L’art du temps retrouvé

  • Par
  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°11 - 25 mars 2026 (page 72-77)
Information dentaire
Rien ne raconte mieux une époque que les objets qui l’ont entourée. À condition d’avoir conservé le souvenir de leur usage aussi précieusement que leur intégrité matérielle, surtout pour ceux dont la valeur n’est pas seulement utilitaire ou ornementale mais statutaire, assurant prestige et considération à qui les possède, les montre, les manie. C’est cet art de vivre qu’illustre le Musée des Arts décoratifs dans sa nouvelle exposition intitulée Une journée au XVIIIe siècle. Cet âge d’or a d’ailleurs si bien établi les codes et modes du luxe à la française qu’on en retrouve plus que des échos dans cette autre exposition en cours, Cent ans d’art déco, avec laquelle l’enchaînement se fait de façon étonnamment naturelle.

Une journée bien meublée

Profitant des galeries en enfilades du musée, la scénographie d’Une journée au XVIIIe siècle esquisse la visite d’un hôtel particulier de ce temps, au rythme des occupations qui l’animent du lever au coucher de ses occupants. Une fois son portail refermé sur l’agitation visuelle et sonore de la ville, on pénètre dans un lieu que tout tend à clore sur lui-même. Bâti en retrait de la rue, dont hauts murs et cour d’honneur le séparent encore, le corps de logis multiplie dès l’abord les signes de distinction et d’élévation sociale. Si des ornements de bon ton peuvent agrémenter l’équilibre classique de sa façade, l’austérité minérale du vestibule à colonnes et dalles de marbre est là pour refroidir toute prétention à se voir ouvrir le saint des saints. N’entre pas qui veut, et même parvenu dans la place, le visiteur pourrait n’être admis à connaître que les pièces du devant, côté cour, où sont les appartements d’apparat et de société. La faveur d’accéder à ceux de l’arrière, dits de commodité, est bien plus insigne, puisqu’ils sont réservés à la vie entre intimes et surtout donnent sur le jardin. Au cœur de la ville, posséder un jardin est un luxe suprême tant il marque, mieux que tout autre signe, qui l’on est : quelqu’un qui dispose du privilège, d’autant plus envié qu’il est rare, d’être présent dans la cité en la tenant à distance, et essentiellement d’être en vue mais pas regardé.

Tout l’agencement extérieur et intérieur de l’hôtel répond à ce soigneux cloisonnement qui rend des plus désirable la découverte du jardin caché, qu’on s’emploie à rendre mirifique sans regarder à la dépense. La surface de l’ensemble peut varier selon le rang et la fortune ; ce qui compte c’est le modèle, et le parcours gradué qu’il offre, restreint aux cabinets de curiosités ou étendu par exception au cabinet voire au théâtre de verdure…

Cet article est réservé aux abonnés.
Pour lire la suite :

Vous êtes abonné.e ? Connectez-vous
Mot de passe
oublié ?

Vous pouvez également :

Acheter l'article En version numérique
Acheter le numéro À l'unité

Thèmes abordés

Sur le même sujet

À découvrir

Des brosses à dents recyclées pour un « banc de l’amitié »

L’objectif est de réunir 4 000 brosses à dents qui seront recyclées pour créer ce banc public par l’entreprise de recyclage...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Apaisez votre salle d’attente, avec les tons de terre 

La couleur terre, c’est une cabane au-dessus des arbres, un abri tranquille, un refuge, un terrier chaud. Cette couleur exprime...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Points d’eau

Sommaire : Expressifs et sculpturaux, des lavabos et vasques en matériau de synthèse Le savoir-faire céramique révèle la beauté formelle,...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés 400 Ans de voyages entre art et science

Savant coup d’œil et beau coup de crayon dans le même bateau Pour fixer l’image d’une espèce rare ou inconnue il...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Collectionneur de marathons majeurs

Fixée sur un mur du bureau, la patère offre un tour du monde gratuit à quiconque rapproche ses yeux. Dubaï,...
À découvrir

Article réservé à nos abonnés Faisceaux croisés sur le paysage

Rayonnante nature C’est au laser que Miguel Chevalier réalise ses sculptures, comme ce flocon de glace modélisé en 3D puis...