Sorolla le solaire
Si tout le monde loue en lui « le peintre de la lumière » (formule a priori banale car quel peintre ne l’est pas ?), c’est forcément que l’Espagnol Joaquín Sorolla a trouvé, dans la façon de la rendre, quelque chose qui saute aux yeux, le distingue et plaît. Techniquement c’est d’abord une alliance très réussie de fluidité et de luisance, obtenue à l’huile sans empâtements gras, appliquée d’une touche sûre et peu matiérée, au point parfois de concilier la transparence allusive et enlevée de l’aquarelle et la matité de la gouache relevée de rehauts. L’éclat singulier de sa peinture ne réside donc pas dans une brillance de texture ou un quelconque vernis mais bien dans la seule juxtaposition de tons finement choisis et nuancés. La soyeuse liquidité qui illumine toutes ses œuvres est déjà sur sa palette, prête à se délayer dans les motifs auxquels elle s’accorde et tout particulièrement bien sûr aux plus récurrents : les scènes de bord de mer, les toiles, voiles et tissus de toute sorte et qualité, les corps baignés de soleil des enfants jouant dans l’eau. Cet environnement est très familier à Sorolla, né sur la côte méditerranéenne de l’Espagne, à Valence. Peintre de salon, il a tout le talent d’un James Tissot ou de l’ami John Singer Sargent pour portraiturer les élégantes dans leurs riches étoffes. Il n’y manque pas. Mais peintre de plein air, c’est sur le rivage qu’il aime planter son chevalet pour en saisir la vie. Aussi bien la nonchalance aisée de ceux qui s’y promènent à loisir que l’activité de ceux qui y travaillent dur, à haler des barques au retour de la pêche aidés de leurs bœufs, à les décharger, à affaler des voiles encore gonflées dans l’ultime élan qui les porte à terre où attendent les femmes chargées de paniers à vite emplir.
Un rafraîchissant bonheur
Si tout le monde ne chôme pas sur ces plages…

