Il était une fois Jean Vilar et ses peintres
Au Musée Paul Valéry de Sète ressurgit cet été une époque dont la vitalité, la créativité, le succès populaire laissent rêveurs à l’heure où des régions sabrent ou sabordent leur mission culturelle. Si pour l’évoquer on reprend spontanément le sésame rituel ouvrant les contes de fées, c’est que ses derniers témoins la racontent comme une légende, les yeux encore émerveillés par la magie de ce qu’ils ont vu, au sortir de la guerre, sur une scène de théâtre tout à fait inédite. C’était à Avignon, c’était à Chaillot, c’était en tournée partout en France et à l’étranger : c’était le TNP de Jean Vilar et de ses comédiens, Gérard Philipe, Maria Casarès, Georges Wilson, Silvia Montfort, Michel Bouquet, Jeanne Moreau, Philippe Noiret… On montait avec la même audace aussi bien des antiques, Sophocle, Aristophane, que des classiques, Shakespeare, Racine, Molière, des moralistes, Marivaux, Beaumarchais, Musset, des naturalistes, Kleist, Strindberg, Ibsen et des contemporains dont Brecht, Claudel, Giraudoux, Pirandello, Anouilh. Pour un prix modique, un public très éloigné de l’élite parisienne accédait ainsi à une vaste, riche et stimulante culture théâtrale, apportée par ces pionniers de la décentralisation. Mais ils n’apportaient pas qu’un texte, un jeu et une lecture dépoussiérés : dans ses bagages, le TNP embarquait aussi et diffusait une conception de la scène nourrie de l’intérêt que Vilar portait dès avant la guerre à l’art moderne, au travail sur la lumière, à la construction des plans dans l’espace. Il l’avait mûri au contact de ses devanciers, Charles Dullin son maître, Jacques Copeau pour le choix d’une sobriété allant jusqu’au dépouillement, et Firmin Gémier premier fondateur en 1920 du Théâtre national populaire dont il était l’héritier. Cet apport-là, esthétique et plastique, a profondément marqué lui aussi…