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Information dentaire

L'Information Dentaire n°14 - 15 avril 2026

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Edito

Soigner la vie intérieure, une responsabilité du soin La réédition récente de Le Phénomène de la vie1, du philosophe allemand Hans Jonas, vient rappeler la force d’une pensée qui refuse de réduire le vivant à une mécanique silencieuse. Publié en 1966 puis devenu difficile d’accès, cet ouvrage retrouve aujourd’hui une pertinence nouvelle. Jonas y défend l’idée que toute forme de vie possède un dedans, une intériorité qui s’exprime...

Soigner la vie intérieure, une responsabilité du soin

La réédition récente de Le Phénomène de la vie1, du philosophe allemand Hans Jonas, vient rappeler la force d’une pensée qui refuse de réduire le vivant à une mécanique silencieuse. Publié en 1966 puis devenu difficile d’accès, cet ouvrage retrouve aujourd’hui une pertinence nouvelle. Jonas y défend l’idée que toute forme de vie possède un dedans, une intériorité qui s’exprime par degrés et qui relie l’humain au reste du vivant. En relisant l’héritage de René Descartes et en s’appuyant sur l’évolution naturelle pensée par Charles Darwin, Jonas montre que l’esprit et la matière ne sont pas deux ordres étrangers. L’esprit apparaît comme la face intérieure de la vie et non comme un privilège réservé à l’être humain.

Pour le soin, cette perspective change profondément le regard porté sur le patient. Le malade n’est jamais seulement un organisme déficient. Il est un être vivant habité d’un monde intérieur, même lorsque ce monde semble altéré, épuisé ou rendu muet par la douleur. La maladie fait remonter à la surface ce fond invisible de l’existence, peuplé d’interrogations, de peurs et de besoins de sens. Elle rappelle que la vie intérieure ne disparaît pas lorsque le corps se fragilise, mais qu’elle devient au contraire plus vulnérable et plus révélée.

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte social où la spiritualité connaît un regain spectaculaire. Le marché du bien-être propose méditations rapides, retraites scénographiées et traditions réinterprétées. Pourtant, derrière cette diversité, comme l’a souligné Frédéric Lenoir, demeure un besoin profond de connexion et de signification. Lorsque la maladie bouleverse la trajectoire de vie, ce besoin se fait encore plus présent. De nombreux patients cherchent alors un appui qui ne relève ni de la technique ni du protocole, mais d’une présence capable de reconnaître leur vulnérabilité intime.

C’est là que la pensée de Jonas offre une orientation précieuse. Dans Le Principe Responsabilité2, il affirme que la vulnérabilité crée une obligation morale. Le nouveau-né, totalement dépendant, oblige ceux qui en prennent soin. Transposé au soin, ce principe signifie que la fragilité du patient engage le soignant au-delà de la compétence technique. Elle l’oblige à prendre en compte ce qui habite la personne au-dedans, ce qui lui permet encore de tenir, de comprendre ce qu’elle traverse, d’espérer malgré l’épreuve.

Le soutien spirituel s’inscrit dans cette responsabilité. Le psychologue Gustave-Nicolas Fischer3 décrit ce soutien comme une présence profondément attentive, une relation qui rejoint l’autre au plus intime de son être. Il ne s’agit pas de diriger une conscience ni de prescrire des croyances, mais d’ouvrir un espace où le patient peut déposer ses questions et mobiliser ses propres ressources. Certaines pratiques cliniques, comme la psychothérapie centrée sur le sens développée par William Breitbart et inspirée du travail de Viktor Frankl, montrent combien la recherche de sens peut alléger la souffrance sans remplacer pour autant les traitements médicaux.

Une conclusion clinique s’impose. La pensée de Jonas invite les soignants à reconnaître que la vie intérieure fait partie intégrante du vivant. Même lorsque la maladie avance, même lorsque les mots se raréfient, quelque chose en chacun cherche encore à demeurer vivant au-dedans. Prendre soin de cette dimension signifie écouter ce qui ne se mesure pas, accueillir ce qui se dit parfois à mi-voix, respecter la quête de sens lorsque tout vacille. En intégrant cette exigence, le soin devient un accompagnement complet du vivant, non seulement dans sa continuité biologique, mais aussi dans sa profondeur intérieure. Soigner un être humain revient alors à soutenir une existence qui tente encore de tenir, de comprendre et d’espérer.

Pr Vianney Descroix, Doyen UFR Odontologie, Université Paris Cité

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Éditorial

Soigner la vie intérieure, une responsabilité du soin
Pr Vianney Descroix

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