Feuilleter un extrait
Information dentaire

L'Information Dentaire n°1 - 13 janvier 2026

Je m'abonne >
Acheter ce numéro >

Edito

Pour que l’université retrouve l’élan d’assembler Il m’arrive de regarder l’université comme on regarde une carte ancienne. Les contours sont encore là, les mots sont familiers, mais les chemins ont changé. Nous continuons de parler d’université comme si un seul monde suffisait pour dire la vérité ; or nous vivons désormais dans une pluralité vibrante, parfois discordante. Une pluriversité — non au sens du désordre, mais au sens où plusieurs...

Pour que l’université retrouve l’élan d’assembler

Il m’arrive de regarder l’université comme on regarde une carte ancienne. Les contours sont encore là, les mots sont familiers, mais les chemins ont changé. Nous continuons de parler d’université comme si un seul monde suffisait pour dire la vérité ; or nous vivons désormais dans une pluralité vibrante, parfois discordante. Une pluriversité — non au sens du désordre, mais au sens où plusieurs mondes cherchent à coexister.

Bruno Latour appelait cela l’art d’assembler. Assembler ce qui, spontanément, ne tient pas ensemble : les sciences et les arts, les hypothèses et les doutes, les méthodes et les imaginaires. Assembler les êtres et les savoirs, non pour les uniformiser, mais pour leur permettre de dialoguer. Cet art-là, subtil et exigeant, devrait être le cœur battant de toute institution académique.

Mais voilà, l’art d’assembler ne va pas sans une condition première, discrète et essentielle — la liberté académique.

Cette liberté que l’on croyait acquise, presque naturelle, se révèle aujourd’hui fragile. Fragile au point que France Universités1 a dû formuler dix propositions pour la défendre, comme on répare une voûte fissurée pour que le bâtiment ne perde pas sa tenue. Parmi elles :

– « Inscrire la liberté académique dans la Constitution »,

– « Préciser sa portée et renforcer le statut des chercheurs »,

– « Réaffirmer la protection fonctionnelle »,

– « Valoriser la liberté académique au niveau national ».

Ces propositions ne dénoncent pas une menace précise, elles reconnaissent une condition. Elles disent que pour assembler des mondes, encore faut-il pouvoir penser librement, débattre sans crainte, explorer sans justification préalable. Elles disent que la pluralité du savoir exige une assise solide.

Mais si je reste attaché au travail de Stéphanie Balme2, c’est qu’il rappelle quelque chose de plus profond encore : la liberté académique n’est pas un droit corporatiste ; c’est une éthique de la pluralité. Une condition pour que l’université cesse d’être un simple ensemble de départements et redevienne un lieu où des univers intellectuels cohabitent, se croisent, se contredisent.

Dans une époque obsédée par les réponses rapides, les identités nettes et les certitudes immédiates, il n’est pas inutile de se souvenir que la vérité ne se donne pas : elle se construit, lentement, en assemblant des voix qui ne pensent pas pareil. La pluriversité n’est pas un caprice conceptuel, c’est le nom élégant du courage de dialoguer.

Le cynique que je suis parfois murmure que notre époque préfère l’ordre aux controverses, les slogans aux nuances, le confort au risque. Mais l’humaniste en moi — celui que Latour a tant de fois réveillé — sait que sans la liberté d’assembler, nous ne ferons plus jamais université. Seulement juxtaposition.

Alors oui, il faut défendre la liberté académique. Pas seulement pour préserver un principe, mais pour protéger un geste : celui d’assembler des mondes qui n’étaient pas faits pour se rencontrer — et qui, pourtant, lorsqu’ils se rencontrent, élargissent le nôtre.

Professeur Vianney Descroix

Doyen de l’UFR d’Odontologie Université Paris Cité

1 « Défendre et promouvoir la liberté académique » : Dix propositions de France Universités issues du rapport de Stéphanie Balme

2 Stéphanie Balme. Défendre et promouvoir la liberté académique. Un enjeu mondial, une urgence pour la France et l’Europe. France Universités. 2025, 200 p. (hal-05317394)

Voir plus

Avant-propos

La tradition avec émotion
Michel Bartala

Éditorial

Pour que l’université retrouve l’élan d’assembler
Professeur Vianney Descroix

Actualités

Revue de presse

Santé dentaire et bien-être animal : hommage à BB
Pascal De March

Actualité hebdo

Formation

Comment échouer dans la réalisation des restaurations en résine composite dans le secteur antérieur ?
Romain Ceinos, Laura Mokhtari, Grégory Camaleonte, Martin Klaas

28es Assises de chirurgie orale

Gestion d’un échec esthétique implantaire antérieur par greffes conjonctives et bridge cantilever zircone
Benjamin Rathelot

L’os allogénique en chirurgie pré-implantaire
Anthony Bohbot

Coffrage mandibulaire postérieur par lames corticales autologues conformées en exobuccal
Mickael Samama

Implantologie 2.0 : gestion digitale dans le traitement de l’édenté complet
Théo Laplane

Grand prix éditorial « Hypersensibilité dentinaire et qualité de vie » : les cas lauréats

Hypersensibilité et récessions : l’apport du tunnel modifié
Alexandre Feuillette, Angéline Antezack

Récessions, hypersensibilité dentinaire et impact sur la qualité de vie
Caroline Guillemot

De l’hypersensibilité à la stabilité : une situation mucogingivale
Lise Maury, Gonzalo Blasi

Exercice professionnel

Facteurs humains : Stress du chirurgien-dentiste : du mythe du « bon stress » à la gestion pragmatiqueNOUVELLE RUBRIQUE
Franck Renouard


La tradition avec émotion

Bonne année ! Il est précieux de s’accorder un moment pour formuler des vœux qui dépassent la simple tradition. Des vœux exprimés avec sincérité, émotion et chaleur humaine. Car dans nos métiers exigeants, parfois éprouvants, les mots authentiques ont une valeur particulière : ils renforcent les liens amicaux, reconnaissent les efforts et rappellent que nous formons avant tout une communauté de soignants et de professionnels de santé engagés.

La chirurgie dentaire ne s’exerce jamais seul(e). Elle repose sur un travail d’équipe indissociable, fondé sur la confiance et le respect mutuel. Aux côtés des chirurgiens-dentistes, les assistantes dentaires jouent un rôle essentiel, tant dans la qualité des soins que dans l’accompagnement des patients. Les prothésistes dentaires, partenaires indispensables, contribuent, par leur savoir-faire et leur exigence, à la réussite thérapeutique. C’est ensemble, dans cette chaîne humaine et professionnelle, que nous construisons chaque jour une prise en charge de qualité.

Dans un environnement en constante évolution où l’information doit être vérifiée, l’esprit critique demeure une valeur fondamentale. Il nous permet de faire des choix éclairés, d’évaluer les innovations avec discernement et de préserver le sens médical de notre exercice. Cet esprit critique va de pair avec une éthique vécue au quotidien, faite de responsabilité, de transparence et de respect, tant envers nos patients qu’envers nos équipes et nos partenaires.

Cette nouvelle année doit également être celle de l’affirmation sereine de notre identité de profession médicale, pleinement engagée dans la santé globale. Une reconnaissance qui passe par la qualité de nos pratiques, mais aussi par la cohésion de toute la filière dentaire.

Dans cet esprit, votre journal, L’Information Dentaire, assure son engagement à être aux côtés des praticiens et de leurs équipes. Informer avec rigueur, accompagner avec indépendance, éclairer avec esprit critique : telle est la mission que la revue continuera de porter, au service de la profession et de ceux qui la font vivre chaque jour.

Je vous souhaite donc une très belle année 2026 placée sous le signe de la solidarité, de la confiance et de l’engagement partagé, en espérant avoir le plaisir de croiser certains d’entre vous pour que l’humain reste au centre de la relation.

Michel Bartala
Rédacteur en chef