La chasse à la fraude de l’assurance maladie devrait davantage se concentrer sur les professionnels de santé et moins sur les assurés. C’est l’une des principales conclusions d’un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), remis aux pouvoirs publics en octobre 2025 mais seulement rendu public le 25 août par le site gouvernemental vie-publique.fr.
« Il faut prioriser davantage les dossiers de contrôle des professionnels de santé, porteurs de forts enjeux financiers, par rapport au contrôle des assurés », préconisent les auteurs. Ils relèvent en effet que les dossiers inférieurs à mille euros de préjudice représentent 30 % des contrôles réalisés mais moins de 1 % du préjudice total détecté.
À l’inverse, 3 % des dossiers concentrent à eux seuls 60 % du préjudice financier, et concernent majoritairement des professionnels de santé.
Ceux-ci représentent environ 70 % des montants de fraude détectés et stoppés par l’Assurance maladie. Les inspections considèrent qu’un redéploiement des moyens de contrôle vers ces dossiers pourrait générer plusieurs centaines de millions d’euros supplémentaires de fraude détectée.
Dérives des centres de santé
Parmi les professions de santé, les chirurgiens-dentistes apparaissent comme l’une des professions les moins concernées par les fraudes détectées. Selon le rapport, entre 2016 et 2024, ils totalisent, sur la période, 40 millions d’euros de fraudes détectées et stoppées.
Seuls les laboratoires affichent un montant inférieur (13 millions d’euros). À titre de comparaison, les infirmiers atteignent 330 millions d’euros, les pharmaciens 312 millions d’euros, les transporteurs sanitaires 180 millions d’euros et les médecins spécialistes 108 millions d’euros.
Les chiffres montrent toutefois une hausse récente des montants détectés en dentaire, passés de 2 à 4 millions d’euros par an entre 2016 et 2022 à 9 millions d’euros en 2023 puis 14 millions d’euros en 2024.
Le rapport distingue cependant les cabinets dentaires libéraux des structures plus récentes. Les inspections soulignent à plusieurs reprises les dérives observées dans certains centres de santé. Elles rappellent notamment qu’un précédent rapport IGF-Igas sur la financiarisation du système de santé avait déjà mis en évidence des dérives « marquées » dans le secteur des centres de soins dentaires.
La fraude détectée dans les centres de santé atteint ainsi 104 millions d’euros cumulés entre 2022 et 2024, dont 58 millions pour la seule année 2023. Les inspecteurs estiment que le développement des centres de santé, combiné à la généralisation du tiers payant, a créé des « zones de fragilité » favorisant les facturations fictives ou les surfacturations.
Parmi les pistes avancées figurent un encadrement plus strict du tiers payant, avec obligation effective de présentation de la carte Vitale, une réduction du délai maximal de facturation de plus de deux ans à quatre mois, le développement du contrôle automatisé avant paiement et l’accélération du déploiement de l’ordonnance numérique, déjà utilisée par les chirurgiens-dentistes mais encore loin d’être généralisée à toutes les professions.
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