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Information dentaire

L'Information Dentaire n°6 - 18 février 2026

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Edito

Trop soigner peut nuire Docteur, je ressens une douleur en haut à droite ! Quand je touche cette zone-là »… S’il est important de toujours prendre en considération la douleur des patients, la description qu’ils en font ne correspond parfois à aucun élément cliniques ou radiologiques. Ainsi, dans nos cabinets, nous avons tous rencontré ce patient convaincu d’avoir un problème important en raison d’une gêne fugace, ou persuadé que son...

Trop soigner peut nuire

Docteur, je ressens une douleur en haut à droite ! Quand je touche cette zone-là »… S’il est important de toujours prendre en considération la douleur des patients, la description qu’ils en font ne correspond parfois à aucun élément cliniques ou radiologiques. Ainsi, dans nos cabinets, nous avons tous rencontré ce patient convaincu d’avoir un problème important en raison d’une gêne fugace, ou persuadé que son occlusion est « catastrophique ». L’écoute attentive fait partie de notre métier. Mais écoute ne signifie pas validation systématique.

Réaliser un acte sur la base de signes cliniques décrits sans correspondance objective, c’est entrer dans une zone grise. L’examen est normal, les tests sont négatifs, l’imagerie rassurante… pourtant la demande persiste. La tentation est grande d’« agir pour rassurer ». Un petit ajustement, une dépose « au cas où », une reprise préventive, voire un acte endodontique par ignorance. Après tout, le patient sera content. Peut-être. Jusqu’à ce qu’une complication survienne, ou que l’absence d’indication soit relue à la lumière d’une expertise.

Nous savons qu’un acte en médecine, en médecine bucco-dentaire, n’est jamais anodin. Chaque intervention a des conséquences. Chaque prescription engage notre responsabilité. Agir sans indication objectivée, c’est exposer le patient à un risque biologique inutile et le praticien à un risque médico-légal bien réel. La bienveillance ne doit pas se transformer en complaisance.

Il en va de même lorsque nous nous éloignons des consensus et recommandations. Certes, la science évolue et l’esprit critique est une qualité. Mais s’écarter des référentiels pour répondre à une demande insistante, à une mode thérapeutique ou à une intuition non étayée relève moins de l’innovation que de l’imprudence. Les recommandations ne sont pas des carcans administratifs : elles sont le fruit d’analyses collectives destinées à sécuriser nos décisions. Les ignorer suppose des arguments solides, traçables, opposables. « Parce que le ou la patient(e) le voulait » n’en est pas un.

Il existe une forme d’ironie à multiplier les actes pour se protéger d’une insatisfaction immédiate, alors que c’est précisément cette multiplication qui fragilise notre position à long terme. La meilleure défense reste l’indication juste, expliquée, documentée – et parfois le refus argumenté.

Refuser de traiter sans raison valable n’est pas un échec thérapeutique. C’est un acte professionnel. Adresser vers des professionnels aux compétences adaptées n’est pas se défausser, mais mieux prendre soin des patient(e)s. Dans un contexte où notre exercice est scruté, judiciarisé, évalué, rappelons-nous que notre liberté clinique s’accompagne d’une exigence : celle de ne pas nuire, et de ne pas agir contre l’état des connaissances. Dans notre intérêt comme dans celui de nos patients, gardons en tête qu’un acte évité à bon escient vaut souvent mieux qu’un acte réalisé pour de mauvaises raisons.

Michel Bartala, Rédacteur en chef

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Éditorial

Trop soigner peut nuire

Michel Bartala

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