Dompter Léonora Carrington, cette héritière d’Épona la déesse-jument, la cavale divine ? Pas de danger : elle s’y est trop identifiée, fille d’Irlandaise bercée de légendes celtiques et de contes de fées dans le néogothique manoir paternel. Rien des pouvoirs d’Épona ni de Dana, mère de toute création, ne lui est étranger, surtout en matière de secrets savoirs de femmes fortes, de transmissions par engendrements, de renaissances par transmutations. Dans ses chevauchées à perdre haleine comme dans les pages de cahiers qu’elle couvre d’aquarelles historiées, son imagination galope, peuplée de fantasques créatures hybrides. En vain tente-t-on de discipliner cette énergie sauvage par des inscriptions en pensions huppées, des présentations de débutante dans la haute société et à la cour de George V. Le rejet est systématique, et mutuel.
Dans les années 30, les voyages d’étude en Italie et à Paris marchent mieux, qui lui ouvrent les portes des académies où elle se forme aux arts. Le monde très personnel qu’elle porte en elle s’en accommode plus qu’il ne s’y reconnaît. Sauf, peut-être, dans ce mouvement étrange qu’elle découvre, en 1936 à Londres, lors d’une très inédite « International Surrealist Exhibition ». Un tableau en particulier lui parle, signé Max Ernst. Leur rencontre l’année suivante est le point de départ d’une aventure échevelée qui la mènera de Cornouailles à Paris où fuit le couple, puis en Ardèche où il réfugie son bonheur de créer ensemble, avant que la guerre ne fasse tout voler en éclats. Leurs chemins se recroiseront plusieurs fois dans l’exil outre-Atlantique, mais sans plus se fondre.
Brisée par les violences subies dans l’Espagne franquiste, internée de force dans une clinique psychiatrique où on lui inflige des « traitements » proches de la torture, elle s’en échappe à travers un mariage…



