En 1986, à la suite de la perte de la navette Challenger [1, 2], la sociologue américaine Diane Vaughan a développé la notion de « normalisation de la déviance » [2]. En étudiant l’accident de la navette spatiale, elle a montré comment une organisation peut progressivement accepter des pratiques qui s’éloignent des normes de sécurité, lorsque ces écarts se répètent sans conséquence apparente. La déviance ne s’installe pas nécessairement par une décision brutale de transgresser une règle. Elle se construit progressivement, au fil des adaptations, des contraintes et des petits écarts qui semblent, chacun pris isolément, raisonnables. Comprendre ce mécanisme permet de mieux comprendre pourquoi les bonnes pratiques, pourtant connues et reconnues, peuvent progressivement disparaître de notre quotidien professionnel.
Quand l’écart à la règle devient la règle
La normalisation de la déviance est le processus par lequel des écarts aux règles ou normes deviennent progressivement acceptés comme « normaux » parce qu’ils ne provoquent pas immédiatement d’accident. Dans son étude [2], Diane Vaughan isole trois éléments expliquant la normalisation de la déviance, que l’on peut retrouver dans notre pratique :
- Pression pour la productivité : le fait de vouloir soigner le plus grand nombre de patients peut conduire à des raccourcis sur les protocoles. On saute des étapes apparemment sans importance comme les check-lists ou le briefing du matin.
- Culture organisationnelle : le fait que les écarts ne sont pas signalés et considérés comme sans importance renforce la déviance en définissant petit à petit de nouvelles règles de conduite.
- Désensibilisation aux risques : avec le temps, les praticiens et assistant(e)s peuvent devenir moins sensibles aux risques associés à certaines pratiques déviantes, surtout si ces pratiques n’ont pas conduit à des incidents visibles. Le cerveau a facilement tendance à…