Face à la progression continue des maladies chroniques et à leur poids croissant dans les dépenses de santé, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) place la prévention au cœur de son rapport « Charges et produits » pour 2027, publié le 2 juillet. Elle y voit à la fois « la bataille de la décennie », estimant qu’aucune trajectoire durable de maîtrise des dépenses ne sera possible sans un investissement massif dans ce domaine.
Car selon la CNAM, le constat est sans appel. D’ici à 2035, près de 30 millions de personnes pourraient être atteintes d’une maladie chronique, soit près d’un Français sur deux. Déjà près d’un adulte sur cinq vit avec plusieurs pathologies chroniques, entraînant un surcoût moyen de 8 863 euros par an par rapport à une personne sans polypathologie. Ces affections pourraient donc représenter jusqu’à 70 % des dépenses remboursées en 2035, contre déjà 65,1 % en 2024.
La prévention constitue ainsi, selon la CNAM, le principal levier pour contenir la progression des dépenses tout en améliorant l’état de santé de la population.
Selon ses projections, les dépenses de santé pourraient atteindre 270 milliards d’euros en 2030 si les tendances actuelles se poursuivent. Une régulation plus volontariste permettrait de limiter ce montant à 255 milliards d’euros, mais seule l’association d’une maîtrise renforcée des dépenses et d’un investissement massif dans la prévention permettrait de ramener cette trajectoire à 245 milliards d’euros.
Afin de hiérarchiser les mesures de prévention les plus efficaces, la Cnam a noué un partenariat avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), chargé notamment d’évaluer le retour sur investissement de différentes politiques de prévention.
Les travaux menés mettent notamment en avant le Nutri-Score. Selon cette évaluation, sa généralisation obligatoire sur les produits emballés permettrait d’améliorer les choix alimentaires, avec un gain estimé à dix années de vie en bonne santé pour 100 000 habitants chaque année, tout en générant des économies pour le système de santé. La Cnam propose également d’intégrer au dispositif une information sur le caractère ultra-transformé des aliments.
Vers un « génération sans tabac »
La lutte contre le tabagisme constitue l’autre axe majeur. Alors que la France demeure l’un des pays européens comptant le plus grand nombre de fumeurs quotidiens, la Cnam soutient l’objectif d’une « génération sans tabac » et souhaite « interdire la vente de cigarettes à toute personne née après 2009 et en parallèle réguler les ventes frontalières en lien étroit avec l’Union Européenne ». Autre proposition sur ce sujet : renforcer le financement des actions de contrôle « clients mystères » sur la vente de tabac et d’alcool aux moins de 18 ans.
Elle souhaite également renforcer le dépistage de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), pathologie dont 80 % des cas sont liés au tabac. L’objectif est de réduire l’important sous-diagnostic de la maladie (entre 70 % et 75 % des patients) et la durée moyenne avant diagnostic (qui est de 17 mois après apparition des premiers symptômes).
Le rapport insiste également sur l’importance d’intervenir précocement chez les enfants. L’assurance maladie souhaite pérenniser les expérimentations menées dans les écoles maternelles pour le repérage des troubles visuels et du langage. Au cours de l’année scolaire 2024-2025, 18 100 enfants ont ainsi bénéficié d’un dépistage visuel et 11 200 d’un dépistage des troubles du langage, un trouble nécessitant un suivi étant identifié dans environ un quart des cas.
Enfin, face à la dégradation de la santé mentale des jeunes, la Cnam préconise de réduire les délais d’accès aux soins spécialisés et d’améliorer la prise en charge précoce des troubles psychiques chez les enfants et adolescents. L’objectif affiché est de déplacer progressivement le centre de gravité du système de santé, de la prise en charge des maladies vers leur prévention. Autant de propositions qui pourraient prendre place dans le Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027.
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