Chaque information recueillie, chaque élément consigné, peut constituer une barrière de sécurité face à l’erreur. Dans un environnement où les erreurs humaines sont inévitables, le dossier médical participe à éviter qu’elles ne se transforment en événements indésirables ou en complications. L’objectif de cet article est donc de proposer un changement de paradigme : passer d’une logique de conformité – « faire un bon dossier pour être en règle » – à une logique de sécurité – « faire un bon dossier pour ne pas se tromper ». Dans ce cadre, nous ne reviendrons pas sur les éléments juridiques indispensables du dossier médical, tels que le consentement éclairé, le devis ou le questionnaire médical, mais nous nous intéresserons à son rôle dans la prévention des erreurs et l’amélioration de la sécurité des soins.
Le dossier médical : une obligation seulement réglementaire ?
Le contexte actuel est marqué par une judiciarisation croissante de l’exercice. Dans ce cadre, la survenue d’un litige agit souvent comme un révélateur, conduisant les praticiens à porter un regard plus attentif sur la tenue de leur dossier patient, tant sur le plan clinique qu’administratif. Lors d’une expertise, il est attendu du chirurgien-dentiste qu’il puisse démontrer la qualité de sa prise en charge : temps consacré à l’écoute du patient, recueil rigoureux des données cliniques nécessaires à la réflexion thérapeutique, et traçabilité de ces éléments à travers des documents attestant du respect de l’obligation de moyens et du devoir d’information. Lorsqu’il est correctement renseigné, le dossier médical constitue alors un appui essentiel. Il offre une base solide à l’analyse expertale, le plus souvent initiée dans un cadre amiable, et peut favoriser un accord entre les parties, évitant ainsi l’évolution vers une procédure judiciaire plus longue et plus contraignante. Pour beaucoup de…