Santé dentaire chez les chiens et chats

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  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°44 - 18 décembre 2019
Information dentaire
Article analysé : Bellows J, Berg ML, Dennis S, Harvey R, Lobprise HB, Snyder CJ, Stone AES, Van de Wetering AG. 2019 AAHA Dental Care Guidelines for Dogs and Cats. J Am Anim Hosp Assoc 2019;55(2):49-69

Selon une enquête FACCO/KANTAR-TNS publiée en 2016, 20,2 % des foyers français possèdent au moins un chien et 29,7 % au moins un chat. Tout comme nos patients, les 7,3 millions de chiens et 13,5 millions de chats présents dans les foyers français peuvent souffrir de problèmes dentaires. Pour cette dernière revue de presse de l’année, nous vous proposons de nous éloigner de nos difficultés quotidiennes pour découvrir les problèmes bucco-dentaires qui affectent nos compagnons à quatre pattes et comment nos collègues vétérinaires peuvent les aborder grâce aux recommandations de l’American Animal Hospital Association, rédigées par un collège d’experts.

Si les auteurs évoquent la persistance de dents déciduales comme une première cause de problèmes dentaires, ils nous apprennent que les pathologies les plus courantes concernent le parodonte, à différents niveaux de sévérité, mais que les fractures dentaires sont aussi relativement fréquentes (près de 50 % des animaux de compagnie). Des résorptions dentaires sont aussi rapportées avec une prévalence de 27 à 72 % chez les chats domestiques et les petits chiens, pouvant conduire à des expositions pulpaires puis des lésions péri-apicales. Toutes ces pathologies peuvent avoir des conséquences douloureuses et infectieuses susceptibles d’altérer très négativement la santé générale et la qualité de vie des animaux. Pour les prévenir et mieux les traiter, les experts recommandent un examen complet de la denture et de l’environnement buccal. Ils pointent la difficulté d’un examen conscient, anxiogène pour l’animal, et qui, souvent, ne permet pas de révéler tous ses problèmes dentaires. Pour eux, un examen sous anesthésie générale est plus indiqué pour permettre un bilan complet avec status radiologique et sondage parodontal pouvant révéler d’importantes lésions.

Les traitements évoqués dépendent de la nature et de la sévérité des atteintes. Tout d’abord, le tartre supra et infra-gingival, qui constitue la matrice support de bactéries pathogènes, doit être éliminé avec une instrumentation adaptée telle que des inserts à ultrasons les moins traumatisants possible, employés sous irrigation permanente, avant un polissage soigneux des surfaces traitées pour limiter la recolonisation, puis une irrigation sous-gingivale pour éliminer les débris. En cas de lésion parodontale, l’administration d’antiseptiques locaux est recommandée si la perte d’attache est inférieure à 25 %. Au-delà, un traitement parodontal chirurgical associé à des mesures d’hygiène quotidiennes est indiqué, dans une approche très comparable à ce que nous pratiquons chez les humains. On imagine dès lors toute la difficulté d’obtenir des résultats efficients chez des chiens ou des chats. Pour les stades les plus avancés avec plus de 50 % de perte d’attache, des traitements parodontaux avec remodelages osseux soustractifs, voire additifs, seraient possibles, mais les extractions sont aussi envisagées, suivies de sutures résorbables pour fermer les plaies et limiter la diffusion infectieuse. Les auteurs indiquent la possibilité de comblement osseux par tous les moyens que nous connaissons en dentisterie humaine. Par ailleurs, ils évoquent l’application d’une barrière de sealant
spécifique pour limiter l’accumulation de plaque dentaire, mais aussi de résine adhésive similaire à celles que nous utilisons pour traiter les lésions dentinaires afin d’éviter l’exposition pulpaire. Ils insistent aussi sur l’importance d’une hygiène orale à la maison qui peut inclure des produits ou friandises spécifiques dont l’efficacité est démontrée.

Ainsi, les auteurs montrent l’influence de la santé orale des animaux sur leur qualité de vie et la similarité des moyens potentiellement disponibles en dentisterie vétérinaire avec celle que nous connaissons. Toutefois, tout propriétaire de chien ou de chat comprend la difficulté d’appliquer en pratique ces thérapeutiques aux animaux domestiques. Néanmoins, comprendre l’importance de la santé dentaire, les mesures préventives et thérapeutiques raisonnablement envisageables en ce domaine demeure essentiel pour la qualité de vie de nos compagnons préférés, ou ceux de nos patients.

Questions à

Michel Bolzinger
Docteur en médecine vétérinaire, exercice omnipratique à Jœuf

Dans votre exercice quotidien, quels problèmes dentaires rencontrez-vous principalement chez les chats et les chiens ?
Le premier problème rencontré concerne les dents déciduales persistantes, sources de nombreux soucis ultérieurs et qui doivent être systématiquement retirées. Toutefois, la très grande majorité des pathologies est liée à la présence de tartre, étiologie d’une évolution morbide classique (gingivite, maladies parodontales, abcès) conduisant à la perte des dents. Chez le chat, l’atteinte de la carnassière supérieure (molaire) peut évoluer facilement vers un abcès important jusqu’à former une fistule sous-orbitaire très impressionnante. Par ailleurs, la gingivo-stomatite chronique féline (GSCF) est liée à une réponse immunitaire inadaptée à un calcivirus et aux bactéries dentaires. Elle se manifeste par des symptômes très douloureux impliquant dysorexie et amaigrissement qui laissent les thérapeutes assez démunis. Les chiens dits hypertypes, en particulier les races naines (bichons, pékinois, shih tzu…) ou brachycéphales (bouledogues français, carlins…) présentent aussi une plus grande susceptibilité au tartre et à ses conséquences du fait d’une mâchoire trop petite favorisant les encombrements dentaires. En revanche, on ne trouve pas de caries chez les chiens et les chats chez qui la flore responsable de cette affection est absente. Un animal qui souffre d’une affection bucco-dentaire ne mange plus ou peu, et présente souvent une très mauvaise haleine. Il peut aussi sembler abattu, amaigri, et présenter un aspect négligé parce qu’il ne parvient plus à faire correctement sa toilette. Si l’affection est douloureuse, il peut aussi se montrer irritable, voire agressif, sans raison particulière. Il peut également présenter des ulcérations ou saignements buccaux et une hypersalivation notable. Ces affections peuvent aussi être à l’origine d’infections focales, cardiaques ou rénales avec un risque vital avéré.

Quels sont les traitements habituellement mis en œuvre en pratique de ville ?
Un examen clinique vétérinaire doit intégrer impérativement un examen des dents avec recherche de signes de gingivite ou de tartre. En présence de ces signes, un détartrage sous anesthésie est la première thérapeutique à mettre en œuvre. Il doit être pratiqué à l’aide d’inserts sur pièce à main à ultrasons sous irrigation et suivi d’un polissage à l’aide d’une brossette rotative et de pâte à polir. On évite aussi d’associer un détartrage à une autre chirurgie en raison de la décharge bactérienne provoquée. Le détartrage donne souvent d’excellents résultats en matière d’amélioration de la qualité de vie des animaux symptomatiques et peut révéler la mobilité de dents ayant subi une forte perte d’attache. Chez les chiens hypertypes, il doit souvent être envisagé très tôt dans la vie de l’animal et renouvelé une fois par an environ, alors que les chats sont en général concernés plus tardivement. Les dents mobiles, atteintes d’affection parodontale importante ou d’abcès, doivent être extraites, ce qui est souvent le cas des carnassières (molaires) chez le chat. Il est préférable d’édenter un animal plutôt que de maintenir des dents mobiles qui sont des foyers bactériens susceptibles de causer des abcès évoluant vers le sinus ou la face. Certaines parodontites diffuses conduisent à l’avulsion de toutes les dents chez le chat, à l’exception des 4 canines qui lui permettent de continuer à manger une alimentation adaptée (humide). Des fractures dentaires chez le chien notamment peuvent être traitées, y compris par des prothèses, par des vétérinaires spécialisés en dentisterie. La gingivo-stomatite chronique féline indique parfois l’avulsion de toutes les dents des chats atteints pour éliminer toutes les bactéries ou irritants d’origine dentaire, même si certains patients (20 %) présentent toujours des symptômes après l’intervention. Les traitements aux corticoïdes ont en effet limité et des conséquences négatives à long terme sur le métabolisme général du chat, en particulier rénal. Un traitement par interféron oméga félin est aussi possible, mais son efficacité n’est pas systématique et le coût est considérablement élevé. L’utilisation d’un traitement au laser est aussi évoquée, sans efficacité prouvée.

Quelles seraient vos recommandations aux propriétaires pour prévenir ou mieux prendre en charge ces pathologies ?
La première recommandation est de faire examiner les dents de son animal lors de l’examen vétérinaire annuel pour les vaccinations et de faire pratiquer des détartrages assez précoces en présence de tartre visible. Cela doit être évoqué d’emblée avec les propriétaires d’animaux plus sensibles comme les races naines de chiens. L’hygiène dentaire régulière retarde aussi considérablement les affections buccales. Il existe des brosses à dents pour chiens ou des doigtiers en caoutchouc permettant le nettoyage des dents avec des pâtes dentifrices spécifiques, recommandé environ deux fois par semaine. Un chien habitué dès le plus jeune âge peut assez facilement se laisser brosser les dents. L’utilisation de friandises spécifiques pour favoriser le nettoyage des dents est aussi indiquée. Il s’agit de lamelles de fibres très dures très riches en protéines non digestibles qui ne sont pas des aliments et ne doivent pas être données plus de deux fois par semaine. Habituer un chat au brossage est beaucoup plus difficile, mais ils sont moins exposés au développement de tartre que les chiens. Des croquettes dures favorisent cependant le nettoyage de leurs dents, même si l’alimentation humide est mieux adaptée à la physiologie du chat. Associer une alimentation à base de croquettes et de pâtée constitue donc un bon compromis pour nos félins. Par ailleurs, afin de limiter le risque de fractures dentaires ou d’abrasions très fréquentes chez les chiens il faut éviter de leur donner des jouets trop durs ou de les laisser jouer avec des pierres ou autres objets susceptibles de fracturer leurs dents comme cela arrive trop souvent.

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