Enregistré par mon patient, au cours des soins

  • Par
  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°3 - 25 janvier 2023
Information dentaire
Un phénomène récent qui vient du Canada et des États-Unis, amplifié par l’utilisation des smartphones, consiste à enregistrer son praticien au cours de la consultation médicale. Certains patients veulent se protéger et pouvoir se défendre. D’autres souhaitent garder en mémoire l’enregistrement pour réécouter les informations qu’ils n’ont pas comprises, ou les communiquer à leur entourage. Avec ou sans l’accord du praticien, l’enregistrement d’un professionnel par son et/ou image répond à des règles. Mais cette nouvelle attitude risque de modifier la relation patient-praticien qu’il faut protéger.

Situation

– Alors que j’explique le plan de traitement à ma patiente, son époux, qui assiste à la consultation, souhaite enregistrer notre entretien et me demande mon autorisation.

– La patiente soutient la demande.

– Étonné par cette requête, ma première réaction est de les remercier pour leur franchise. D’autres l’auraient ou l’ont peut-être fait sans mon consentement.

– Je me questionne sur la réponse à leur donner. Je n’ai rien à cacher lors de cet entretien, et cet enregistrement pourra fournir la preuve du temps consacré à l’information complète, loyale et appropriée. De plus, la patiente pourra réécouter plusieurs fois mon avis et mes conseils pour consentir plus librement à ma proposition thérapeutique.

– Mais je reconnais ne pas être à l’aise,

– La démarche de la patiente met-elle ma parole en doute ?

– À qui appartient cet enregistrement et puis-je m’opposer à son utilisation ultérieure ?

– Cet enregistrement peut-il se retrouver sur les réseaux sociaux ?

Réflexions du Docteur Philippe Denoyelle

Membre de l’Académie nationale de chirurgie dentaire. Ancien président de l’Union Dentaire

Comme souvent en de pareilles circonstances, la problématique Éthique soulevée par ces situations ne peut totalement s’affranchir de la réflexion juridique sous-jacente.

La question centrale est bien l’analyse (Éthique selon Ricœur) de l’intérêt du patient (l’autre), de la protection du praticien (soi) et de l’environnement (des institutions justes) si tant est qu’aujourd’hui le terme d’institution puisse être associé aux réseaux sociaux.

Si le praticien est en droit de refuser cette proposition d’enregistrement estimant que son action habituelle d’information doit suffire, il est indispensable de connaître les intentions réelles et profondes du patient ainsi que les conséquences éventuelles de la diffusion de ces enregistrements.

Cet article est réservé aux abonnés.
Pour lire la suite :

Vous êtes abonné.e ? Connectez-vous
Mot de passe
oublié ?

Vous pouvez également :

Acheter l'article En version numérique
Acheter le numéro À l'unité

Thèmes abordés

Sur le même sujet

Exercice professionnel

Acide hyaluronique : encadrement plus strict des produits injectables

Un décret publié au Journal officiel du 31 mai soumet à prescription les dispositifs médicaux à base d’acide hyaluronique injectable....
Exercice professionnel

Cybersécurité : le « pack » de BpiFrance

Face aux cyberattaques croissantes, BpiFrance, banque publique d’investissement française, dont la mission est le financement et le développement des entreprises, propose...
Exercice professionnel

Article réservé à nos abonnés Dans quels cas un chirurgien-dentiste doit-il alerter la police ?

Situation – Une femme se présente sans rendez-vous à mon cabinet. Elle est blessée par une arme à feu au niveau de...
Exercice professionnel

Sécurité des professionnels de santé : les Ordres de santé soutiennent la proposition de loi

Alors que la proposition de loi visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé, adoptée en première lecture à...
Exercice professionnel

Endocardite infectieuse : mise a jour de la HAS

La Haute autorité de santé (HAS) a mis à jour le 14 avril les recommandations aux chirurgiens-dentistes concernant la « Prise en charge...
Exercice professionnel

CNIL et santé

Sur 16 433 plaintes enregistrées par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) en 2023 (+ 35 % par rapport à 2022), 3 %...