Désinformation en santé : une stratégie nationale pour contrer un risque majeur

  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°3 - 27 janvier 2026
Information dentaire

Face à une « désinformation massive » qui « altère la confiance dans les institutions » et « fragilise la démocratie », la ministre de la santé Stéphanie Rist a présenté le 12 janvier la « Stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé ».

Cette initiative s’appuie sur les travaux remis le même jour par trois experts : Mathieu Molimard, pharmacologue au CHU de Bordeaux, Dominique Costagliola, biostatisticienne, et Hervé Maisonneuve, médecin de santé publique.

Missionnés en 2025, par le prédécesseur de Stéphanie Rist, Yannick Neuder, les auteurs ont interrogé 270 acteurs – agences sanitaires, établissements de santé, mutuelles, chercheurs, associations, médias – pour dresser un état des lieux.

Le constat est sévère : « Une littératie scientifique déficiente, un esprit critique insuffisant, la viralité numérique et la diffusion organisée de contenus trompeurs » alimentent le phénomène. Ses conséquences ne sont pas théoriques : « Retour de maladies que l’on pensait éradiquées, hausse de la mortalité infantile, baisse de l’espérance de vie », alerte le rapport.

Quatre axes retenus par le ministère
Le rapport proposait neuf recommandations articulées autour de six piliers (éducation, formation, information, détection, sanctions, recherche). La ministre en retient quatre axes.

Le premier vise à renforcer le dialogue avec la société civile : associations, collectifs de soignants, journalistes scientifiques, influenceurs, enseignants. « Il s’agit de passer d’une logique descendante à une mobilisation horizontale, pluraliste et durable », indique le ministère. Un comité citoyen planche déjà sur des propositions, attendues pour le 18 février.

Deuxième axe : la création d’un observatoire de la désinformation en santé, présenté comme « le point d’entrée public de l’information fiable ». Sa gouvernance reste à définir.

Troisième volet : un dispositif d’« infovigilance » opérationnel fin janvier, chargé de « détecter les fausses informations en temps réel », d’en analyser les ressorts et de « diffuser une réponse fiable ». Ces contenus seront relayés sur les réseaux sociaux, via YouTube Shorts, TikTok (« Le Check-up ») et Santé.fr.

Enfin, le ministère veut « bâtir un socle de confiance » par l’éducation critique à la santé. Des kits pédagogiques pour enseignants et enfants sont en préparation. La régulation des plateformes, elle, relève du cadre européen (DSA).

Certaines propositions du rapport ont été écartées : sanctions contre les désinformateurs, protection renforcée des scientifiques, ou encore l’« info-score santé » inspiré du Nutri-Score. « Pouvons-nous mettre une note à une information ? » s’est interrogée Stéphanie Rist, lors de la présentation de sa stratégie, jugeant le dispositif prématuré, tout en saluant « la transparence et le sourcing » qu’il impliquait. La recherche n’est pas oubliée : l’infodémiologie devrait être intégrée dans les programmes en cours.

Thèmes abordés

Commentaires

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Politique de santé

La Cnam veut faire de la prévention la « bataille de la décennie »

Face à la progression continue des maladies chroniques et à leur poids croissant dans les dépenses de santé, la Caisse...
Politique de santé

Creuse : des pharmaciens autorisés à prescrire contre la douleur dentaire

En Creuse, un protocole permet désormais à 11 pharmacies du département de réaliser un rapide examen bucco-dentaire à l’aide de...
Actualité Politique de santé

Médecins généralistes : forte reprise des primo-installations en 2025

Le nombre de médecins généralistes s’installant pour la première fois en libéral a progressé de près de 32 % en 2025, atteignant...
Politique de santé

30 diplômés à Tours en 2027

Une « trentaine » d’étudiants seront diplômés dès l’année prochaine, a annoncé l’université de Tours le 8 juin. Puis 50 seront formés à...
Politique de santé

Coût des soins : alerte SMS à venir

À l’issue de chaque prestation de soins, les assurés recevront un SMS leur disant combien ça a coûté, a annoncé...
Politique de santé

Espace européen des données de santé : le CED pose ses lignes rouges

Le Conseil des chirurgiens-dentistes européens (CED), qui représente plus de 340 000 praticiens à travers 30 pays du continent, a...