Clément Cogitore, les possibilités d’une île
Une terre soudain convoitée par de grandes puissances pour son potentiel de ressources ? Eh non, cette histoire-là remonte à près de deux cents ans, et l’île n’avait que quelques heures. Le 2 juillet 1831 on vit en effet émerger au sud de la Sicile, crachant force lave et fumées, une sorte d’anneau rocheux, de hauteur irrégulière mais culminant quand même à 65 mètres. Localement on s’en émut, sans toutefois se dire surpris : l’existence sous-marine du volcan aujourd’hui nommé Empédocle était connue de toute antiquité ; ce n’était pas la première fois qu’il montrait le bout de son cratère furieux avant de replonger dans les flots et l’oubli. Mais internationalement, l’événement sonna le branle-bas-de-combat sur tous les navires. Quel pays, légitime ou moins, serait le premier à planter son drapeau sur l’île mystérieuse ? Ses 5 km et sa situation stratégique en Méditerranée promettaient toute sorte de profits… Mais d’un coup, tout fait plouf ! Ce bougre de volcan s’essouffle, en six mois l’île disparaît. Baptisée Ferdinandea, Julia ou Graham selon qui la revendique, voilà qu’elle réapparaît un instant en 1863, réduite cette fois à un infime rocher aussitôt englouti. Depuis, on guette les moindres secousses d’Empédocle qui pourraient la remonter et ranimer les appétits géologiques et géopolitiques.
En attendant, l’île fantôme est pour l’imaginaire un filon qu’a creusé en tous sens Clément Cogitore pour en rêver et révéler les nombreux enjeux. Fruit de ses recherches documentaires, le projet qu’il présente au Mucem de Marseille associe films, photos et vidéos aux peintures et relevés d’époque, archives de courriers entre les chancelleries, projections des scientifiques et fantasmes populaires de monstres marins. C’est tout le bouillonnement de l’événement qui est ainsi restitué, agglomérat des récits de ceux…