La Marquise en direct de chez elle
Si la grande épistolière tint si bien la gazette de Paris, c’est qu’elle vécut au cœur même de ses intrigues, dans le très aristocratique quartier du Marais : entre la Place Royale de sa naissance voici quatre cents ans et l’Hôtel Carnavalet qui la célèbre aujourd’hui par une exposition. Une bonne naissance : sa famille paternelle des Rabutin-Chantal forme avec les Coulanges maternels un clan solide et joyeux qui la prend sous l’aile au décès précoce de ses parents et assure une éducation privilégiée à la petite Cantaline chérie de sa grand-mère, sainte Jeanne de Chantal, laquelle se réjouit « qu’on laisse toute liberté de faire ce qu’elle veut » à cette enfant qui manifeste de si heureuses dispositions « qu’en rien on ne veut la fâcher ». Très jolie et déjà spirituelle, « la perle des demoiselles » enchante la grande maisonnée de la Place Royale où une foule d’oncles, tantes, cousins et cousines, neveux et nièces mène une vie aussi aisée que tapageuse. « Jamais il ne fut une jeunesse si riante que la nôtre », dira celle qui y a « tant pensé crever de rire » et en gardera toute sa vie l’aimable habitude : « La joie est l’état véritable de votre âme », attestera plus tard son amie Mme de Lafayette. L’autre capital dont elle se voit très tôt dotée ce sont les alliances, familiales ou intimes, avec de grands noms, vertueux ou factieux: par les Coulanges, les Lefèvre d’Ormesson, voisins en terres de Sucy-en-Brie, Louvois, Scarron marié à Françoise d’Aubigné, future Mme de Maintenon ; mais par les bretons Sévigné, après son mariage, le Cardinal de Retz, et le La Rochefoucauld des Maximes, amant de la très frondeuse Duchesse de Longueville. Et puis l’érudit Gilles Ménage, qui sera son précepteur et celui de Mme de Lafayette, « sa première amie » pour toute une vie de fréquentation des Lettres et des gents d’esprit, dont Chapelain, Boileau, La…