Une prévoyance bien pensée en fonction de votre âge

  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire (page 38-41)
Information dentaire

De 55 à 67 ans

La fin de votre exercice approche peu à peu. C’est un nouveau virage à négocier correctement. Pour vous éviter les sorties de route, voici quelques conseils sur vos contrats de prévoyance.

Entre 55 et 60 ans, le bout du tunnel

Si vous êtes dans cette situation, vous avez certainement envie de baisser de régime, et votre tranche d’imposition a totalement « explosé ». Vos plus grandes fiertés ont quitté la maison (c’est d’un calme !). Vous devriez commencer à bien sécuriser vos investissements pour la retraite, et vous pouvez commencer à lever le pied. Bientôt la retraite.

Pour les autres, encore un petit effort, on voit le haut de la côte…
Si vous commencez à lever le nez du guidon, il faut toutefois être vigilant, car il reste encore quelques kilomètres avant l’arrivée (15 à 25 % de chemin encore à parcourir) ; ce n’est pas le moment de flancher.
Vous avez peut-être révisé vos contrats il y a cinq à sept ans, mais les enfants ayant quitté le foyer, ou étant en passe de le faire, il est temps de revoir votre dossier prévoyance, pour, une fois n’est pas coutume, réviser à la baisse certaines garanties. Vous n’avez plus besoin des rentes éducations et/ou des capitaux décès qui étaient prévus à cet effet. Et vous pouvez commencer à vous poser la question – avec prudence – de l’utilité de conserver la rente d’invalidité.

Si vous êtes célibataire, privilégiez l’arrêt de travail temporaire et la rente d’invalidité, et reportez-vous au premier article concernant les 25-35 ans publié le 8 mars dernier.

Pour les autres, nous aborderons l’arrêt de travail temporaire, l’invalidité définitive et le décès.
Nous reprendrons, à part quelques spécificités et quelques chiffres, ce que nous avons écrit dans notre article du 21 juin consacré aux 45-55 ans. Ce n’est pas parce que vous avez vieilli que vous n’avez pas droit à la même chose.
Cependant, la plupart des contrats refusent de prendre de nouveaux clients à partir de 55 ans, et d’autres refusent d’augmenter les garanties sur d’anciens clients. Si vous avez besoin de changer vos garanties, seule une étude de marché bien faite vous permettra d’aboutir.

L’arrêt de travail temporaire

En cas d’arrêt de travail temporaire, la caisse de retraite des chirurgiens-dentistes (CARCDSF) accorde 94,22 € par jour à partir du 91e jour et pendant une durée maximale de trois ans, ce qui représente environ 25 910 € la première année et 34 390 € par an les deux années suivantes.
Selon vos revenus, ce montant est largement insuffisant. Assurez-vous pour un montant se rapprochant le plus près possible de votre bénéfice ou de vos revenus si vous êtes en SEL.
En principe, quel que soit le contrat du marché, cette garantie est fiable. La seule comparaison à faire se fera sur le prix.

Et les frais généraux ? Les frais généraux assurables représentent à peu près le même montant que le BNC. Attention, nous constatons que dans sept dossiers sur dix que nous auditons, soit la garantie est inexistante, soit elle est très largement en dessous des besoins.
Donc, très souvent, en cas d’arrêt de travail temporaire, non seulement les indemnités journalières perte de revenus sont insuffisantes, mais il n’y a aucune garantie pour payer les frais généraux.

Nous allons prendre un exemple précis. Un praticien gagne 80 000 € de BNC et est assuré pour seulement 40 000 € en indemnités journalières perte de revenus. Il n’a aucune garantie pour les frais généraux. Que se passe-t-il en cas d’arrêt de travail sur une année pleine ? Il percevra 40 000 € d’un côté et devra 80 000 € de l’autre. Non seulement il n’aura aucun revenu pour vivre, mais il devra 40 000 €.

L’invalidité

En cas d’invalidité définitive, la caisse de retraite verse 25 756 € par an (+ 7 538 € par enfant à charge – suppression dès qu’ils ne sont plus à charge) jusqu’à l’âge de 62 ans (mise à la retraite d’office sans abattement en cas d’invalidité). Pendant cette invalidité, elle accorde tous les ans 6 points gratuits de retraite. Si vous êtes en invalidité à l’âge de 55 ans, cela vous donnera une retraite d’environ 22 000 € par an (y compris la retraite acquise avant l’invalidité) en tenant compte des valeurs actuelles. C’est mieux que rien, mais ce sera certainement insuffisant par rapport à votre niveau de vie actuel.

En cas de mise en invalidité par la CARCDSF, vous basculez d’office vers la mise à la retraite à 62 ans. La rente d’invalidité s’arrête et est remplacée par le service de votre retraite.
Mais attention, avec votre régime obligatoire, c’est tout ou rien en matière d’invalidité. Il n’existe pas d’invalidité partielle comme sur les contrats du marché. Par exemple, une invalidité de 50 % peut ne pas être prise en compte par la caisse de retraite et peut entraîner une importante diminution de votre activité, voire une cessation. Dans ce cas, le fait de ne pas avoir maintenu la rente d’invalidité vous sera néfaste.

En contrepartie, vous avez peut-être des revenus immobiliers et/ou une épargne importante qui pourraient compenser la perte de la rente d’invalidité. Mais cette épargne, qui devait servir à compléter votre retraite à partir de 67 ans, que sera-t-elle devenue lorsque vous aurez atteint cet âge ? Restera-t-elle suffisante si vous commencez à y puiser plus tôt ?
Seuls des simulations et des calculs précis vous permettront de prendre des décisions.

Nous vous conseillons de réviser vos contrats, mais de bien réfléchir avant de prendre une décision dans le sens de la baisse ou de la suppression de garanties. Ce n’est pas le moment de faire disparaître les fruits de vos efforts depuis le début de votre activité.
Si vous avez encore des crédits, il faut savoir qu’à part deux contrats sur le marché, tous les autres ne prennent en compte l’invalidité qu’à 100 % et après avoir appliqué le principe de la pondération entre le taux d’invalidité professionnelle (incidences sur l’activité professionnelle) et l’invalidité fonctionnelle (incidences sur la vie privée). Les deux seuls contrats d’assurance de prêts qui garantissent en taux professionnel prennent en compte votre invalidité à partir de 66 % pour l’un et 33 % pour l’autre.

Le montant de la rente d’invalidité devra permettre non seulement de conserver votre niveau de vie avant la retraite en vous laissant le loisir de rembourser vos crédits, mais aussi de constituer une retraite complémentaire afin d’augmenter de manière conséquente celle accordée par la CARCDSF. Attention, pour calculer le niveau de garantie nécessaire, il ne faut jamais prendre en compte les éventuels revenus du conjoint, car une invalidité vraiment invalidante peut engendrer des problématiques de couple.
Mais attention au choix du contrat. Comme pour les assurances crédits, la majorité des contrats appliquent le principe de la pondération dans le calcul du taux d’invalidité. Prenons l’exemple d’un doigt coupé : le taux d’invalidité professionnelle se situera entre 60 et 100 % et le taux d’invalidité fonctionnelle entre 5 % et 15 %. Si l’on introduit ces taux dans le « shaker » de la pondération, le taux moyen qui en ressortira sera d’environ 30 %. Résultat : vous ne pouvez plus travailler et vous n’avez droit à aucune rente. Vous n’avez donc plus de quoi vivre et les banquiers, l’Urssaf et l’administration fiscale continuent de vous réclamer leur dû.

Il faut donc éviter impérativement les contrats qui incluent la pondération dans leurs calculs et ne souscrire que ceux qui ne prennent en compte que le taux d’invalidité professionnelle. Contrairement à ce qui a pu être déjà écrit par d’autres, il n’existe pas qu’un seul contrat de ce type. Mais même avec un tel contrat, il vous faudra vérifier la méthode de calcul de la rente. Certains contrats avec 50 % d’invalidité vous donnent 50 % de la rente, d’autres avec le même taux vous donnent 75 % de la rente, soit 1,5 fois plus.
Et gare aux contrats qui proposent une rente à partir de 15 % d’invalidité, c’est souvent l’arbre qui cache la forêt. Le principe de la pondération n’est pas loin !

Revenons sur les Urssaf, l’administration et la caisse de retraite : en cas d’arrêt de travail définitif, ils réclament dans les six mois toutes les cotisations et les impôts. Ce qui est dû est dû, solidarité oblige. Si vous n’avez pas d’épargne, votre état d’invalidité ne poussera pas le banquier à vous prêter pour régler les sommes dues.
Les capitaux invalidité rattachés aux capitaux décès de base sur les contrats de prévoyance ne sont, en général, versés qu’en cas d’invalidité à 100 %, et le taux est calculé en pondération.

Il existe des contrats appelés Capital perte de profession ou Capital invalidité professionnelle qui prévoient de verser un capital en cas d’invalidité déterminée uniquement avec le taux professionnel sans pondération. Certains contrats versent à partir de 66 % d’invalidité, d’autres à partir de 7 %.
Il peut être intéressant d’avoir cette garantie, car ce capital peut servir à payer les impôts n-1, les charges restantes, certaines dépenses inhérentes à l’état d’invalidité, comme des travaux d’aménagement du lieu de résidence et de la voiture. Il peut aussi solder tout ou partie des crédits en cours.
Si vous avez encore des enfants à charge, il faut impérativement conserver toutes les garanties de votre contrat, voire les augmenter.

Le décès

En plus des garanties précédemment citées, il sera peut-être utile de vérifier si les 16 710 € de rente de conjoint versés par la caisse de retraite seront suffisants pour maintenir un bon niveau de vie à votre conjoint, surtout s’il n’a pas d’activité rémunérée, ou une rémunération faible. Sachez que vous pouvez garantir un revenu complémentaire à votre conjoint soit par le biais d’une rente viagère, soit par la souscription d’un capital décès suffisant. Ce capital, placé de manière sécurisée, pourra servir à constituer un revenu régulier par le biais de retraits successifs. La souscription de rente et de capitaux de manière concomitante est tout à fait envisageable et peut même se révéler très judicieuse selon les cas.

A partir de ses 67 ans (62 avec abattement), votre conjoint pourra aussi bénéficier à partir de la réversion de votre retraite pour environ 55 à 60 %. Mais si vous décédez assez jeune, la retraite en sera d’autant plus faible.
Dans ce cas, vous pouvez réaliser trois opérations en une : en souscrivant l’un des meilleurs contrats de retraite en loi Madelin, vous faites baisser vos impôts entre 30 et 45 % du montant investi, vous vous constituez un complément de retraite certain et, en cas de décès de votre part, vous garantissez à votre conjoint 100 % de la retraite que vous auriez perçue si vous aviez continué d’investir.

Attention : avec les régimes obligatoires, si vous vivez maritalement ou si vous êtes pacsé, votre compagne ou compagnon n’a droit à rien, y compris pour l’héritage : pas de rente de conjoint, pas de réversion de retraite. Ce qui n’est pas le cas avec les contrats de prévoyance ou de retraite individuels. Donc, si vous êtes dans cette situation de couple, rien n’est perdu, vous pouvez garantir un revenu à votre tendre moitié. Mais il serait peut-être temps de penser au mariage si vous voulez sécuriser le devenir de votre compagne ou compagnon.

Si vous avez encore des enfants à charge

Comme les enfants sont conçus de plus en plus tard, il est possible que les vôtres soient encore jeunes (il paraît que le plus dur reste à venir). Contrairement à ce qui est écrit plus haut, vous ne pourrez pas lever le nez du guidon. Vous en avez profité pendant que vous étiez jeunes, il vous faut maintenant assumer ce que les autres ont fait plus tôt. Il faut donc prévoir un budget pour cela.
En cas de décès de votre part, la CARCDSF leur accorde une rente d’éducation de 11 307 € par enfant et par an jusqu’à la fin de leurs études et au plus tard jusqu’à leur 26e anniversaire. Là encore, il faut vérifier si le cumul de la rente de conjoint et de la rente éducation sera suffisant pour faire vivre votre famille. En principe, c’est non. Et dans ce cas, il faudra ajouter des rentes ou des capitaux, ou les deux réunis. Pensez à leurs éventuelles études supérieures qui peuvent coûter entre 12 000 et 15 000 € par an ! Eh oui ! Ne vous inquiétez pas, les autres y sont arrivés, pourquoi pas vous ?

Pour la partie épargne

Normalement, vos crédits principaux les plus importants sont soldés. Il est urgent d’investir de manière conséquente pour améliorer vos revenus de retraite. Un bon conseil, commencez à sécuriser au maximum la totalité de votre épargne. Vous êtes trop près de la retraite pour prendre des risques inconsidérés en bourse ou autres supports spéculatifs.
Théoriquement, vous devriez avoir un potentiel d’épargne au maximum de ses possibilités. Si vos enfants ne sont plus à charge, vos impôts ont explosé, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut foncer tête baissée vers les placements « extraordinaires » en immobilier défiscalisé ou en bourse.
Compte tenu du prix injustifié actuel de l’immobilier et de l’évolution économique en cours et à venir, je vous conseille de rester très prudent. Si vous entendez les chants des sirènes, conservez les bouchons dans vos oreilles, laissez passer quelques nuits. Il parait, j’ai pu le constater, que cela porte conseil. Si vous voulez investir dans l’immobilier, l’achat des murs du cabinet, si ce n’est déjà fait, reste un très bon investissement compte tenu des nouvelles règles d’exonération de l’impôt sur les plus-values à la revente. Mais attention, cela est quelque peu compromis, le banquier ne va pas vous prêter jusqu’à 75 ans.
Nous aborderons le sujet dans les articles concernant l’épargne et la retraite qui seront publiés pendant le deuxième semestre à partir du mois de septembre. Si vous avez besoin de conseils avant, retournez le coupon-réponse ci-dessous.

Entre 60 et 67 ans, le début de la sérénité

Si vous n’avez plus d’enfants à charge, vous commencez sérieusement à lever le pied. Vous avez une furieuse envie de vous reposer et vous vous entraînez très sérieusement pour la pêche, la contemplation et autres loisirs violents de l’après activité professionnelle.
Normalement, tous vos principaux crédits sont terminés. Les enfants sont partis (finalement, ce n’était pas si mal quand ils étaient à la maison…). Mais ils sont sans doute passés au statut de « votre plus grande fierté ».
Si vous êtes mariés, nous vous donnerons les mêmes conseils que pour la tranche d’âge précédente. Au-delà de l’âge de 62 ans, la rente d’invalidité commence à être inutile, comme les capitaux perte de profession en cas d’invalidité et/ou les capitaux décès dédiés aux garanties pour les enfants. Une coupe sombre dans vos contrats peut être envisagée. Enfin des économies !

Vous auriez dû commencer depuis longtemps à prévoir votre retraite, donc à placer de l’argent pour constituer des revenus complémentaires. Nous vous donnerons quelques conseils dans la deuxième série d’articles à partir du mois de septembre. Ce que l’on peut vous conseiller immédiatement est de sécuriser, sécuriser et sécuriser encore et toujours votre épargne. Il n’est pas ringard, entre 60 et 65 ans, de sécuriser son épargne pour sécuriser son avenir. à 40 ou 45 ans, on peut se permettre quelques pertes qui seront renflouées par l’activité professionnelle, mais à partir de 60 ans, et surtout lorsque l’on est à la retraite, ce n’est pas le montant des revenus perçus qui permettront de compenser les pertes. Et ne comptez pas sur ceux qui vous culpabilisaient en vous traitant de ringard. Ils n’avaient déjà pas beaucoup de considération pour vous en proposant ces produits soi-disant mirobolants, ils n’en auront pas plus maintenant.

Si vous voulez investir dans l’immobilier, sauf à faire une très bonne affaire, je pense que c’est un peu tard. Ce n’est pas à 60 ou 65 ans que l’on se lance dans des crédits à long terme.
Si vous avez des produits retraite en loi Madelin, il est temps de les revoir. Nous constatons que dans huit cas sur dix, grâce aux meilleurs contrats et pour le même investissement, les rentes perçues peuvent être améliorées de 10 %, et jusqu’à 20 % pour la réversion sur les conjoints. Ceci de manière totalement garantie contractuellement, contrairement à de nombreux contrats classiques du marché.

Dans les prochains articles, comme pour la prévoyance, nous vous donnerons quelques conseils par tranche d’âge pour votre retraite et votre épargne.

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