Les éclairages utilisés au fauteuil pourraient exposer les chirurgiens‑dentistes à un risque sous‑estimé d’atteintes rétiniennes. C’est la principale conclusion d’une étude chinoise publiée dans l’International Journal of Oral Science le 13 février.
Selon celle-ci, une exposition quotidienne et prolongée aux lampes halogènes ou LED, notamment celles émettant dans le bleu, entraîne des altérations structurelles et fonctionnelles mesurables de la rétine.
Les auteurs, décrivent « un risque accru de dommages vasculaires, inflammatoires et métaboliques au niveau rétinien », suggérant que les effets cumulatifs pourraient contribuer, à long terme, à des pathologies oculaires comme la dégénérescence maculaire liée à l’âge ou certains glaucomes.
Les chercheurs rappellent que la pratique dentaire impose un éclairage intense et focalisé, parfois utilisé plusieurs heures par jour, et souvent sans protection adaptée. Jusqu’ici, la littérature se concentrait surtout sur les lésions aiguës. L’étude souligne que « les effets chroniques de faibles à moyennes intensités restaient largement méconnus ».
Pour combler cette lacune, les auteurs ont combiné une enquête épidémiologique et un modèle expérimental.
Ils ont d’abord comparé 14 523 praticiens et non‑praticiens, montrant une prévalence significativement plus élevée de troubles visuels chez les chirurgiens‑dentistes, avec un risque multiplié par 3,6.
Ils y voient « un signal épidémiologique cohérent avec une exposition professionnelle spécifique ».
Stress oxydatif intense
Une seconde partie repose sur un modèle de photodommage chronique chez le rat, exposé huit heures par jour, durant six mois, à trois types de sources (halogène, LED blanche, LED bleue), à deux niveaux d’intensité.
Les auteurs observent « des altérations profondes du réseau vasculaire », incluant une réduction de la densité capillaire, une perte de ramifications vasculaires et une perturbation simultanée des barrières hémato‑rétiniennes internes et externes.
La rétine apparaît particulièrement vulnérable aux LEDs, dont le spectre bleu favorise « un stress oxydatif intense » accompagné de lésions des photorécepteurs, d’un déséquilibre énergétique et de signes de dégénérescence progressive.
Ces résultats imposent, selon les chercheurs, de repenser la prévention en odontologie : réduction des intensités lumineuses, limitation des émissions bleues, évolution des équipements et généralisation de protections oculaires adaptées.
Ils estiment même que « l’amélioration du design des éclairages dentaires constitue une mesure prioritaire de santé au travail ».
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