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Information dentaire

L'Information Dentaire n°44 - 17 décembre 2025

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Edito

Quand la dentisterie française inventait l’intelligence artificielle médicale Lorsqu’on évoque aujourd’hui l’intelligence artificielle (IA) en médecine, on pense immédiatement aux algorithmes d’aide au diagnostic, aux systèmes prédictifs ou encore aux solutions génératives développées par les géants du numérique. Pourtant, l’histoire révèle que les premiers travaux concrets, appliqués et cliniquement validés en matière d’IA médicale ont vu le jour… en odontologie, en France, dès les années 1970. La thèse...

Quand la dentisterie française inventait l’intelligence artificielle médicale

Lorsqu’on évoque aujourd’hui l’intelligence artificielle (IA) en médecine, on pense immédiatement aux algorithmes d’aide au diagnostic, aux systèmes prédictifs ou encore aux solutions génératives développées par les géants du numérique. Pourtant, l’histoire révèle que les premiers travaux concrets, appliqués et cliniquement validés en matière d’IA médicale ont vu le jour… en odontologie, en France, dès les années 1970.

La thèse « Empreinte optique » (1973), visionnaire à plus d’un titre, marque le point de départ de cette aventure scientifique. L’idée, audacieuse pour l’époque, consistait à recourir à l’optique et à l’informatique pour capter directement l’empreinte dentaire d’un patient et générer automatiquement une prothèse adaptée. Cette intuition va se concrétiser dans les années 1980, sous l’impulsion d’une équipe lyonnaise associée à la société Hennson, autour du Professeur François Duret.

Leur objectif était clair : transposer, à travers des algorithmes, le raisonnement et le savoir-faire clinique afin de permettre à la machine de concevoir, sans intervention humaine, une restauration prothétique en parfaite adéquation avec l’occlusion du patient. La démonstration publique réalisée lors du congrès de l’ADF 1985 fut historique : une empreinte optique 3D convertie en direct en une prothèse par calcul automatique. Pour la première fois, une machine médicale mettait en œuvre des procédés que l’on qualifierait aujourd’hui de « génératifs ».

Bien avant l’essor du machine learning, les chercheurs français expérimentaient déjà les concepts fondateurs : apprentissage supervisé et non supervisé, classification automatique (clustering), reconnaissance de formes, modélisation 4D des mouvements mandibulaires, analyse 5D des teintes dentaires. Le système Hennson représentait le premier véritable flux de travail numérique intégré en médecine. Il fut distribué à une soixantaine d’exemplaires dans le monde, avant la disparition de l’entreprise au milieu des années 1990.

Ces travaux, portés par des ingénieurs tels que Jean-Louis Blouin, Gilles Deschelette, Jean-Michel Decaudin et renforcés par des collaborations universitaires internationales, témoignent d’un niveau scientifique remarquable et d’une capacité d’innovation qui plaçait l’odontologie française en avance sur son temps.

Aujourd’hui, alors que l’IA s’impose comme un outil incontournable dans toutes les disciplines médicales, il est essentiel de rappeler ce rôle fondateur d’un groupe de chercheurs et praticiens français. La CFAO, née dans nos cabinets et nos laboratoires, ne fut pas seulement une innovation technique : elle constitue une étape majeure de l’histoire des technologies médicales, marquant la première application clinique de l’intelligence artificielle générative en santé.

Le Professeur François Duret en retrace la genèse et décrit ses travaux dans deux articles exceptionnels de Stratégie Prothétique à paraître à la fin de ce mois et en début d’année prochaine. Il s’agit moins de nostalgie que de reconnaissance : la profession dentaire a été – et demeure – un moteur de l’innovation biomédicale. Nous pouvons en être fiers !

Maxime Helfer, Rédacteur en chef de Stratégie Prothétique, Pratique libérale, Nancy

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Avant-propos

Lire, une démarche subversive pour 2026
Michel Bartala

Éditorial

Quand la dentisterie française inventait l’intelligence artificielle médicale
Maxime Helfer

Actualités

Revue de presse

Froid ambiant et douleurs dentaires
Pascal De March

Actualité hebdo

Formation

Extraction, implantation et temporisation immédiate : recycler la dante naturelle ?
À propos d’un cas clinique
Martin Desiron, Marc Lamy

Focus sur les épulis
Jean-Christophe Fricain, Mathilde Fénelon

Succion du pouce chez l’enfant : une habitude à surveiller
Pauline Mouden, Jean-Pascal Schwartz, Charlotte Gouedard, Frédérique d’Arbonneau

Joyeuses Fêtes !

  • Des cadeaux immatériels pour tous les goût
  • Quelques livres au pied du sapin
  • Des fêtes au château !

Évasion

Art

Empreintes réfléchies : trois expositions à découvrir pendant les fêtes
Thierry Leroux

Photographie

Déclenchements instinctifs
Gil Tirlet


Avant-propos

Lire, une démarche subversive pour 2026…

Durant l’année écoulée, nous avons une nouvelle fois eu le plaisir de partager avec vous des moments de lecture, d’information et d’échanges, que ce soit au fil des pages de L’Information Dentaire, lors de l’ADF ou à l’occasion de journées de formation comme la JIP du mois de juin.

Votre revue est le fruit du travail d’une équipe engagée : certains visages sont plus visibles que d’autres, mais rien ne serait possible sans celles et ceux qui œuvrent plus discrètement. Je tiens à les remercier très chaleureusement, car ce journal ne serait pas le même sans leurs compétences, leur intelligence et leur bonne humeur, y compris — et surtout — dans l’urgence de l’édition.

L’Information Dentaire ne serait pas non plus ce qu’elle est sans vous, lecteurs. Vos retours, souvent très sympathiques lorsque nous avons le plaisir de nous rencontrer, nous engagent encore et toujours à répondre à vos attentes en matière d’articles de formation, de culture et de découverte. Toute l’équipe continuera à vous proposer des contenus parfois novateurs, parfois « poil à gratter », mais toujours attentifs à accompagner l’évolution de notre profession.

2025 aura été une année dense et stimulante, marquée par des numéros spéciaux enthousiasmants, coordonnés par des chirurgiens-dentistes animés par la passion de leurs connaissances. Je souhaite les remercier, ainsi que l’ensemble des auteurs qui contribuent à l’évolution de nos compétences. Continuez d’écrire, ou osez écrire : rédiger un article permet de structurer ses acquis et de transmettre ses savoirs. La transmission est l’un des rares actes qui enrichissent autant celui qui donne que celui qui reçoit.

Cette vocation a d’ailleurs été récompensée par l’obtention du prix éditorial du meilleur article en odontologie décerné par le SPEPS (Syndicat de la Presse et de l’Édition des Professions de Santé), grâce au remarquable travail du Dr Hugues de Belenet. Une reconnaissance qui honore notre ligne éditoriale et, surtout, votre fidélité.

Pour l’année à venir, nous continuerons à décrypter les innovations thérapeutiques, les mutations économiques, les exigences réglementaires et les attentes croissantes des patients. Notre profession est devenue à la fois soignante, entrepreneuriale, communicante… et exploratrice en territoire numérique.

Dans un monde où l’information circule à la vitesse d’un défilement d’écran, prendre le temps de lire un article peut presque sembler subversif. Pourtant, comprendre une réforme, analyser une avancée scientifique ou mesurer les enjeux d’une innovation ne se fait ni en dix secondes ou 280 caractères. Plus que jamais, une information vérifiée, contextualisée et expliquée est essentielle pour exercer sereinement. Lire, c’est résister aux bruits parasites, au simplisme et aux certitudes hâtives.

À l’aube de cette nouvelle année, toute l’équipe vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année et se réjouit de vous retrouver pour une année riche en projets — avec peut-être un peu moins d’algorithmes… ­– et toujours plus de lecture pour une information éclairée.

Michel Bartala, Rédacteur en chef