Alors que médecine, pharmacie et maïeutique ont déjà modernisé leur troisième cycle de formation, un rapport propose la création d’un diplôme d’études spécialisées en odontologie générale (DES OG), afin de reconnaître l’omnipratique comme une spécialité. Il préconise également l’instauration d’une « année probatoire » avant l’installation.
Pour répondre « aux besoins croissants en soins bucco-dentaires sur l’ensemble du territoire » et « renforcer l’attractivité de la filière universitaire », un rapport conjoint de l’Inspection générale de l’Éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) et l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publié le 22 août, propose de transformer le troisième cycle court en créant un diplôme d’études spécialisées en odontologie générale (DES OG).
Il veut précisément « convertir l’actuelle sixième année de formation des chirurgiens-dentistes en une année diplômante sous la forme d’un DES d’odontologie générale (DES OG), sans conférer pour autant le statut d’interne aux étudiants qui suivront cette année de formation ».
Objectif : « reconnaître l’omnipratique en art dentaire comme une spécialité en tant que telle », afin de placer la formation des omnipraticiens sur le même plan que celle des autres spécialités médicales.
Il s’agit de donner un cadre clair à l’omnipratique, qui représente l’essentiel de l’activité dentaire en France, tout en favorisant une meilleure répartition géographique des praticiens. Ce DES OG serait délivré à l’issue du troisième cycle court, « en adoptant des dispositions transitoires à l’attention des anciens diplômés, afin de leur permettre de disposer d’une équivalence avec le DES dans des conditions à déterminer ».
Concrètement, la réforme veut améliorer la professionnalisation des futurs dentistes. La durée du stage actif, actuellement de 250 heures, serait allongée pour atteindre 400 heures, réparties en deux stages de 200 heures dont l’un, au moins, à effectuer en omnipratique, « ce qui assurera aux étudiants d’une part, une meilleure connaissance de leur futur milieu d’exercice professionnel, et, d’autre part, une pratique plus conséquente en dehors du milieu hospitalier avec des plateaux techniques différents, un rythme de travail et des habitudes spécifiques ».
L’idée est de confronter les étudiants à différents environnements : cabinets libéraux, hôpitaux, centres de santé, afin de leur permettre « de renforcer leur expertise en matière de compétences, de mode de travail, de mise en œuvre de pratiques managériales et relationnelles tout en partageant et développant une culture et une identité professionnelles ».
Le rapport prévoit une gratification des stagiaires et des indemnités de déplacement pour ceux affectés en zones éloignées, ainsi que la création d’un statut de maître de stage universitaire en odontologie, à l’image de ce qui existe en médecine.
Année probatoire avant l’installation
Mais ce n’est pas tout : « afin de soutenir les titulaires du DES OG dans leur exercice libéral ou salarié », la mission propose l’instauration « d’une année de stage pratique en autonomie supervisée », suivie d’une reconnaissance formelle par l’Ordre avant toute installation.
« Cette mesure s’appliquera également aux titulaires d’un diplôme de chirurgien-dentiste obtenu dans un autre pays membre de l’Union européenne (UE), permettant ainsi à la profession de s’assurer que ces derniers possèdent un niveau de pratique suffisant pour pouvoir exercer en toute sécurité », précise le rapport.
Cette année probatoire pourrait être organisée sur les modalités suivantes : une partie clinique de 1 250 heures en autonomie supervisée dans un cabinet libéral et une partie théorique de 250 heures sous la forme de séminaires. Les praticiens seraient rémunérés comme aujourd’hui dans le cadre des remplacements.
Le cycle long repensé
Le rapport propose également une refonte du troisième cycle long des études odontologiques, afin d’harmoniser et de clarifier les spécialités.
L’analyse des trois DES existants montre que « la formation du DES orthopédie dentofaciale est bien adaptée aux exigences de santé publique ». Le DES de chirurgie orale, quant à lui, reste « une spécialité médicochirurgicale singulière à double entrée médicale et odontologique », mais souffre d’un manque d’attractivité et du risque de désengagement des chirurgiens maxillo-faciaux. Enfin, la médecine bucco-dentaire demeure le diplôme « le moins attractif » car elle ne correspond pas à une spécialité clairement identifiée.
Les auteurs proposent d’uniformiser la durée de tous les DES à quatre ans, articulés en trois phases : socle, approfondissement et consolidation, cette dernière créant un nouveau statut de « chirurgien-dentiste junior ». Le dispositif introduirait aussi un « droit au remords », permettant aux étudiants de changer de spécialité en cours de parcours, et faciliterait les passerelles vers un second DES via la formation continue et la validation des acquis d’expérience (VAE).
Le schéma proposé prévoit cinq DES : orthopédie dentofaciale, odontologie pédiatrique, réhabilitation orale complexe, ainsi que deux co-DES en chirurgie orale et en parodontologie. Deux formations spécialisées transversales compléteraient l’offre, l’une sur les patients à besoins spécifiques, l’autre sur la santé publique.
Cette réforme, souligne la mission, doit être mise en œuvre en grande partie d’ici fin 2026 pour un coût estimé à 30 M€ pour les besoins d’investissement et d’un coût de fonctionnement d’environ 12 M€ annuels.
Commentaires