Les récentes données épidémiologiques en matière d’hypersensibilité dentinaire (HD) sont sans appel : en moyenne, en Europe, 29,1 % des patients souffriraient d’HD de score de Schiff à 2 ou 3 au test au jet d’air§ (Encadré 1) [1, 2]. Les données disponibles en France, un peu plus anciennes (publication en 2013), rapportent que 39,6 % des patients déclaraient une sensibilité au test au froid sur au moins une dent et 11,6 % une HD de Schiff 2 ou 3 [3]. L’HD est donc une condition qu’il est difficile d’occulter en pratique clinique même si ses signes sont plus discrets cliniquement qu’une lésion carieuse cavitaire ou une gencive inflammatoire sanguinolente au brossage.
Cet article propose de rappeler le challenge clinique que l’HD représente en pratique quotidienne et de discuter plus spécifiquement de l’intérêt de la NovaMin dans la prise en charge de l’HD.
Encadré 1 : Hypersensibilité dentinaire – scores de Schiff associé au test du jet d’air*
| Scores de Schiff | Réponse du patient à un jet d’air sur une zone de dentine exposée | Sévérité de l’HD |
| 0 | Aucune réponse | Absence d’HD |
| 1 | Le patient décrit une douleur légère | HD légère |
| 2 | Le patient demande l’arrêt du stimulus | HD modérée |
| 3 | Le patient a un réflexe d’évitement | HD sévère |
HD : hypersensibilité dentinaire
*Jet d’air avec la seringue multifonctions sur une zone de dentine exposée en isolant les collets des deux dents adjacentes (deux doigts positionnés de part et d’autre de la zone testée)
L’HD en pratique clinique – un véritable challenge !
Toutes les enquêtes par questionnaire investiguant, de par le monde, les pratiques professionnelles et les retours d’expérience des chirurgiens-dentistes rapportent que le diagnostic, la prévention et la prise en charge de l’HD représente un véritable challenge clinique au quotidien [4-7].
Fin 2025 – début 2026, une enquête a été réalisée en France et en Belgique via le réseau ReCOL en association avec la Société de Médecine Dentaire Belge [8]. Pour ce qui est des résultats français, il s’avère que seuls 37 % des répondants déclaraient se sentir confiants ou très confiants quant à leur diagnostic d’HD mais aussi que si 57 % rapportaient l’être quant à leur aptitude à la prise en charge, 43 % rapportaient ne pas l’être ou ne pas avoir d’opinion à ce sujet. Ces chiffres sont à mettre en parallèle avec 69 % de praticiens faisant état d’un besoin de formation continue sur le sujet. L’HD, bien que largement décrite dans la presse professionnelle française ces derniers temps [9-16], reste une condition encore trop mal maîtrisée [8].
HD et notion de prévention
Penser prévention nécessite d’appréhender les critères diagnostiques et les facteurs prédisposants quelle que soit la condition de santé considérée.
Dans le cas de l’HD, la douleur (brève et aigüe en réponse à un stimulus thermique, tactile, osmotique, chimique et/ou à l’exposition à l’air) est associée à une exposition dentinaire liée à une récession gingivale avec exposition radiculaire et/ou à une perte d’émail [17]. Le diagnostic d’HD ne peut d’ailleurs être posé que lorsque toutes les autres causes de douleur (cf. lésion carieuse, fêlure, fracture, inflammation pulpaire, douleur neuropathique…) ont été écartées (diagnostic d’exclusion). Prévenir l’HD est donc conditionnée par la prévention des expositions dentinaires ; ainsi les points d’attention sont les suivants :
- le brossage traumatique : l’utilisation d’une brosse à dents trop dure, une pression trop appuyée, un mouvement inadéquat, l’utilisation d’un dentifrice abrasif, une fréquence au-delà des trois brossages quotidiens après les trois repas principaux sont autant d’éléments à discuter avec son patient ;
- les traitements parodontaux agressifs (surfaçage, chirurgie) ;
- les troubles du comportement alimentaire avec vomissements responsables d’altérations acides des tissus dentaires durs ;
- les régimes alimentaires avec beaucoup d’aliments en salade avec des sauces acides (vinaigrées ou citronnées) (notamment dans les régimes végétariens et végétaliens).
HD et notion de thérapeutique
Il n’existe aucune recommandation nationale, ni européenne, pour la gestion de l’HD, que ce soit en matière de traitement que de prévention d’ailleurs. Plusieurs avis d’experts ont cependant fait l’objet de publications en langue anglaise dans la littérature scientifique [18-22] ; leur diffusion est souvent confidentielle (identifiables via PubMed essentiellement).
Si prévention implique la connaissance des critères diagnostiques et facteurs prédisposants, la phase thérapeutique requiert des notions de physiopathologie. Celle-ci est en 2026 toujours à l’étude ; d’autres hypothèses que la théorie de Brännström, complexes et peut-être de plus non-exclusives [23, 24] ont été proposées. Les options thérapeutiques ciblent la douleur ; elles visent, de manière non-exclusive également, à obturer les tubuli dentinaires exposés et/ou à bloquer l’excitation des fibres nerveuses. Dans le second cas, l’idée est d’augmenter la concentration extracellulaire en ions potassium pour empêcher la génération des potentiels d’action et prévenir la repolarisation [25].
Place de la NovaMin dans la prise en charge de l’HD
Qu’est-ce que la NovaMin ?
La Novamin, de la famille des verres bioactifs ou bioverres, est composée de calcium (CaO), sodium (Na2O), phosphore (P2O5) et silice (SiO2) (phosphosilicate de calcium et de sodium). Cette molécule a été développée en 2004 ; si elle se retrouve dans la composition de poudre pour air-abrasion, elle est principalement utilisée dans les dentifrices.
Les bioverres trouvent leurs applications cliniques comme matériaux de comblement osseux en orthopédie, en ORL mais aussi en chirurgie orale en général et en implantologie en particulier. Développés à la fin de années 1960, ils constituent également une voie d’avenir pour en régénération des tissus mous, immunomodulation, contrôle des infections et en traitement oncologique [26]. La NovaMin est plus récente et se trouve sur le marché de l’odontologie depuis le début des années 2000. Une récente revue de la littérature décrit ses indications dans le champ du comblement osseux en parodontologie et en implantologie ainsi que dans celui de l’HD [27].
NovaMin et l’HD
Dans le cas de l’HD, l’effet recherché du bioverre NovaMin est l’oblitération des tubuli dentinaires. Dans un récent article, Thomas et coll. détaillent la NovaMin [27] :
- la taille de ces particules est de 18 μm ;
- elle a la capacité de relargage de calcium et phosphate qui induit remontée de pH, précipitation de phosphate de calcium et formation d’hydroxyapatite ;
- la remontée de pH serait favorable à la liaison des particules au collagène de la dentine ; un réservoir de calcium et phosphate est ainsi constitué ;
- par oblitération/scellement des tubuli, elle surpasse, en termes de réduction de la douleur et de durée du soulagement, le nitrate de potassium qui, lui, agit sur les fibres nerveuses.
Par le passé, les bioverres étaient souvent associés aux traitements laser (particulièrement les lasers CO2) ; aujourd’hui, les connaissances sur leur réactivité chimique orientent les nouvelles stratégies considérées isolément, sans laser, et donc plus simples à mettre en œuvre au cabinet dentaire [27].
Si les dentifrices qui contiennent de la NovaMin ciblent spécifiquement l’HD, ils peuvent cependant être utilisés même lorsqu’elle n’est pas présente et notamment en tant qu’agent préventif de l’HD en cas d’expositions dentinaires. De plus, ces dentifrices, considérés « pour dents sensibles » sont de faible coefficient d’abrasivité contrairement à ceux dits « blancheur » (Encadré 2). Utilisés en brossage biquotidien pendant 2 minutes à chaque fois avec une brossage à dents souple, ils constituent une option thérapeutique face à l’HD ou des sensibilités post-éclaircissement. De plus, leur formulation est telle qu’une autorité de mise sur le marché (AMM) n’est pas nécessaire ; ceci en fait donc un produit d’hygiène accessible au plus grand nombre sans ordonnance (en supermarché, parapharmacie ou pharmacie par exemple). Les dentifrices contenant de la NovaMin permettent, dès les premières utilisations, une diminution des douleurs d’HD par oblitération des tubuli dentinaires exposés ; les patients voient ainsi leur qualité de vie améliorée rapidement et de manière durable.
Encadré 2 : Abrasivité des dentifrices classée par valeur RDA – tiré de Doméjean et coll, 2024 [28]
| Valeurs RDA | Classification dentifrice | Indications |
| 0-70 | Peu abrasif | Dentifrices « sensitive » pour dents sensitives
Avec une faible abrasivité pour ne pas agresser des zones de dentine exposée ou des dents sensibles |
| 71-100 | Moyennement abrasif | Dentifrices standards et « fraîcheur » |
| 101-150 | Hautement abrasif | Dentifrices « blancheurs »
Avec une abrasivité élevée pour éliminer les tâches de café et nicotine notamment |
| 151-250 | Considéré en limite de nocivité | Dentifrices « antitartre » et « blancheur »
Avec une abrasivité encore plus élevée pour éliminer les tâches rebelles de café et nicotine notamment |
RDA : Relative Dentin Abrasivity. L’abrasivité d’un dentifrice est représentée par la valeur de l’indice RDA pour « Relative Dentin Abrasivity » ou échelle d’abrasivité relative de la dentine ; le pyrophosphate est utilisé comme témoin avec un RDA=100.
Conclusion
L’HD reste un challenge clinique cependant la connaissance des critères diagnostiques, des facteurs prédisposants et de la physiopathologie même de la maladie permettent de comprendre et cibler les moyens préventifs et thérapeutiques. La NovaMin, en oblitérant les tubuli dentinaires exposés par la perte d’émail et/ou une récession gingivale avec exposition radiculaire, est un allié thérapeutique de choix pour les patients qui en souffrent.
§étude réalisée en Allemagne, Espagne, Irlande, Italie, Portugal et Royaume-Uni auprès de 3 551 sujets.
Pour aller plus loin…
En savoir plus sur la NovaMin avec HALEON
- West NX, Davies M, Sculean A, Jepsen S, Faria-Almeida R, Harding M, Graziani F, Newcombe RG, Creeth JE, Herrera D. Prevalence of dentine hypersensitivity, erosive tooth wear, gingival recession and periodontal health in seven European countries. J Dent. 2024;150:105364.
- West NX, Newcombe RG, Alonso B, Araoz A, Cosgarea R, Creeth J, Daly S, Davies M, Dias J, Faria-Almeida R et al. Dentine hypersensitivity and associations with self-reported oral health and quality of life data in seven European countries. J Dent. 2025:106313.
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Sophie Doméjean
Université Clermont Auvergne, Centre de Recherche en Odontologie Clinique EA 4847, UFR d’Odontologie, Clermont-Ferrand, France; Service d’Odontologie, CHU Estaing Clermont-Ferrand, Clermont-Ferrand, France
Correspondance
Pr Sophie Doméjean
UFR d’odontologie
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