Le secteur de la santé et du bien-être est devenu le premier motif de signalement auprès de la Miviludes. Il représente près de 40 % des 4 571 saisines reçues par l’institution en 2024.
Fruit d’un travail mené avec l’ensemble des ordres de santé, ce guide (à télécharger ci-dessous) comporte des fiches métiers détaillant les conduites à tenir face à des patients sous influence ou à des confrères promouvant des méthodes non éprouvées.
Les chirurgiens-dentistes occupent une position privilégiée pour identifier certains signaux d’alerte : refus ou interruption de traitements bucco-dentaires validés, recours à des produits ou dispositifs présentés comme thérapeutiques sans fondement scientifique, adhésion à des théories complotistes relatives à la médecine, pratiques de jeûne ou de régimes extrêmes, défiance systématique à l’égard des professionnels de santé ou encore rupture progressive avec l’entourage familial et médical.
Les patients sous emprise peuvent également tenir un discours stéréotypé, relayant les arguments d’un thérapeute alternatif présenté comme seul détenteur de la vérité.
Face à ces situations, la Miviludes recommande aux praticiens d’engager le dialogue avec le patient sans confrontation directe afin de maintenir le lien thérapeutique et d’évaluer l’influence exercée par un tiers.
Lorsque des risques pour la santé sont identifiés ou qu’une situation d’emprise est suspectée, le chirurgien-dentiste est invité à consigner les éléments observés dans le dossier médical, à solliciter au besoins le conseil départemental de l’Ordre, l’agence régionale de santé (ARS) ou la Miviludes, et à effectuer un signalement au procureur de la République lorsque la situation relève d’une infraction pénale.
Le guide rappelle que la coordination avec le médecin traitant et les autres professionnels impliqués dans la prise en charge constitue un levier essentiel pour prévenir les pertes de chance liées à l’abandon de soins conventionnels.
Décodage dentaire et dentisterie holistique
La mission met également en garde contre plusieurs pratiques spécifiquement observées dans le domaine bucco-dentaire. Parmi elles figure le « décodage dentaire », présenté comme une méthode permettant d’interpréter le positionnement ou l’état des dents comme révélateurs de conflits psychologiques ou émotionnels voire d’histoire familiale ou personnelle du patient.
« Les incisives centrales rentrées en arrière en « V » indiquent que l’enfant a pour projet parental inconscient de garantir la pérennité du mariage », illustre la Miviludes.
Autre pratique pointée par le guide, la « dentisterie holistique », qui considère les dents comme des organes énergétiques en interaction permanente avec l’ensemble du corps et les états émotionnels.
La mission souligne qu’il ne s’agit pas d’une spécialité reconnue par l’Ordre national des chirurgiens-dentistes.
Le « biomagnétisme humain », censé rééquilibrer les énergies de l’organisme, figure également parmi les méthodes à surveiller.
« Toutes ces méthodes ne sont ni éprouvées ni validées scientifiquement mais elles peuvent être d’une efficacité redoutable dans le processus d’emprise mentale », indique la Miviludes.
Pour illustrer son propos la Miviludes émaille son guide de témoignages de proches de victimes.
Ainsi, la sœur d’un homme atteint d’une tumeur du sinus maxillaire raconte ainsi qu’après avoir consulté plusieurs praticiens alternatifs, dont un naturopathe, son frère s’est vu recommander des solutions très éloignées du parcours de soins conventionnel : « Le naturopathe lui conseille alors de prendre de l’huile de pépin de raisin bio pour désinfecter et soulager les douleurs des gencives et des dents, et de prendre contact avec un dentiste énergéticien pour du décodage dentaire, car cette zone, qui est au niveau du palais, peut être touchée par des fuites énergétiques », raconte-t-elle.
Son frère est décédé en 2008 après avoir interrompu puis repris partiellement ses traitements.
Télécharger le guide : guide-sante-et-derives-sectaires
Le « Dérivomètre », un outil pour évaluer le risque
Pour aider à repérer les dérives liées aux pratiques non conventionnelles en santé (PNCS), le ministère de la Santé lance le « Dérivomètre », un outil pédagogique élaboré avec les ordres des professions de santé (à télécharger ci-dessous).
Son objectif : permettre à chacun d’identifier les situations à risque et d’adopter les bons réflexes avant qu’une prise en charge alternative ne conduise à une perte de chance ou à une situation d’emprise.
Le dispositif repose sur trois niveaux d’alerte
Au stade « Je reste attentif », le praticien explique clairement sa méthode, en présente les bénéfices comme les limites et n’incite jamais à interrompre un traitement médical.
Le niveau « Je fais une pause » correspond à l’apparition de signaux préoccupants : critique de la médecine ou de la science, références aux « énergies » ou aux « vibrations », démarchage sur les réseaux sociaux, ou encore incitation à modifier un traitement sans avis médical.
Le niveau le plus élevé, « Je dis stop », regroupe les situations de danger avéré. Il s’agit notamment des demandes d’arrêt des traitements, des promesses de guérison « miracle », des discours culpabilisants, de l’isolement vis-à-vis de l’entourage ou du médecin traitant, ainsi que de la réalisation d’actes invasifs sans cadre médical.
Télécharger : derivometre
Commentaires