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Information dentaire

L'Information Dentaire n°5 - 11 février 2026

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Edito

Aliments ultra-transformés : un enjeu politique majeur de santé publique La publication, le 19 novembre 2025, dans la revue The Lancet, d’une série de trois articles consacrés aux aliments ultra-transformés (AUT) constitue un signal fort pour la communauté médicale. Cette série, à laquelle ont participé deux chercheuses de l’Inserm et un chercheur d’INRAE, s’appuie sur une expertise internationale pluridisciplinaire. Rarement une revue scientifique de cette envergure aura proposé une...

Aliments ultra-transformés : un enjeu politique majeur de santé publique

La publication, le 19 novembre 2025, dans la revue The Lancet, d’une série de trois articles consacrés aux aliments ultra-transformés (AUT) constitue un signal fort pour la communauté médicale. Cette série, à laquelle ont participé deux chercheuses de l’Inserm et un chercheur d’INRAE, s’appuie sur une expertise internationale pluridisciplinaire.

Rarement une revue scientifique de cette envergure aura proposé une analyse aussi complète, allant des preuves épidémiologiques aux implications politiques, pour qualifier un phénomène alimentaire contemporain comme un enjeu majeur de santé publique.

Les aliments ultra-transformés correspondent au groupe le plus transformé de la classification NOVA, définis notamment par la présence d’additifs sensoriels destinés à modifier la texture, le goût ou l’apparence des produits. Le premier article [1] rappelle que la forte consommation d’AUT s’inscrit dans un profil alimentaire global, caractérisé par le remplacement progressif des aliments peu ou pas transformés par des produits industriels. Ce schéma alimentaire est associé à une augmentation du risque de nombreuses maladies chroniques, notamment l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, les troubles dépressifs et la mortalité prématurée. Les auteurs soulignent que ces associations ne peuvent être expliquées uniquement par les profils nutritionnels classiques, mais relèvent également de mécanismes propres à l’ultra-transformation, incluant l’hyper-palatabilité, la destructuration de la matrice alimentaire et l’exposition cumulative à de multiples additifs.

Au-delà du constat scientifique, le deuxième article [2] de la série examine les implications pour l’action publique. Il met en évidence les limites des stratégies actuelles centrées sur la reformulation des produits et la réduction ciblée de certains nutriments. Selon les auteurs, ces approches n’ont pas permis d’enrayer la progression des aliments ultra-transformés, car elles laissent intacte leur place structurelle dans les systèmes alimentaires. Ils appellent à reconnaître les AUT comme une catégorie spécifique nécessitant des politiques dédiées, agissant sur les produits, les environnements alimentaires, la commercialisation et les chaînes d’approvisionnement.

Le troisième article [3] aborde explicitement la dimension économique et politique du phénomène. Il analyse la diffusion des aliments ultra-transformés comme le résultat d’un modèle industriel fondé sur la transformation à grande échelle de matières premières agricoles peu coûteuses, contrôlée par un nombre limité de multinationales. Les stratégies d’influence de l’industrie agroalimentaire, incluant le lobbying et la promotion de dispositifs volontaires, sont identifiées par les auteurs comme des obstacles majeurs à la mise en œuvre de politiques efficaces. La série souligne également les impacts environnementaux de ces systèmes de production, ainsi que la nécessité de placer les enjeux d’équité au cœur des réponses, les populations les plus précaires étant souvent les plus exposées aux régimes riches en AUT.

Pris ensemble, ces trois articles délivrent un message cohérent que les aliments ultra-transformés constituent un enjeu systémique de santé publique, qui dépasse la seule question des choix individuels et interroge l’organisation même des systèmes alimentaires. Pour les professionnels de santé, cette série invite à intégrer ces données dans la prévention, le conseil aux patients et le soutien à des politiques fondées sur les preuves.

Avec cette série, The Lancet ne se contente pas d’alerter, il trace une feuille de route. Il nous appartient désormais de décider si nous souhaitons l’ignorer, ou la mettre en œuvre.

Pr Vianney Descroix, Doyen UFR Odontologie, Université Paris Cité

1 Monteiro CA, et al. Ultra-processed foods and human health: the main thesis and the evidence. Lancet. 2025;406(10520):2667-2684.
2Scrinis G, et al. Policies to halt and reverse the rise in ultra-processed food production, marketing, and consumption. Lancet. 2025;406(10520):2685-2702.
3Baker P, et al. Towards unified global action on ultra-processed foods: understanding commercial determinants, countering corporate power, and mobilising a public health response. Lancet. 2025;406(10520):2703-2726.

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Aliments ultra-transformés : un enjeu politique majeur de santé publique
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Le partage, notre plus belle compétence

Dans nos cabinets, la science s’affiche en grand : protocoles validés, recommandations actualisées, biomatériaux de dernière génération. Pourtant, entre la théorie impeccable et la réalité clinique, il existe un territoire plus discret, plus feutré, où se joue souvent la différence. Ce territoire, c’est l’expérience.

L’expérience ne figure dans aucun catalogue. Elle ne se commande pas en ligne et ne se stérilise pas en autoclave. Elle se construit patiemment, au fil des années ou à force d’essais, d’erreurs – parfois minuscules, parfois mémorables – et de ces ajustements presque imperceptibles qui transforment un geste correct en geste sûr. Cette expérience n’est pas forcément en rapport avec l’âge, mais aussi avec l’habitude d’une technique, sa répétition. Le partage est transgénérationnel dans tous les sens.

Qui n’a jamais découvert, au détour d’un congrès ou d’une conversation de couloir, un « tour de main » qui change tout ? Cette légère modification d’angulation qui facilite une extraction réputée délicate. Cette astuce d’organisation qui apaise les journées surchargées. Cette manière de présenter un plan de traitement qui transforme l’hésitation d’un patient en adhésion éclairée. Rien de spectaculaire, et pourtant un impact immense.

La transmission de ces savoirs-là est précieuse. Elle ne concurrence pas la formation initiale ; elle la prolonge, l’incarne, l’humanise. Transmettre, ce n’est pas seulement enseigner une technique. C’est partager un raisonnement, une façon d’anticiper les complications, d’accepter l’imprévu, voire d’en sourire. C’est dire à un confrère plus jeune : « Tu verras, cela arrive à tout le monde », et, dans le même mouvement, lui donner les clés pour que cela arrive un peu moins souvent. Mais aussi de recevoir, d’une consœur ou d’un confrère qui débute dans le cabinet, un conseil sur une nouvelle technique que nous n’avions pas vraiment appréhendée.

Nous exerçons un métier de précision, mais aussi de nuances. Entre deux gestes identiques en apparence se glisse parfois une différence d’intention, de tempo, de pression. Ces subtilités, aucun manuel ne les détaille vraiment. Elles se montrent, se racontent, se commentent. Elles se transmettent, souvent autour d’un cas clinique… d’une lecture et d’un café.

Partager ses astuces, ses réflexions, ses doutes même, n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de générosité professionnelle. C’est reconnaître que notre pratique s’enrichit au contact des autres. Et qu’en offrant un peu de notre expérience, nous contribuons à alléger, ne serait-ce que légèrement, la charge mentale et technique d’un confrère. Dans ce numéro, des consœurs et confrères partagent des gestes, des réflexions, finalement un peu d’eux-mêmes.

Au fond, transmettre, c’est refuser que l’expérience reste solitaire. C’est transformer des années d’exercice ou des compétences en un héritage vivant. Et si, grâce à un conseil glissé entre deux lignes, un praticien gagne quelques minutes, évite une complication ou retrouve un peu de sérénité, alors notre métier aura, une fois encore, démontré sa plus belle compétence : celle de se partager.

Michel Bartala
Rédacteur en chef