Pourquoi lire les revues de presse internationales de L’Information Dentaire ?

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  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°29 - 4 septembre 2019
Information dentaire

Notre dernière revue de presse avant la pause estivale était un jeu sur le vocabulaire de la littérature scientifique internationale pour nos lecteurs les plus assidus. Notre première contribution de rentrée vous propose de découvrir comment nos revues sont rédigées, mais surtout quel est l’intérêt de lire cette rubrique que nous proposerons à nos fidèles et à nos nouveaux lecteurs tout au long de cette nouvelle saison, en alternance avec d’autres auteurs.

Le concept de médecine fondée sur les preuves est né à la fin des années 1980 pour se généraliser à l’odontologie à partir des années 2000. Son principe, tel que défini par la très influente Association Dentaire Américaine, consiste à rationaliser et à sécuriser les prises de décision thérapeutique et les pratiques en s’appuyant principalement sur les résultats des recherches ou d’études scientifiques, mais en y intégrant aussi l’expérience clinique du praticien, les besoins de traitement du patient et ses préférences. Ainsi, ce sont principalement les articles publiés dans des revues internationales spécialisées à comité de lecture reconnu qui constituent la base scientifique de ce concept.

Comment sont rédigés les articles internationaux ?

Qu’ils présentent les résultats d’études expérimentales, du suivi d’une thérapeutique sur une période donnée, de la situation épidémiologique d’une population ou d’autres types d’études en clinique ou au laboratoire, ces articles ont fait l’objet d’une analyse critique très poussée par un comité de lecture exigeant qui en vérifie d’abord l’intérêt scientifique, mais aussi toute la méthodologie appliquée, la pertinence et la sincérité des résultats présentés. Les tests statistiques sont très employés dans ce type d’articles pour mesurer l’objectivité des résultats publiés. Leur principe général est de montrer s’il existe ou non une différence, dite significative, entre un groupe test et un groupe témoin ; ce qui suggère par exemple (dans les limites d’un indice de confiance) un effet réel du protocole appliqué ou la présence effective d’un paramètre recherché sur le groupe test.

Les articles internationaux respectent classiquement toujours le même plan en quatre parties : introduction, matériel et méthodes, discussion, conclusion.

L’introduction doit cibler l’intérêt du sujet traité, en définir la problématique, le situer dans le contexte actuel de la recherche et de l’état des connaissances. La partie « matériel et méthodes » décrit avec le plus de détails possible tout le protocole expérimental de l’étude rapportée, les moyens de collecte et de calcul qui conduisent aux résultats présentés. Cette partie, qui constitue le gage de la qualité et de sincérité de l’étude, doit permettre au lecteur de reproduire exactement le protocole de recherche pour obtenir théoriquement les mêmes résultats emprunts d’une valeur scientifique ainsi démontrée. Cette partie est donc  particulièrement analysée par les référés du comité de lecture de la revue ciblée pour valider la publication de l’article sur sa rigueur scientifique. Sa lecture permet en effet de révéler parfois des manques ou des biais qui peuvent relativiser la pertinence des résultats obtenus. Elle est aussi très utile aux autres équipes de recherche qui travaillent sur des sujets connexes et qui peuvent ainsi reproduire ou s’appuyer sur ces protocoles pour obtenir des résultats qu’ils pourront comparer à ces études. La partie « résultats » présente de manière exhaustive, classe et hiérarchise les résultats collectés ou calculés à partir du recueil des données expérimentales.

Dans la partie « discussion », les auteurs doivent commenter leurs propres résultats, les relativiser par rapport aux éventuels biais de l’étude, les comparer aux autres publications similaires, en faire une autocritique et en situer la portée ou l’intérêt par rapport au contexte général du sujet abordé. Des perspectives pour de futures recherches peuvent aussi y être présentées. Cette partie où les auteurs analysent leur propre recherche est la plus intéressante pour qui veut mieux comprendre l’intérêt et la portée clinique de la publication.

Dans la conclusion, les auteurs reprennent les principaux résultats de leur étude, répondent à la problématique posée et donnent parfois des recommandations. Pour chaque article publié, un résumé présente brièvement la problématique traitée, les grandes lignes de l’étude et les conclusions principales. Des mots-clés choisis par les auteurs permettent aux moteurs de recherche spécialisés de trouver les articles correspondants dont les résumés sont accessibles gratuitement. Selon le niveau des protocoles appliqués, la littérature fournit différents niveaux de preuve dont la Haute Autorité de Santé nous indique trois stades : fort, intermédiaire et faible. Les recommandations qui s’ensuivent sont alors classées en grade A, B ou C selon qu’elles sont respectivement fondées sur une preuve scientifique établie, une présomption scientifique, ou une étude à faible preuve scientifique. L’organisation internationale indépendante à but non lucratif Cochrane contribue notamment à la réalisation et à la diffusion d’études médicales à haut niveau de preuve scientifique. La valeur et la notoriété des revues scientifiques référencées par des bases de données ayant elles-mêmes un cahier des charges exigeant participent aussi à la confiance que l’on peut accorder à ces publications.

Et nos revues de presse ?

Les thèmes traités dans notre rubrique sont sélectionnés en lien avec une actualité, un concept nouveau ou peu connu, une problématique clinique pertinente ou tout autre sujet susceptible d’intéresser l’omnipraticien. En utilisant des mots-clés, les articles sont principalement repérés dans la base de données des revues médicales Medline, à l’aide du moteur de recherche PubMed, mais parfois aussi dans une base scientifique plus large grâce au moteur de recherche Science Direct. La lecture des résumés nous permet de sélectionner ceux qui nous intéressent, en privilégiant les plus récents. Les articles retenus pour notre revue sont toujours lus et analysés dans leur intégralité. Si le compte rendu qui vous en est livré peut présenter des similitudes avec le résumé proposé par ses auteurs, il est toujours le produit de notre propre analyse du texte intégral de l’article, rédigé à travers notre propre filtre en considérant le contexte de l’étude, ses conclusions, mais aussi des aspects du protocole susceptibles de relativiser ses résultats ou d’en apprécier la valeur. Aucun article médical ne fournit jamais de preuve absolue. Le principe de l’odontologie fondée sur les preuves se doit de confronter les résultats des études scientifiques à l’expérience clinique des praticiens et aux besoins des patients. C’est pour cela que nous complétons nos rapports d’articles de commentaires personnels ou d’entretiens avec des spécialistes du sujet abordé qui y apportent un éclairage supplémentaire et leur point de vue sur la base de leurs propres expériences.

À quoi servent nos revues de presse ?

Notre rubrique aimerait être considérée comme une lucarne ouverte sur la base des données scientifiques qui constitue le socle de l’odontologie fondée sur les preuves, tout en y apportant un éclairage pour mieux comprendre et intégrer les résultats rapportés. Son ambition est de donner à nos lecteurs une tendance ou des informations à forte valeur scientifique sur des sujets susceptibles de les intéresser. Toutefois, la nécessaire limitation des conditions expérimentales de ces études pour parvenir à un niveau de preuve acceptable fait qu’elles concernent le plus souvent un aspect très particulier et restreint d’une thérapeutique ou d’une démarche clinique.
En marge des revues classiques, des textes comme celui-ci vous proposeront ponctuellement un décryptage complémentaire sur différents aspects de la littérature internationale. Par ailleurs, les auteurs des articles cliniques proposés tout au long des pages de L’Information Dentaire appuient généralement leur argumentaire à l’aide de diverses références bibliographiques annexées à leur contribution qui sont aussi, selon leur nature et leur origine, autant de gages scientifiques en faveur d’une pratique soutenue par des éléments scientifiques avérés. Le comité éditorial de votre revue veille à cette rigueur et vérifie la forme et le fond de tous les articles qui y sont publiés. Cette démarche éditoriale globale fait de votre Information Dentaire un véritable outil de formation continue, en phase avec son époque, dont l’utilité est reconnue par ses lecteurs depuis maintenant plus de 100 ans.

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