de Gougerot-Sjögren et déterminé…

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