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Information dentaire

L'Information Dentaire n°19 - 21 mai 2026

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Edito

Antibiorésistance, un défi sanitaire qui s’amplifie en France et dans le monde L’antibiorésistance n’est plus une menace émergente : c’est une réalité clinique installée, mesurable et universelle. Les données les plus récentes issues de Santé publique France et du rapport mondial GLASS (Global Antimicrobial Resistance and Use Surveillance System) 2025 de l’OMS convergent vers un constat sans équivoque : la perte d’efficacité des antibiotiques s’accélère plus vite que les politiques déployées...

Antibiorésistance, un défi sanitaire qui s’amplifie en France et dans le monde

L’antibiorésistance n’est plus une menace émergente : c’est une réalité clinique installée, mesurable et universelle. Les données les plus récentes issues de Santé publique France et du rapport mondial GLASS (Global Antimicrobial Resistance and Use Surveillance System) 2025 de l’OMS convergent vers un constat sans équivoque : la perte d’efficacité des antibiotiques s’accélère plus vite que les politiques déployées pour la contenir. La question n’est donc plus de savoir si cette crise aura un impact majeur sur les systèmes de santé, mais à quelle vitesse elle va compromettre les avancées de la médecine moderne. En France, Santé publique France a documenté en 2024 une augmentation de 4,8 % des prescriptions d’antibiotiques en ville et de 5,4 % de la consommation exprimée en Doses Définies Journalières. Avec plus de 860 prescriptions pour 1 000 habitants, notre pays s’éloigne de l’objectif officiel de 650 d’ici à 2027. Cette dynamique représente une véritable cassure après une décennie globalement orientée à la baisse, et place la France au 2e rang des pays européens les plus consommateurs. La progression est particulièrement marquée chez les généralistes, mais les chirurgiens-dentistes – responsables de 11,9 % des prescriptions – présentent une stabilité qui, si elle témoigne d’efforts réels, ne saurait constituer un motif d’autosatisfaction dans le contexte actuel.

À l’échelle mondiale, le tableau dressé par l’OMS est encore plus préoccupant. L’analyse GLASS 2025 montre que pour de nombreux couples pathogène–antibiotique, les niveaux de résistance dépassent 30 % dans certaines régions, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est. Les résistances aux céphalosporines et aux fluoroquinolones – piliers historiques du traitement de nombreuses infections courantes – progressent avec une régularité alarmante. Dans certaines zones, une infection sur trois par Klebsiella pneumoniae ou Escherichia coli ne répond plus aux traitements de première ligne. Ce constat ne relève plus de l’exception, il reflète les conséquences d’une pression antibiotique élevée couplée à des systèmes de surveillance et de diagnostic insuffisants.

La médecine moderne repose pourtant sur la garantie d’antibiotiques efficaces. Sans eux, les procédures lourdes – oncologie, chirurgie, greffes, soins intensifs – deviennent dangereuses, parfois impossibles. Le rapport GLASS rappelle également une réalité trop peu évoquée : les résistances élevées sont souvent le miroir des fragilités structurelles des systèmes de soins. La crise de l’antibiorésistance est donc à la fois scientifique, clinique, sociale et politique.

Dans ce contexte, la chirurgie dentaire occupe un rôle clé. Nos prescriptions ne sont pas les plus volumineuses, mais elles se situent précisément à l’interface critique entre infection aiguë, urgence de prise en charge et demande sociale de traitement immédiat. Or, la majorité des infections odontogènes relève d’un traitement étiologique chirurgical, non d’un traitement médicamenteux. L’antibiotique ne constitue un adjuvant qu’en présence de signes généraux, de cellulite, d’extension profonde ou d’impossibilité d’accès aux soins.

L’éditorial scientifique ne peut ignorer un point essentiel : la stabilité des prescriptions dans notre spécialité en 2024 (- 0,2 %) n’est pas suffisante. Elle doit se transformer en une diminution quantifiable, argumentée, documentée. La pression sociétale reste forte, portée par la méconnaissance persistante du caractère inefficace des antibiotiques contre les infections virales et par une culture médicamenteuse profondément ancrée. L’étude nationale souligne que la connaissance du public sur l’antibiorésistance continue de s’éroder. Tous les prescripteurs ont donc une responsabilité éducative propre.

Les leviers d’action sont multiples et identifiés. Ils sont politiques, via un meilleur accès aux tests rapides, une régulation des délivrances directes, un financement de l’éducation thérapeutique. Ils sont organisationnels, car l’accès rapide aux soins dentaires d’urgence constitue l’un des moyens les plus efficaces d’éviter les prescriptions “d’attente”. Ils sont pédagogiques, dans l’explication systématique au patient que l’antibiotique inutile est un risque pour la collectivité. Et ils sont professionnels, via une auto-évaluation régulière des pratiques.

Il nous faut désormais considérer les antibiotiques comme un patrimoine thérapeutique commun, dont l’efficacité dépend de chaque décision individuelle. Les données françaises indiquent une dérive ; les données européennes confirment notre retard ; les données mondiales démontrent une progression rapide, robuste, et inégale de la résistance. Nous sommes à un moment de bascule. Il ne s’agit plus d’alerter, mais de transformer. Plus d’informer, mais de décider. Plus d’observer, mais d’agir.

Protéger les antibiotiques, c’est protéger l’avenir même de la médecine moderne. Et cet avenir se construit maintenant.

Pr Vianney DESCROIX, Doyen de l’UFR d’Odontologie de l’Université Paris Cité

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