Face à la progression de l’antibiorésistance, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié le 14 septembre de nouvelles recommandations destinées à « préciser les pratiques » de prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire.
Sollicitée par le Conseil national professionnel des chirurgiens-dentistes, l’instance entend harmoniser les pratiques et réduire les prescriptions inutiles, alors que les chirurgiens-dentistes figuraient en 2022 au deuxième rang des prescripteurs d’antibiotiques en ville derrière les médecins généralistes.
Message central, qui s’adresse également aux médecins : en odontologie, les antibiotiques ne doivent plus être perçus comme une réponse automatique à la douleur ou à l’infection.
« Les douleurs dentaires sont majoritairement d’origine inflammatoire », rappelle la HAS, qui souligne que leur prise en charge repose avant tout sur un geste étiologique rapide, associé si nécessaire à un traitement antalgique. En conséquence, une pulpite, une gingivite ou encore la plupart des parodontites ne justifient pas d’antibiothérapie curative.
L’autorité sanitaire insiste également sur la place centrale du traitement local. Lorsqu’une infection nécessite un antibiotique, celui-ci doit être prescrit « en complément d’un geste local visant à traiter la cause de l’infection », qu’il s’agisse d’un drainage, d’une incision, d’un débridement, d’un surfaçage radiculaire, d’une pulpectomie ou d’une avulsion.
Amoxicilline en première intention
Autre message : la promotion des traitements courts. La HAS relève que, pour de nombreuses infections bucco-dentaires, les données scientifiques montrent des résultats comparables entre traitements courts et traitements prolongés.
Pour l’adulte, l’amoxicilline reste l’antibiotique de première intention dans la majorité des situations, à la posologie de 1 g trois fois par jour pendant trois jours. Une réévaluation du patient doit systématiquement être réalisée dans les 48 à 72 heures suivant l’instauration du traitement, y compris par téléconsultation ou téléphone si nécessaire.
Les recommandations encadrent aussi strictement l’antibioprophylaxie. Celle-ci ne doit pas être systématique avant un acte bucco-dentaire mais réservée aux situations où un bénéfice est démontré. Les indications varient selon le type de soin et le profil du patient, distinguant la population générale, les patients à risque infectieux augmenté et ceux présentant un risque élevé d’ostéonécrose des mâchoires.
La HAS rappelle également que les situations imposant d’emblée une bithérapie antibiotique restent exceptionnelles. Elles concernent notamment les ostéites, les ostéomyélites, les sinusites maxillaires aiguës d’origine dentaire, certaines ostéonécroses surinfectées ou encore certaines parodontites sévères de stade III ou IV.
Enfin, l’institution met fin à une pratique encore fréquente en soulignant que « l’étude de la littérature n’a montré aucun bénéfice » à l’association systématique d’un antibiotique avec un anti-inflammatoire, qu’il soit stéroïdien ou non stéroïdien.
Elle recommande également de ne pas recourir aux antibiothérapies locales et invite les praticiens à sensibiliser leurs patients aux risques de l’automédication antibiotique, facteur de sélection des résistances bactériennes.
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