Une journée bien meublée
Profitant des galeries en enfilades du musée, la scénographie d’Une journée au XVIIIe siècle esquisse la visite d’un hôtel particulier de ce temps, au rythme des occupations qui l’animent du lever au coucher de ses occupants. Une fois son portail refermé sur l’agitation visuelle et sonore de la ville, on pénètre dans un lieu que tout tend à clore sur lui-même. Bâti en retrait de la rue, dont hauts murs et cour d’honneur le séparent encore, le corps de logis multiplie dès l’abord les signes de distinction et d’élévation sociale. Si des ornements de bon ton peuvent agrémenter l’équilibre classique de sa façade, l’austérité minérale du vestibule à colonnes et dalles de marbre est là pour refroidir toute prétention à se voir ouvrir le saint des saints. N’entre pas qui veut, et même parvenu dans la place, le visiteur pourrait n’être admis à connaître que les pièces du devant, côté cour, où sont les appartements d’apparat et de société. La faveur d’accéder à ceux de l’arrière, dits de commodité, est bien plus insigne, puisqu’ils sont réservés à la vie entre intimes et surtout donnent sur le jardin. Au cœur de la ville, posséder un jardin est un luxe suprême tant il marque, mieux que tout autre signe, qui l’on est : quelqu’un qui dispose du privilège, d’autant plus envié qu’il est rare, d’être présent dans la cité en la tenant à distance, et essentiellement d’être en vue mais pas regardé.
Tout l’agencement extérieur et intérieur de l’hôtel répond à ce soigneux cloisonnement qui rend des plus désirable la découverte du jardin caché, qu’on s’emploie à rendre mirifique sans regarder à la dépense. La surface de l’ensemble peut varier selon le rang et la fortune ; ce qui compte c’est le modèle, et le parcours gradué qu’il offre, restreint aux cabinets de curiosités ou étendu par exception au cabinet voire au théâtre de verdure…